‹ Résumé de la question sociale: banque d'échangeChapitre 50 sur 54 · OT · texte numérisé non relu

OT

Au Rédacteur du Représentant du Peuple.

11 JoUlet

Monsieur le Rédactenr^

Dans son numéro du 6 courant, le journal V Union reproduit la lettre que j'avais eu l'honneur de vous écrire le jour précédent; lettre qui avait pour but Texcusabilité de l'insurrection des 23, 24, 25 et 26 juin.

Mais, tout en s'associant à ma douleur, Y Union répudie ma doctrine. Voici ses paroles :

« Non, la situation de l'ouvrier la plus mauvaise et la € plus désespérée ne saurait jamais être une excuse de ré- « volte de coups de fusil. La doctrine de M. Proudhon n'est a autre chose qu'une déclaration permanente de guerre a sociale. En des questions de cette nature, le plus ou le « moins de misère ou de bien-être ne saurait être une règle a de conduite morale. En définitive , c'est le libre arbitre a qui prononce ; et si la misère est par elle-même un droit a de tuer, celui qui souffre est juge du moment où il peut € en sûreté de conscience exercer ce droit. Faites une soa ciété quelconque , république ou monarchie , avec ce « principe!... d

Certes , si j'avais exprimé des idées pareilles à celles que m'impute le journal auquel je réponds , je serais un abominable homme. Heureusement il ne m'en coûte rien pour désavouer de si horribles pensées. Le critique est tout à fait hors de la question.

Je disais, dans la lettre reproduite par Y Union : Si le droit itoit de ce côtM de^ barric(nde$f il Hait auui de ce

côté'là. Et tout entier à la douleur que m'inspirent les maux de la patrie , je me suis arrêté là. J*ai négligé de dire quel était ce droit qui; à mes ^eux, rendait l'insurrection smon justifiable, du moins excusable. C'est cette omission de ma part qui fait toute la valeur des arguments de mon antagoniste.

Sans doute , et il ne m'en coûte rien de l'avouer, la doctrine que je professe sur les tristes événements de juin est une déclaration permanente de guerre sociale , comme le dit mon critique ; mais cette doctrine , quelle est-elle? où l'ai-je trouvée? qui l'a le premier proclamée? quel en est l'auteur? qui s'en est fait l'éditeur responsable?

J'appelle sur tout ceci l'attention du lecteur : je ne re« doute pas son jugement.

N'esl-il pas vrai que, depuis le 24 février, le droit au travail est devenu un droit constitutionnel, au même titre qœ la liberté de la presse, le vote de l'impôt, le droit de se réunir sans armes, le suffrage universel ; au même titré que la liberté et la propriété.

Le gouvernement provisoire l'a formellement reconnu : il n'a pu se constituer , se soutenir, faire un peu d'ordre , préparer les élections, protéger l'Assemblée nationale, demeurer conservateur, en dépit de son origine révolutionnaire, qu'à ce prix.

Ce qu'a fait le gouvernement provisoire, le pays Ta ratifié; l'Assemblée nationale le proclame.

L'article 2 du projet de Constitution , soumis en ce mo« ment aux délibérations de l'Assemblée, porte expressément : « La Constitution garantit à tous les citoyens la liberté, Té- « galité , la sûreté , l'instruction , le travau. , la propriété , € l'assistance. »

Remarquez l'ordre dans lequel sont énumérées ces ga« ranties : la propriété arrive après le travau. ^ oh elle a sa dource et sa légitimité.

L'article 7 confirmeVarVide'ix

a Le DROIT AU TRATA1L est celui qu'a tout homme de Tivre a en travaillant, — La société doit, par les moyens produc- « tife et généraux dont elle dispose, et qui seront organisés a ultérieurement , fournir du travail aux hommes valides a qui ne peuvent s'en procurer autrement. »

Quels sont, après le gouvernement provisoire , après le pays, après la révolution de février, les auteurs de ces deux articles? Sont- ce des socialistes ?Sont-cc les citoyens Pierre Leroux, Louis Blanc, Proudhon ou Caussidière?

En aucune façon, les auteurs de ces articles sont MM.Cormenîn, A. Marrast, Lamennais , Vivien, de Tocqueville, Dufoure, Martin (de Strasbourg), Coquerel, Corbon, Tourret, Voirhaye, Dupin aîné, Gustave de Beaumont, Vaulabelle, 0. Barrot, Pages (de TAriège) , Dornès , Considérant.

Certes, depuis M. de Cormenin, Tanti-socialiste , l'antidémocrate, l'anti- universitaire, Tanti- gallican, jusqu'à M. Considérant , le défenseur éternel, le défenseur quand même du capital et de la propriété , il était impossible de former une réunion d'hommes animés de sentiments plus pacifiques, plus conservateurs, plus en garde contre le progrès, plus timorés en matière de révolution.

Et pourtant c'est cette commission, organe de l'Assemblée nationale , organe de la pensée de février, qui a fait passer, dans la nouvelle déclaration des droits et des devoirs , le droit au travail ; c'est môme uniquement en vue de ce droit qu'a été faite la déclaration; et je défie l'Assemblée nationale, avec ses 400,000 baïonnettes, de la supprimer.

Il ne s'agit donc plus aujourd'hui, comme paraît le croire l'Union, de savoir si le pauvre qui demande l'aumône a le droit de tuer le riche qui la refuse ; une pareille proposition est si monstrueuse, que toute protestation à cet égard est superflue. Il s'agit de savoir si cent mille citoyens, dont vous avez reconnu constitutionnellement le droit au travail, sont excusables d'avoir pris les armes pour le ttv«Axi\.\^w 4& ^^

droit, violé ou travesti. A cet égard, je n'ai que Tembarras des exemples.

Lorsque, sous le dernier gouvernement, M. de Genoude refusait l'impôt, se laissait saisir, excitait les citoyens à &ire comme lui , sur ce motif que l'impôt n'étant pas voté librement par tous les citoyens, l'impôt était illégal, M. de Genoude organisait l'insurrection, et cela en toute sécurité de conscience. Il se peut que M. de Genoude fût dans l'erreur; mais on conviendra que si ses raisons eussent été vraies , si, comme il le prétendait, la constitution était violée, on conviendra, dis-je, que le refus de l'impôt eût été de droit, et, si le gouvernement avait envoyé cent mille hommes pour contraindre les ciloyens, que l'insurrection eût été excusable.

Pourtjint, il ne s'agissait là que de l'impôt.

Lorsque, le 22 février, M. Barrot convoqua la garde nationale de Paris, cette 12* légion qu'aujourd'hui l'on désarme, à une réunion que le ministre déclarait illicite , et que lui, Barrot , soutenait être légale , il organisait l'insurrection. La garde nationale s'est insurgée à la voix de M. Barrot; de celte insurrection est sortie la République : quelqu'un oserait-il soutenir que l'insurrection était condamnable ?

Et pourtant, le droit de réunion, revendiqué par M. Barrot , n'était pas même un droit constitutionnel ; c'était un simple droit de nature , limité pai' la police , et sur lequel planaient les doutes les plus sérieux.

