III. — FACTEURS ORIGINELS EXTERNES
l l. — l'u tableau complot dos facteurs originels externes implique une connaissance du passé que nous n'avons pas, et n'aurons probablement jamais. Pendant les âges passés, les changements géologiques et météorologiques, aussi bien que les changements de Flore et de Faune qui en ont été la conséquence, oui dû causer de perpétuelles émigrations et immigrations sur tonte la surface de la terre.
15. — Si nous bornons notre attention aux effets des facteurs externes devant nos yeux, nous verrons que la vie n'est possible qu'entre certaines limites de température, et la vie des espèces supérieures n'est possible que dans une limite relativement restreinte de température, maintenue artificiellement si ce n'est naturellement. D'où il suit que la vie sociale, présupposant, ainsi qu'elle le fait, non seulement la vie humaine, mais cette vie végétale et animale d'où dépend la vie humaine, est limitée par certains extrêmes de froid et de chaud.
10. — Laissant de côté les traits climatériques tels que la variabilité et l'égalité diurne, annuelle on irrégulière, chacune desquelles a son action sur les activités humaines et, par suite, sur les phénomènes sociaux, il nous semble que la sécheresse, on l'humidité de l'air est un facteur important. Tandis que l'un ou l'autre extrême apporte des obstacles indirects à la civilisation, il a des effets directs — effets sur les opérations vitales — qui sont dignes de remarque. Étanl donnée la nécessité de l'évaporation cutanée et pulmonaire pour conservers le mouvement des fluides à travers les tissus, el faciliter ainsi les changements moléculaires, nous ne peinons qu'inférer, ainsi que le montre l'expérience, que toutes choses égales d'ailleurs, il \ a plus d'activité corporelle chez les peuples habitant les localités chaudes el sèches, que chez ceux des localités chaudes el humides.
17. — En passant du climat au sol. nous avons a noter 1rs effets de sa configuration, comme favorisant ou entravanl l'intégration sociale. Les habitants des déserts, aussi bieu que ceux des pays montagneux, se groupenl difficilement eu sociétés consolidées ; la facilité de s'échapper, jointe à celle de subsister
dans des régions stériles empêchent grandement la subordination sociale. Au contraire, l'intégration sociale est facile dans un territoire qui, tout en étant capable de nourrir une grande population, offre des facilités pour régir les unités de cette population. Toutes choses égales d'ailleurs, les localités de structure uniforme ne favorisent pas le progrès social. Au contraire, les influences de l'hétérogénéité géologique et géographique sur les progrès sociaux sont évidentes. On peut voir, dans la vallée du Nil, comment le sol influe sur le progrès, par le processus de fertilisation exceptionnel que ce fleuve présente. Le plus ancien développement social qui nous soit connu a commencé dans la région qui, tout en remplissant les autres conditions, était caractérisée par une grande abondance naturelle de production. Il faut que les arts de l'agriculture soient considérablement avancés avant que les espaces les moins fertiles soient à même de nourrir des populations assez nombreuses pour être civilisées. La variété du sol, favorisant la multiplicité des produits végétaux, est aussi un facteur important.
18. — Le caractère de sa Flore a des influences diverses sur l'aptitude d'un habitat à entretenir une société. Une extrême rareté de plantes utiles est un obstacle insurmontable au progrès de la société. Au contraire, les matériaux fournis par une Flore hétérogène rendent possible la multiplication des résultats qu'on en peut tirer, et, par suite, le progrès des arts et le développement de l'adresse et de l'intelligence qui l'accompagne. Une végétation luxuriante peut être, toutefois, un obstacle au progrès; comme aux îles Andaman où les indigènes sont contraints à vivre au bord de la mer par les fourrés impénétrables qui couvrent le pays.
19. — La Faune a une influence considérable, tant sur le degré que sur le type du développement social. Elle est un facteur important par l'abondance ou la rareté d'animaux utiles à l'homme, conduisant à la vie chasseresse, ou à la vie pastorale; et aussi par l'abondance ou la rareté d'animaux nuisibles à l'homme. La présence des grands carnivores et reptiles peut être, comme aux Indes, un obstacle sérieux à la vie sociale. Des nuées d'insectes peuvent détruire les moissons, ou bien, comme le tsetsé en Afrique, interdire la vie pastorale.
90. — Il ne saurait ôtre question d'énumérer et de décrire ces facteurs externes originels. Un exposé à peu près complet des classes caractérisées ci-dessus serait l'œuvre de plusieurs années, el il faudrait encore y ajouter beaucoup de conditions de milieu qui n'ont pas encore été indiquées.
21. — Il reste à ajouter que les premières phases de révolution sociale dépendent bien plus des conditions locales que les dernières. Elles sont plus à la merci du milieu environnant.