Lorsqu'en 1830, MM. Thiers, Guizot, Laffitte, Dupont (de l'Eure) et leurs amis protestèrent contre les ordonnances qui suspendaient les libertés publiques, garanties par la charte, ils préparaient, l'événement l'a démontré, une insurrection. De cette insurrection est sortie la Révolution de juillet : dira-t-on que cette Révolution était illégitime.

Et pourtant, l'article 14de la Charte, sur lequel se fondait Charles X, était douteux, à tel point que cet article a été depuis réformé.

Toutes ces insurrections ont été tour à tour justifiées ,

- iOl —

glorifiées, applaudies: la victoire a fait leur légitimité.

Je suis moins absolu, moins enthousiaste dans mes jugements.

Je crois qu'en février, comme en 1830, la patience d*un excès de pouvoir eût été pour notre pays tout aussi méritoire, et surtout d'une meilleure politique. Je crois qu'en supportant quelques années de plus M. de Polignac d'abord, et plus tard M. Guizot , la France n'aurait rien perdu dans le développement de sa richesse et de ses libertés ; je crois, dis-je, que les avantages de la Révolution de juillet ne valent pas ce que le gouvernement de juillet nous a fait perdre ; et je ne suis pas éloigné de penser aussi qu'un peu plus de longanimité de la part de M. Barrot n'eût mieux valu pour nous que le brusque éclat du 24 février. Je ne justifie donc pas les deux révolutions, je les excuse. Mais une fois accomplies, je me range à leurs principes ; c'est pour cela que je suis républicain, et républicain socialiste, entendez-vous, inflexible et intraitable.

Eh bien ! je raisonne absolument de même sur l'insurrection de juin. Je ne l'eusse point approuvée , même victorieuse : je ne suis pas sûr que dans le tumulte qui en eût été la suite, le bien qu'espéraient les insurgés n'eût pas été balancé par des maux plus grands encore. — Mais aussi je ne condamne pas plus cette insurrection , que je ne condamne l'insurrection de février et de juillet : je l'excuse.

Je l'excuse, dis-je, et pourquoi? Parce que le droit au travail, droit constitutionnel, garanti par le Gouvernement provisoire, posé par l'Assemblée nationale, est depuis quatre mois indignement violé.

Etait-ce respecter le droit au travail que de faire remuer de la boue par cent mille hommes, d'en enrégimenter vingtcinq mille autres sous ce prétexte que l'Etat n'étant , ne pouvant et ne voulant être ni agriculteur, ni voiturier, ni industriel, ni commerçant, n'avait pas de travail à donner aux ouvriers ?

Ëtait-ce respecter le droit au travail qne d'appeler une aumône déguisée le salaire de cent mille ouvriers employés aux ateliers nationaux, alors que ce salaire, d'après le texte formel de la constitution, qui garantit le travail^ n'était en réalité qu'une juste indemnité.

Oui, je rafQrme hardiment^ et malheur à qui pourrait le méconnaître, le droit au travail , conquis par la révolution de Février, reconnu par tout le peuple, {promis par le goavernement et la constitution, est violé depuis quatre mois.

Ou rayez-le du pacte social, ou piaignez ceux que vous avez réduits à le revendiquer les armes à la main, et après les avoir fusillés, ne les calonmiez pas.

Oh ! je le sais aussi bien que vous : il est difficUe de conduire une société, république ou monarchie^ à qui Ton reconnaît des droits comme ceux-ci :

Liberté de conscience.

Liberté d'examen ,

Liberté de la presse,

SufiTrage universel ,

Vote de l'impôt ,

Egalité devant la loi,

Participation à tous les emplois,

Droit de réunion ,

Droit à l'instruction.

Droit au travail,

Droit à la propriété ,

Droit à l'assistance.

La garantie de tous ces droits est, comme leur concilialion, un immense problème, qui fera mourir à la peine plus d'un législateur. Et quand on songe que chacun de ces droits implique, comme sanction pénale , le droit d'insurrection , ou est tenté de désespérer du salut de notre pauvre humamanito.

Mais^ je vous le déclare : contre la philosophie, contre la Merle et J'égalité, conltc \es ç,om>i\\\y>À.^^^ ^W& Vsiswirrec-

tions, TOUS n'avez de refuge que dans l'absolutisme de l'Eglise et de l'Etat : si tous, rédacteur de Y Uniony tous aviez tiré cette conséquence et posé cette alternative, votre argument aurait valu contre la société, mais non pas contre moi. Moi ! je ne suis qu'Hun raisonneur qui pèse chaque jour, au trébuchet de la dialectique, les idées et les événements. Je TOUS le dis en vérité : Vous venez ici , et vous allez là ; TOB8 n^ pouvez ni vous arrêter, ni rétrograder, et votre droit, Totre morale, changent et se modifient à chaque pas 'qm TOUS faites dans Totre inévitable route. Il est étrange qm TOUS m& readiez responsable des décrets de cette ProTidence que vous confessez et que j'adore.

Le 15 iuttlet*

8 jHiUaU

Le terme ! voici le terme I Comment allons-nons payer le terme?.,.

Depuis cinq mois nous ne faisons rien ? nous n'avons rien reçu , rien livré , rien vendu ! L'industrie est à bas ! le commerce à bas ! le crédit à bas ! le travail à bas !.••

Plus d'ouvrage , plus d'argent , plus de ressources ! Le terme est écbu ; les tailles sont pleines ; les couverts d'argent , les bijoux des femmes , la montre du mari , le plus beau du linge, tout est au Mont-de-Piété ! Comment pourrionsnous encore payer le terme? Comment ferons-nous pour vivre?...

Que les auteurs des ordres impitoyables; que les grands politiques qui ont repris la tradition exécrée de Saint-Merri et de Transnonain ; que ceux qui ont dit qu'il valait mieux, pour la dignité de l'Assemblée nationale, au lieu d'une conciliation pacifique , le massacre de dix mille citoyens; que ces républicains hormêtes, comme ils se nomment , qui sont venus à la République en parjures , qui la servent en parjures, qui en sortiront parjures; que ceux-là répondent aujourd'hui à la plainte de la bourgeoisie désespérée , s'ils peuvent !

Allez donc, maintenant, gardes nationaux égarés, allez demander à vos prétendus conservateurs, du travail , du crédit, du pain ! Ce qu'ils ont à vous offrir, pour vous, pour vos femmes et vos enfants, c'est du sang et des cadavres 1...

Et que leur importe ? Ne seront-ils pas ministres dans guinze jours?...

// ne s'agit plus de sau\et \^ ^toUVak^ \ te \irolétaire

n'existe plus, on Ta jeté à la voirie. Il faut sauver la bourgeoisie : la petite bourgeoisie de la faim, la moyenne bourgeoisie de la ruine , la baute bourgeoisie de son infernal égoïsme. La question est aujourd'hui , pour la bourgeoisie , ce qu'elle était le 23 juin pour le prolétariat.

Nous ne faillirons pas à nos principes. La force des choses, la plus grande des divinités antiques, l'inflexible Némésis, a £ût de ces principes un ordre absolu pour le salut du peuple.

Lorsque l'État, surpris par une révolution dont il eut le tort de ne pas reconnaître tout de suite le véritable caractère, se trouva dans l'impossibilité de payer la dette flottante, de rembourser les bons du trésor et les livrets de la caisse d'épargne , que fit-il ? Il eut recours à la consolidation ; il convertit en rentes les bons qu'il ne pouvait plus payer, les dépôts qu'il ne pouvait rendre. L'Assemblée nationale discute aujourd'hui même les deux décrets relatifs à cette opération. C'est-à-dire que l'État, débiteur insolvable , demande remise d'une partie de la dette et crédit pour le surplus. Personne ne le trouva mauvais ; la nécessité en faisait une loi.

Lorsque la banque de France se trouva dans l'incapacité de satisfaire à toutes les demandes de remboursement de ses billets et se vit un moment sur le gouffre béant de la banqueroute, que fit-elle encore? Elle obtint un décret qui donnait à son papier cours forcé , c'est-à-dire qu'au lieu de donner crédit aux citoyens , elle le leur demanda. Personne ne s'est plaint du décret qui sauva la banque : le salut public , la nécessité en faisait une loi.

Ce n'est plus l'État seulement, ce n'est plus la banque de France qui est dans l'impossibilité de remplir ses engagements : c'est la masse entière des locataires , dans toute la France.

Serait-il donc injuste que les locataires obtinssent des propriétaires : i<» un ajournement du terme ; 2° une remise sur le montanl des loyers ?

J'ose le dire : non-âculement cela ne serait point injnste, cela est de nécessité publique.

La cessation du commerce et de Tindusf rie provenant d'tin événement de force majeure, nous a placés tous , locataires et propriétaires , dans des conditions exceptionnelles, prévues d'ailleurs et expliquées dans tous les traités de jurisprudence.

Nous n'avons rien produit , nous ne devons rien.

Pour 400,000 locataires domiciliés dans le département de la Seine, on ne compte pas 20,000 propriétaires, i sur ^.

Quand l'État réduit sa dette et suspend ses paiements ; quand la banque arrête ses remboursements ; quand le marchand, le fabricant, l'entrepreneur n'écoulent plus leurs produits, ne trouvent plus l'emploi de leurs services, les propriétaires de maisons seraient-ils bien venus à exiger, comme en temps ordinaire, l'acquittement de leurs loyers? Est-ce que la Révolution et les conséquences de la Révolution ne doivent pas peser également sur tous ? Et si, à la stagnation générale des affaires, s'ajoute la dépréciation universelle des valeurs, n'est-il pas évident que les locataires ont droit, non-seulement à une prorogation de terme, mais à une réduction sur le prix du loyer?...

Est-ce là du communisme ou de la simple équité?

Et si le propriétaire osait se plaindre qu'on lui fait banqueroute , ne serions-nous pas en droit de lui répondre que ce n'est pas nous, locataires, qui faisons banqueroute, que c'est la force des choses?... Or, ce qui est vrai du locataire. Test, et au même titre, du fermier. Le fermier ne vend plus ses denrées ou les vend à vil prix. Le blé est à 40 francs l'hectolitre, le vin à 3 centimes le litre. Les frais de production du blé et du vin ne sont pas couverts par les prix de vente. Comment le fermier pourrait-il donc payer le propriétaire et acquitter l'impôt? Est-ce sa faute si la Révolution est venue interrompre toutes kslransacUons?...

Que si, enfin, les proçnfeVaVc^s dL\tEffii^Ni^«s»tfc^^sCT^\ii^

3jft bonoe justice « se refuser d'abord à une prorogation de paiement, puis à une réduction des baux en faveur des locataires et fermiers ; si l'État, en consolidant la dette flottante, en donnant cours forcé aux billets de la Banque de France , en frappant une contribution sur les créances hypothécaires, et élevant le tarif des droits de mutations pour les gros héritages « a donné le premier le signal de cette réduction universelle, ou» pour mieux dire, de cette réciprocité de crédit, pourquoi les rentiers de l'État, si exactement payés jusqu'ici, R8feraient-ils seuls privilégiés? Serait-ce donc leur faire tort que de leur demander à leur tour, au nom des contribuables locataires, fermiers et propriétaires, le crédit d'une fraction de leurs rentes Î..W

Mais si tous les citoyens se font mutuellement crédit de quelque chose ; le propriétaire de maison , d'une partie de ses loyers; le propriétaire fermier, d'une partie du fermage; le créancier hypothécaire , d'une partie de ses intérêts; le rentier de l'État, d'une fraction de sa rente ; n'est-il pas évident que cette mutualité équivaut à une espèce d'organisation du crédit, et que si l'on entrait franchement dans cette route, on aboutirait à la reprise immédiate du travail et des affaires?...

Que la garde nationale qui s'est dévouée pour l'ordre dans ces jours néfastes y réfléchisse : c'est son salut que nous lui proposons , dans ces quelques lignes.

Nous engageons donc tous les locataires et fermiers à s'entendre et à présenter à l'Assemblée nationale une pétition fortement motivée, une pétition qui soit, non pas une supplique, mais un ordre.

Cette pétition, rédigée en forme de décret, de manière à ce que l'Assemblée nationale n'eût rien à faire qu'à y joindre sa sanction , dirait en substance :

Vu l'urgence et le péril Imminent;

Considérant que le salut du peuple est U \ol sw\yt^\!^^\

Considérant qne la rente de la terre est on privilège gratuit, qa*U appartient à la société de révoqaer ;

Considérant qu'il est da droit de l'Etat de régler le taux des usures et le revenu des capitaux ;

Considérant que les intérêts de TÉtat, des fermiers, locataires, emprunteurs sur gage ou hypothèque, sont identiques et solidaires ; Considérant que le seul moyen d'échapper au péril de la sitaatiM, de ranimer le travail , de sauver la famille et la propriété, est daas une vaste opération de crédit réciproque ; L'Assemhlée nationale décrète :

Art. 4» ^ A dater du 45 juillet 4848 jusqu'au 45 juiUet 4854, n sera fait remise , par tous propriétaires de maisons , sur le prix de leurs loyers, du tiers des sommes dues, savoir : un sixième pour le locataire, et un sixième pour l'État.

Art. SI.— A dater de la même époque, et pendant le même laps de temps, il sera fait remise par tous les propriétaires fonciers du tiers de leurs fermages, savoir : un sixième pour le fermier, et un sixièffle pour rËtat.

Art. 3. — A dater du 45 juillet 4848 , jusqu'au 45 juiUet 4854 , U sera fait remise par tous créanciers hypothécaires du tiers des- intérêts qui leur sont dus, savoir : un sixième pour le débiteur, et un sixième pour l'État.

Art. 4. — Les fermiers, locataires et débiteurs qui désireront jouir de la réduction que leur accorde le décret sur le prix des loyers et fermages, devront faire connaître leurs baux aux percepteurs de leurs cantons et receveurs, qui seront chargés d'établir l'état des remises. La déduction du tiers sera opérée par les fermiers, locataires et débiteurs, sur chaque terme échu de leurs obligations et contrats, et le sixième revenant à l'Etat sera versé par eux aux bureaux des contributions.

Art. 5.— Indépendamment de la retenue sus-mentionnée , le paiement des termes échus ou à écheoir du 45 juillet au 45 octobre 4848 est ajourné de trois mois , et sera réparti par quart sur les termes suivants, h partir du 45 janvier 4849.

Art. 6.— Les baux à ferme et à loyer, ainsi que les obligations hypothécaires sujettes à la retenue ci>devant stipulée , sont prorogés jusqu'au 45 juillet 4854.

Art. 7. — U sera retenu aux rentiers de l'État , sur chaque trimestre à échoir du 45 juillet 4848 au 45 juillet 4851 , un tiers de leur reutc%

Art. 8.~L*impAt foncier de 45 centimes et celai sar les créances Iq^thécaires sont abolis.

Les droits sar les boissons seront réduits des trois qaarts, et ramenés à une forme unique.

Art. 9. — L'État, au moyen des sommes qui lui seront versées pendant les trois années à courir du 15 juillet 4848 au 45 juillet 4854, par anite des retenues à opérer sur les fermages, loyers, créances hypothécaires et fonds publics , sommes qui s'élèveront à plusieurs ttilliards, sera chargé de réorganiser sur des bases nouvelles le crédit pnblic, rassorance, la circulation, les transports et les mines.

Gardes nationaux, rien n'est plus facile pour vous que de sauver votre fortune , de relever vos affaires , d'assurer le bien-être de vos familles^ Témancipation du travailleur : il ne s'agit que d'établir momentanément un impôt sur le revenu^ en y intéressant le fermier, le locataire y le débiteur. Gardes nationaux, portez, pour voir, ces vœux à l'Assemblée nationale, et vous verrez bientôt quels sont vos amis et vos ennemis.

- no -

IiOlMr le» aidbiièt la Pweêêé.

Est-ce là faire droit? Est-ce ta comme oh juge? s'écriait Clhicaneau en fureur.

Nous pouvons bien dire maintenant : Est-ce là comme on légifère?

Il 7 a quelques jours, rAssemblée nationale avait à fidre une loi sur les clubs.

La réaction exigeait que les clubs fussent supprimés : k gouvernement) d'ailleurs aux ordres de la réaction, le son* haitait aussi. Mais la révolution était là, qui demandait, elle, le maintien des clubs.

Gomment faire donc pour annihiler les clubs, tout en ayant Tair de les maintenir?

La commission Dupin, Coquerel et Ciompagnie s*est cha^ gée de résoudre le problème.

La commission a proposé, TÂssemblée nationale a adopté le décret dont la teneur se résume ainsi :

L'article 2 enlève aux clubs la liberté, la qualité, le lieu.

L'article 3 leur Ole la vie privée.

L'article 4 les place sous la surveillance de la haute police.

L'article 5 leur ôte la sécurité, en leur imposant pour garantie d'ordre la sui-dénonciation, le suicide.

L'article 6 leur interdit la parole.

L'article 7 leur défend l'action.

Une société est un être moral, ou elle n'est pas. Comme

être moral, elle ne subsiste, elle ne vit que par les conditions

çuj font la vie de rhomme tufem^ \\^ \îù^\\^^ \^ ^^^té^

rhidiviclualité; le lieu, le iémps, la sécitrife^ la pensée, là parole et raction.

Qu'est-ce donc cpi'iine société qui né peut se constituer ^ne sous le boo {flaisir de l'aiitorité ; à qdi il est défenclà de prendre un nom et de se qualifier; qui n'a pas le droit de paraître dans les lieux put)Iics, et qui néanmoins est obligée d'admettre à ses séances le public ; une société qui n'a pas de rie privée ; qui ne délibère que sous l'œil de la police ; qui ne peut discuter rien de ce qui fait ombrage au pouvoir; (jui, après avoir délibéré, ne peut prendre de coiiclusions ; une société qui ne pense» ne parle, n'agit pasf

Une pareille société est moins qu'un rassemblement sur lés places publiques ; c'est une pantomime sans idée, jouée par dés aveugles-muets. Voilà les clubs, tels que l'Assemnâtionale lés a faits, entraînée par l'éloquence des Sénarcl, des Coquerel.

Le mensonge, la mauvaise foi, là bouffonnerie dans la loi ! c'est ce qu'il était réservé à la démocratie de nous apprendre...

Aujourd'hui, il s'agissait de la liberté de la presse, la liberté de la presse, toujours la première remise en question> à la suite des jongleries révolutionnaires.

Croyez-vous que le gouvernement de février soit si ingrat que d'en vouloir à la liberté de la pressé ! Oh ! non : ce qu'il demande, ce sont des garanties contre la licence de la presse.

Des garanties, dites-vous? quoi ? est-ce que le Code pénal estaboU? les lois de 1819 et 1830 ne sont-elles pas là? Qa'ést-il besoin d'autre chose que d'en changer le style, et d'en accommoder les articles aux exigences républicaines?

Les garanties que demande le gouvernement contre la pressé, c'est d'abord un cautionnement.

— Voyez, dit M. Sénard, nous ne demandons que la caution de l'amende que le journaliste po.uV eneowcvt ^ ^V^^iS^ W ^^Mésfle cautioiùiemeni^ c'est comme \a âiovxwve, \xtisi ^'^^-

hibition, ce n'est pas une garantie ; — mais 24,000 francs sont plus difficiles à trouver aujourd'hui que 100,000 francs le 22 février; — mais la plus forte des amendes ne doit pas, selon vous-même, dépasser 6,000 francs ; — mais vous avez pour garantie de Tamende la contrainte par corps; — mais vous ne pouvez poser en principe dans une loi que la loi sera violée !

n y a autre chose, M. le ministre, dans ces 24,000 francsi qu'une garantie ! dites la vérité.

— Nous demandons, dit alors le ministre, une garantie contre la presse anarchique, contre la presse socialiste, contre cette mauvaise presse qui réclame le droit au travail; contre la presse à 5 centimes, qui s'adresse spécialement à des hommes qui n'ont pas assez d'argent pour s'abonner! Quant à la presse sérieuse, à la presse grave, qui se constitue au capital de 4 ou 500,000 francs; à cette presse qui s'honore autant par sa moralité que par son patriotisme, nous ne songeons pas à l'inquiéter.

Voyez le Constitutionnel , le Siècle, les DébatSj la Gazette de France, tous les journaux dynastiques, légitimistes, anti-socialistes, les entendez-vous se plaindre du gouvernement? Est-ce que les procureurs-généraux les tracassent? Est-ce que nous nous méfions de leurs tendances? Est-ce qu'ils conspirent? Est-ce qu'ils trompent, par de fausses espérances, le prolétariat ?

Un journal qui ne pourrait trouver crédit de 24,000 francs, nous le regardons comme un journal anarchique, impie, ennemi de la famille et de la propriété.

24,000 francs ! — Voilà, pour nous, le critérium du génie, de la vertu et du patriotisme !

24,000 francs ! — Nous déclarons ennemi de la société et de la République tout journal qui, avant d'exister, ne dépO' sera pas à notre caisse des consignations 24,000 francs !

24,000 francs ! — C'est, sous la République, lecensélecr

tonl de la presse. De 100,000 lcmc;& c^*^ ^\adX^\al\&«\tt^

MtccMe, nous Tavons abaissé à 24,000 francs, et vous vous plaignez!..

A nous donc les ouvriers, les travailleurs, les prolétaires ! A nous les pauvres ! A nous le denier de la veuve ! A nous les fondateurs en haillons de la République ! A nous les héros, maintenant désarmés, des barricades ! A nous les calomniés de février, de mars, d'avril, de mai, de juin!. •

Il s'agit de prouver que vous êtes d'honnêtes gens , en vous cotisant pour former au journal du Peuple une caution de 24,000 francs.

Vous vous croyiez de braves citoyens, des cœurs généreux, de vrais patriotes! — Mais, sachez-le bien, vous tous qui ne demandez à la République que la liberté, à la propriété que du travail : vous ne serez un parti sérieux, honnête, digne de considération, estimé du gouvernement, que lorsque vous aurez formé entre vous tous 24,000 francs.

C'est 'un ministre du 24 février, c'est le citoyen Sbnard, qui vous le déclare au nom de la République*

— lU -

Les lllaUha«len«.

10 Aoftt*

Le docteur Mallhus , un économiste^ un Anglais, a écrit ces propres paroles :

« Un homme qui nait dans un monde déjà occupé , si sa a famille n*a pas le moyen de le nourrir^ ou si la société n'a a pas besoin de son travail , cet homme , dis-je, n'a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de a nourriture : il est réellement de trop sur la terre» Au a grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert mis a pour lui. La nature lui commande de s'en aller» et ne a tardera pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. » Eli conséquence de ce grand principe , Jtfalthus recommande, sous les menaces les plus terribles , à tout homme qui n'a pour vivre ni travail ni revenu , de s'en aller^ surtout de ne pas faire d'enfants. La famille , c'est-à-dire l'amour, comme le pain, sont, de par Mathus, interdits à cet homme-là.

Le docteur Mathus était, en son vivant, ministre du samt Évangile , de mœurs douces, philanthrope , bon mari , bon père, bon bourgeois, croyant à Dieu autant qu'homme de France. Il mourut, le Ciel lui fasse paix ! en 1834. On peut dire qu'il a le premier, sans s'en douter, réduit à l'abserde toute l'économie politique, et posé la grande question révolutionnaire, la question entre le travail et le capital.

Chez nous, oix la foi à la Providence est restée vive, malgré l'indifférence du siècle , le peuple dit , par manière de proverbe , et c'est en cela que nous nous distinguons de l'Anglais : Il faut que tout le monde vivel — Et notre peuple , en disant cela ^ cro\\ ^Vc^ ^u's&v bon chrétien , aussi

conservateur des bonnes mœurs et de la famille , que feu Malthus.

Or, ce que le peuple dit en France, les économistes le nienty les gens de lois et les gens de lettres le nient; rËglise, qui se prétend chrétienne , et de plus gallicane , le nie ; la presse le nie, la haute bourgeoisie le nie, le gouvernement| qui s'efforce de la représenter, le nie.

La presse, le gouvernement, TÉglise, la littérature , les économistes, la grande propriété, tout, en France, s'est fait anglais, tout est malthusien. C'est au nom de Dieu et de sa sainte providence , au nom de la morale , au nom des intérêts sacrés de la famille, qu'on soutient qu'il n'y a point de place, dans le pays, pour tous les enfants du pays, et qu'on insinue à nos femmes d'être moins fécondes. En France, malgré le voeu du peuple, malgré la croyance nationale, le boire et le manger sont réputés privilège , le travail privilège, la famille privilège, la patrie privilège.

H. Antony Thouret disait l'autre jour que la propriété sans laquelle il n'est ni patrie, ni famille, ni travail, ni mo«p ralité, serait irréprochable le jour où elle cesserait d'être un privilège. C'était dire assez clairement que pour abolir tous les privilèges, qui mettent, pour ainsi dire hors la loi ; hors l'humanité, une partie du peuple, il fallait, avant tout, supprimer le privilège fondamental et changer la constitution de la propriété.

M. A. Thouret s'exprimait en cela comme nous-mêmes, comme le Peuple. L'État, la presse, l'économie politique ne l'entendent pas ainsi : ils s'accordent à vouloir que I{i propriété , sans laquelle , au dire de M. Thouret, point iç travail, point de famille, point de République, demeure ce qu'elle a toujours été, un privilège.

Tout ce qui se fait, qui se dit, qui s'imprime aujourd'hui et depuis vingt ans, se fait, se dit et s'imprime en conséquence de la théorie de Malthus.

La théorie de Uàltbus, c'est la thèom &^\9â8j^^\&s\\.\^

litique , de l'assassinat par philanthropie , par amonr de Pieu. — Il y a trop de monde au monde : voilà le premier article de foi de tous ceux qui, en ce moment, au nom du Peuple, régnent et gouvernent. C'est pour cela qu'ils travaillent de leur mieui à diminuer le monde. Ceux qui s'acquittent le mieux de ce devoir, qui pratiquent avec piété, courage et fraternité les maximes de Malthus, sont les bons citoyens, les hommes religieux; — ceux qui protestent, sont des anarchistes, des socidistes, des athées.

Le crime inexpiable de la révolution de février est d'avoir été le produit de cette protestation. Aussi, on lui apprendra à vivre à cette révolution qui promettait de faire vivre tout le monde. — La tache originelle, indélébile de la Répablique, c'est d'avoir été proclamée par le peuple, anti-malthusien. C'est pour cela que la République est si particulièrement odieuse à ceux qui furent et qui veulent redevenir les complaisants et les complices des rois, grands mangeurs thommeSf disait Caton. On la monarchisera votre République> on lui fera dévorer ses enfants.

Là est tout le secret des soutTrances, des agitations et des contradictions de notre pays.

'^ Les économistes ont les premiers parmi nous, par im inconcevable blasphème, érigé en dogme de la Providence la théorie de Malthus. Je ne les accuse pas plus que je ne les calomnie. Les économistes sont en cela de la meilleure foi, comme de la meilleure intention du monde. Ils ne demanderaient pas mieux que de faire le bonheur du genre humain ; mais ils ne conçoivent pas comment, sans une organisation quelconque de l'homicide, l'équilibre entre la population et les subsistances pourrait exister.

Demandez à l'Académie des sciences morales. Un de ses

membres les plus honorables, que je ne nommerai pas,

bien qu'il s'honore de ses opinions, comme doit faire tout

honnête homme, étant préfet de je ne sais quel départe-

iocnt, s'avisa un jour, dans une ifxoà^vù.^>ctfyci^ ^fc\çjwOT\r

mander à ses administrés de ne plus faire aatant d'enfants à leurs femmes. Grand scandale parmi les curés et les commères, qui traitèrent cette morale académique de morale décochons! Le savant dont je parle n'en était pas moins, comme tous ses confrères, un défenseur zélé de la famille et de la morale : mais, observait-il avec Malthus, au banquet de la nature, il n'y a pas de place pour tout le monde.

M« Thiers, membre aussi de l'Académie des sciences morales, disait dernièrement au comité des finances, que s'il était ministre, il se bomeraità traverser courageusement j stoïquement y la crise, se renfermant dans les dépenses de son budget, faisant respecter l'ordre, et se gardant avec soiu de toute innovation financière, de toute idée socialiste, telle que notamment le droit au travail, comme de tout expédient révolutionnaire. Et tout le comité d'applaudir.

En rapportant cette déclaration du célèbre historien et homme d'État, je n'ai nulle envie, on le sent bien, d'incriminer ses intentions. Dans la disposition actuelle des esprits je ne réussirais qu'à servir l'ambition de M. Thiers , s'il lui en restait. Ce que je veux faire remarquer, c'est que M. Thiers, en s'exprimant de la sorte, témoignait, peutêtre sans y penser, de sa foi à Malthus.

Entendez bien ceci, je vous prie. — Ce sont deux millionS| qaatre millions d'hommes qui périront de misère et de faim, si Ton ne trouve moyen de les faire travailler. C'est un grand malheur, assurément, et nous en gémissons tous les premiers, vous disent les malthusiens : mais qu'y faire ? Il vaut mieux que quatre millions d'hommes périssent que de compromettre le privilège ; ce n'est pas la faute du capital, si le travail chôme ; au banquet du crédit, il n'y a pas de place pour tout le monde.

Ils sont courageux, ils sont stoïques, les hommes d'État de l'école de Malthus, quand il s'agit de sacrifier les travailleurs par millions. — Tu as assassiné le pauvre, disait le prophète EUe au roi d'Israël, et puis l\x V ^% OTsç^t^ ^ ^^

hérilage. Qecidiêii et poêêedisti. H faut anjourd'hni ^6^Te^ ser la phrase, et dire à ceux qui pos8ë4eiit et qui gouvernent : Vous avez le privilège du travail, le privilège da crédit, le privilège de la propriété, comme dit M. Thouret; et c'est parce que vous ne voulez pas vous en dessaisir, que TOUS répandez comme Teau la vie du pauvre : Posêedisti et occidisti !

Et le peuple , sous la pression des baïonnettes, se consume lentement ; se meurt sans soupir et sans murmure : le sacrifice s'accomplit dans le silence. Courage ! travailleurs ; soutenez-vous les uns les autres : la Providence finira par vaincre la fatalité. Courage ! vos pères les soldats de la République, étaient encore plus mal que vous aux sièges de Gênes et de Mayence.

M. Léon Faucher, combattant pour le cautionnement des journaux, pour le maintien des douanes sur la presse, raisonnait aussi comme Malthus. — Le journal sérieux, disaitil, le journal qui mérite considération et estime, est celui qui s'établit au capital de A à 500,000 francs. I^ journaliste qui n'a que sa plume est comme l'ouvrier qui n'a que ses bras. S'il ne trouve moyen de faire acheter ses services ou créditer son entreprise, c'est signe que l'opinion le condamne : il n'a pas le moindre droit à prendre la parole devant le pays : au banquet de la publicité, il n'y a pas de place pour tout le monde.

Ecoutez Lacordaire, ce flambeau de l'église, ce vase d'élection du catholicisme. Il vous dira que le socialisme est l'antèchrist.— Et pourquoi le socialisme est-il l'antéchrist ? - Parce que le socialisme est l'ennemi de Malthus, et que le catholicisme, par une transformation dernière, s'est fiait malthusien.

L'Evangile nous dit, s'écrie le tonsuré, qu'il y aura toujours des pauvres : Pauperes semper habebitis vobiscum ; et qu'en conséquence la propriété, en tant qu'elle est privilège e/ quelle fait des pauvres, est ^sx^a* Le çauvrç est nèces-

saire h l'exercice de la charité évangélique : au banquet d'ici-basy il ne saurait y avoir place pour tout le monde.

n feint d'ignorer, l'infidèle, que pauvreté^ dans la langue sainte, signifie toute espèce d'affliction et de peine, et non pas chômage et prolétariat. Et comment celui qui allait partout dans la Judée, criant : Malheur aux riches ! eût-il pu l'entendre autrement? Malheur aux riches ! dans la pensée de Jésus-Christ, c'était malheur aux malthusiens.

Si le Christ vivait de nos jours , il dirait aux Lacordaire et consors : « Vous êtes de la race de ceux qui , dans tous a les temps, ont versé le sang des justes, depuis Âbel jusa qu'à Zacharie. Votre loi n'est pas ma loi ; votre Dieu n'est

a pas mon Dieu ! » Et les Lacordaire crucifieraient le

Christ comme séditieux et comme athée.

Le journalisme presque tout entier est infecté des mêmes idées. — Que le National, par exemple, nous dise s'il n'a pas toujours cru , s'il ne croit pas encore que le paupérisme , dans la civilisation, est éternel ; que l'asservissement d'une partie de l'humanité est nécessaire à la gloire de l'autre ; que ceux qui prétendent le contraire sont de dangereux rêveurs qui méritent d'être fusillés ; que telle est la raison d'état? Car, si telle n'est pas la pensée secrète du National, si le National veut sincèrement, résolument l'émancipation des travailleurs , pourquoi ces anathèmes , pourquoi cette colère contre les socialistes purs, contre ceux qui , depuis dix et vingt ans, demandent cette émancipation ?

Qu'ils daignent aussi , afin que le Peuple les connaisse , faire leur profession de foi économique, ces bohémiens de la littérature, aujourd'hui sbires du journalisme, calomniateurs à prix fixe, courtisans de tous les privilèges, panégyristes de tous les vices, parasites vivant aux dépens d'autres parasites , qui ne parlent tant de Dieu que pour dissimuler leur matérialisme ; de la famille que pour couvrir leur^ adultères, et qu'on verrait par dégoût du mariage, caresser des guenons^ s'ils ne trouvaient pl\\^ d^ m^^xx^v^tiu^i^^^

Faites des filles, nous les aimons y chantent ces in£9lme9, en parodiant le poète. Mais abstenez-TOus de faire des garçons : au banquet de la volupté il n'y a pas de place pour tout le monde.

Le gouvernement était inspiré de Malthus, lorsqa'ayant cent mille ouvriers disponibles auxquek il donnait on salaire gratuit^ il se refusait à les employer en travaux utiles; — lorsqu'ensuile, après la guerre civile , il demandait ponr eux une loi de transportation. Avec les dépenses des préteih dus ateliers nationaux, avec les fhds de guerre , de procédure, de prison, de transport, on pouvait donner aux insiu^ gés du travail pour six mois , et changer tont notre régime économique. Mais le travail est un monopole ; mais on ne voulait pas que l'industrie révolutionnaire fît concurrence à l'industrie du privilège : au chantier de la nation^ il n'y a pas de place pour tout le monde.

La grande industrie ne laisse rien à faire à la petite : c'est la loi du capital^ c'est Malthus.

Le commerce en gros s'empare peu à peu du commerce de détail : c'est Malthus.

La grande propriété envahit , s'agglomère les plus pauvres parcelles : c'est Malthus.

Bientôt la moitié du peuple dira à l'autre :

La terre et ses produits sont ma propriété ; L'industrie et ses produits sont ma propriété ; Le commerce et les transports sont ma propriété ; L'Etat est ma propriété.

Vous qui ne possédez ni réserve ni propriété ; qui n'êtes point fonctionnaire public y et dont le travail nous est inutile, ALLEz-vous-EN ! Vous êtcs réellement de trop sur la terre : au soleil de la République, il n'y a pas de place pour tout le monde.

Qui viendra me dire que le droit de travailler et de vivre a 'est pas tonte la Révoluliou^

Qui Tiendra me dire que le principe de Maithus n'est pas toute la contre-révolution ?

Et c'est pour avoir publié de telles choses, c'est pour avoir énergiquemeut signalé le mal, et cherché de bonne foi le remède, que la parole m'a été ôtée par ordre du gouvernement, du gouvernement qui représente la Révolution !

C'est pour cela que j'ai vu passer sur moi, muet, le déluge des calomnies, des trahisons, des lâchetés, des hypocrisies, des outrages , des désertions et des défaillances de tous ceux qui haïssaient ou qui aimaient le peuple ! C'est pour cela que j'ai été, pendant un mois entier, livré aux chacals de la presse et aux chats-huants de la tribune ! Jamais homme, ni dans le passé, ni dans le présent, ne fut l'objet d'autant d'exécration que je le suis devenu , pour ce seul fait que je fais la guerre aux anthropophages.

Calomnier qui ne pouvait répondre ^ c'était fusiller un prisonnier. Carnassiers de Maithus, je vous reconnais là 1 Poursuivez donc ; nous avons plus d'un compte à régler encore. Et si la calomnie ne vous sufQt pas, employez le fer et le plomb. Vous pouvez me tuer : nul ne peut éviter son sort , et je suis à votre discrétion. Mais vous ne me vaincrez pas : vous ne persuaderez pas au peuple, moi vivant, moi tenant une plume , que , hormis vous , il y ait quelqu'un de trop sur la terre. J'en fais le serment devant le Peuple et devant la République 1

Ca Calomnie*

ISAoÛt.

Lecteurs, rassurez-vous. Ce n'est pas de moi que je parle; ce n'est pas ma réputation, mon honneur traîné sur la claie que je veux venger. Que je sois le successeur de Cartouche, de Mandrin, de Lacenaire , comme disent mes biographes; que le Constitutionnel et ses adeptes m'appellent le thiori' eien du vol ; que le grand Coquerel , de son prénom Atha- Base ; déclare mes propositions dignes de la cour d'assises et du bagne ; que celui-ci me fasse bâtard et celui-là souteneur d'une prostituée ; que ceux qui jouissent à la fois et de la mère^ et de la fille, et de la sœur, et de la nièce^ et de la servante , me dénoncent comme un destructeur de la femille ; que des libertins et des renégats mettent le comble à rhorreur publique en me signalant comme matérialiste et athée : il s*agit bien de ces misères! Quand la Révolution est en péril, quand la faim décime le Peuple, je n'ai pas le loisir d'entretenir le public de mes injures personnelles. Le flot de la calomnie passera : les idées que je défends ne passeront pas.

La calomnie à la République : voilà l'objet de mes préoccupations et de mes terreurs.

Calomnie d'en haut et calomnie d'en bas ; calomnie de la gauche et calomnie de la droite ; calomnie aux feux croisés, en tirailleurs, par pelotons et par mitraille ! c'est la calomnie qui nous tue , républicains , la calomnie qui nous abîme , dans l'âme et dans le corps.

Les calomniateurs de la République, ce sont tout à la fois ceux qui la gouvernent sans U comçrendre ; ceux qui la dé-

cbirent, parce qu'ils la comprepnent ; ceux qui la trahissent et qui Texploitent, pawîe qu'ils se jouent de tout, de la République, comme de la monarchie et de la religion.

A tout seigneur , tout honneur : je commence par le National.

En m'adressant au National, je saurai distinguer les personnes de la chose, séparer les écrivains de Timprimé , les journalistes de la feuille qui est leur organe collectif, comme dit M. Léon Faucher. La conspiration de calomnie qui s'acharne sur moi ne m'empêchera pas d'être juste , même envers des ennemis.

Le National est depuis vingt ans une pépinière de célébrités.

La France littéraire s'honorera toujours des Tbiers et des Blignet : pour ma part, je dois à leurs ouvrages plus d'une sorte de reconnaissance.

La République est ûère d'Armand Carrel , de son talent autant que de sa bravoure et de son caractère.

Les Magnin, les Taillefer, lesGénin,les Bastide, quoique avec moins d'éclat, font honneur au pays, autant qu'au journal qui les mit en lumière. — M. Armand Marrast , après avoir été dix ans le prince de la presse quotidienne» promet à la République un homme d'autant de caractère que d'esprit. J'avoue cependant que je l'aimerais encore mieux derrière son pupitre de journaliste qu'au fauteuil de la présidence... S'il est un écrivain que j'honore de l'approbation de ma conscience et de ma raison, c'est ce philosophe, aussi profond que modeste, aussi éminent par le style que par la science , M. Littré. — La mort de Dornès , enQn , a répandu sur le National un reUct impérissable de patriotisme.

Comment donc se fait-il qu'avec tant de ressources, avec des esprits si puissants , le National n'ait jamais été, depuis ^'il existe, au point de vue des idées, que le plus iniatfilUffeat çtfe plus ifmt^lUgibh des ^ouiça^)^'\

Ah! c'est que le National n'est pas l'organe d'une doctrine : c'est une collection de sentiments, un éclectisme d'opinions. Le National est comme l'Académie; une compa^ gnie de beaux esprits et de génies supérieurs, mais qui, par elle-même et précisément parce que ce n'est qu'une compagnie, est incapable de produire une idée.

Voilà pourquoi le National et son parti n'a jamais su le premier mot de la République à laquelle il travaillait avant février, et qu'il ne cesse de démolir depuis février ; — voilà pourquoi l'avènement du National , de ses opinions et de ses hommes, au gouvernement de la République, a paru au peuple un contre-sens, une usurpation : pourquoi, en deux mots, le National, usurpateur de la République, est devenu le calomniateur de la République.

Je ne connais point les rédacteurs actuels du National : je suppose qu'ils sont en tout dignes de leurs prédécesseurs. Mais j'affîrme, sans que je veuille du reste incriminer leurs intentions, que leur feuille, en dissimulant, travestissant comme elle fait tous les jours, la question révolutionnaire, fait œuvre de calomnie et détruit la République.

La République , préparée , fondée par vingt années de discussions économiques et sociales, auxquelles le National n'a jamais voulu prendre la moindre part , la République est une chose : le National veut qu'elle soit autre.

Le National ne comprend point la République comme idée positive : il n'y voit, n'y a jamais vu qu'une négation, la Charte constitutionnelle, moins le roi. — Lorsque M. Thiers, se tenant dans la sphère des principes, posait son fameux axiome : Le roi règne et ne gouverne pas, il définissait la république du National. Plus matérialiste que M. Thiers , le National , après avoir supprimé le principe , voulut aussi supprimer le symbole ; mais comme , à part la destruction du symbolisme monarchique, le système du JVo- /ùma/nediBère essentiellement en tien de celui de M. Thieri, i peine la royauté expnlsée,te N otioiwA %* ^\. ^v^xSawsi^

ce qui ressemble le plus à une royauté, il s'est fait partisan de la présidence, et la République, pour lui, a été constituée. Otez la personne royale , ôlez la préro gative royale , et le National^ que Louis-Philippe aimait, parce qu'il l'avait deviné, est tout aussi juste-milieu, aussi doctrinaire, aussi conservateur et rétrograde que M. Guizot.

Depuis 1830, nous n'avons cessé de lui dire : La République, c'est le socialisme. Et le Peuple, dont la voix consacre toutes les vérités, le Peuple à fini par crier, comme nous, en février et depuis février : Vive la République dé^ mocratique et sociale !

À cette manifestation décisive, qu'a opposé le Nationale n s'est fait écrire une lettre de dix lignes par un homme célèbre, chéri du Peuple, défenseur de la propriété dans un intérêt de doctrine , comme nous en sommes l'adversaire dans un intérêt de doctrine ; lettre dans laquelle cet homme célèbre, M. de I^mennais, déclarait qu'il n'étedt pas communiste ! Pour se soustraire au jugement du Peuple , le National tire en cause une grande renommée ; quand on lui parle économie sociale, il vous répond métaphysique ; il oppose définition à définition, et il croit en avoir fini avec la critique ! Le Peuple n'a point été dupe du sophisme : il a demandé avec un redoublement d'énergie Forganisalion du travail, la République démocratique et sociale.

Combien de fois , chifiFres en main , n'avons-nous pas dit au National : Prenez garde, la société est établie sur une erreur de compte. Ce qui engendre le paupérisme, c'est qu'on applique à la nation, à l'être collectif, les principes de l'économie domestique ; c'est qu'on suppose dans la société un bénéfice qui n'existe pas ; c'est que le travailleur, sur qui le capital et le privilège prélèvent ce bénéfice , ne peut pas racheter son produit , et que le travailleur ne rachetant pas son produit , il y a nécessairement stagnation , grève, puis dépréciation, faillite et banqueroute ; c'est, en un mot^ que parla rente et Viniévèi des capitaxiX) ^«Q&^<^ ^Twswûfc

soit coupable de maléûce et de mauvaise foi , le travailleiir est volé!...

Au lieu de vérifier le fait , le National , qui se connaît peu, à ce qu'il parait, en comptabilité, et dont le spiritual lisme rougirait de descendre à ces vilenies de produit n^ et de produit brut, le National s'est d'abord renfermé dans un superbe silence ; et quand enfin il a daigné s'occuper des questions économiques; c'a été pour consacrer purement et simplement la productivité du capital, précisément la cause du paupérisme, une fiction, un mensonge !

Toute la révolution, selon nous, consiste à supprimer un

mot, un seul mot de l'article 8 de la déclaration des droits :

^ a La propriété consiste dans le droit de jouir et de dis-

a poser de ses biens, de ses revenus, des fruits de son tra-

a vail, de son intelligence et de son industrie, b

Le revenu , disons-nous, n'est qu'une hypothèse, dont l'analyse économique démontre la fausseté, dont larépublicanisation du crédit entraine fatalement l'abolition. Ou la Révolution est absurde etlaRépublique un non-sens, on bien par le droit de propriété vous ne pouvez plus à l'avenir entendre autre chose que le droit de disposer des fruits de son travail j de son intelligence et de son industrie , qui est tout ce qu'entend, tout ce que demande le Peuple. C'est par esreur et surprise que le mot revenus s'est glissé dans la déclaration des droits de Robespierre , c'est cette erreur qui a fait, qui fera toujours avorter la République.

Le National, qui est girondin, thermidorien, malthusien, partisan du produit net , qui ne veut pas de la gratuité du crédit , qui sera royaliste, quand on lui aura démontré qu'entre la royauté et le socialisme il n'y a pas de moyen terme, le National se borne à répondre que nous sommes des anarchistes, des ambitieux ; que nous légitimons le vol, que nous détruisons la famille et la propriété l...

La calomnie, toujours la calomnie !..

Nous, républicain | uoxxs qoi à&^\À& nVu^ ^isfi^ ^<^us ar-

bore notre drapeau , proclamé nos principes ^ publié notre profession de foi , c'est nous que Iç National , qui n'a ni prévu , ni compris la République , taxe d'exagération , de fausse politique , de menées coupables , de tendances antisociales 1 C'est nous qui perdons la cause du Peuple , qui compromettons le droit au travail, par nos définitions et nos manifestes ! C'est nous qui produisons la détresse publique ! C'est nous qui attisons la guerre civile ! Si la République est suspecte à la bourgeoisie, aux capitaux, à la propriété, c'est nous qui avons fait le mal, en dénonçant à tous le principe, l'objet et la signification de la République ! Si les prétendants réussissaient dans leurs complots, c'est nous qiii les aurions ramenés!...

11 faut convenir, pourtant, qu'il s'agit de bien autre chose aujourd'hui que d'un remaniement de la charte.

Le principe de la République , ainsi que vient de le reconnaître l'Assemblée nationale par un vote unanime, est le principe de la souveraineté du peuple et du suf&age universel.

Cela veut dire que, sous la République , il n'y a d'autres droits que ceux qui ont été garantis par le peuple, d'autre gouvernement que celui du peuple, d'autre justice que celle du peuple, d'autre force que le peuple , d'autres fonctionnaires que les élus du peuple.

Et comme le peuple n'est vraiment souverain et législateur qu'autant que tous les citoyens participent également à la loi et à l'exercice du pouvoir, il s'ensuit que l'égalité, condition essentielle de la souveraineté , est le deuxième principe républicain. Dans le système qui doit surgir de pareils principes , l'inégalité des conditions , le monopole , la vénalité des charges , la distinction des castes sont impossibles ; et il est vrai de dire que, ou le privilège, si quelque part on le souffre, tuera la République, ou la République, si elle suit son principe, emportera le privilège.

Ainsi donc, pour employer des \eme% tcv^vo^ ^^^^^^^

travail/ comme droit et comme devoir, pour tout le monde; la propriété, comme instrument de travail et comme rémiïnération, pour tout le monde : voilà ce que veut , ce que doit être la République. C'est encore l'Assemblée nationale qui , dans le môme vote , Ta ainsi décidé. Quelques théoriciens , pensant que la propriété impliquait nécessairement privilège , niaient la propriété et demandaient eu conséquence que la propriété n'existât pour personne. L'Assemblée nationale a résolu le problème d'une autre manière : elle a pensé qu'il valait mieux que le privilège de propriété fût étendu à tous ; que chaque citoyen devînt, de fait comme de droit , propriétaire ; que tout le monde fut intéressé à la propriété. En conséquence, elle a déclaré le principe de la propriété inviolable , se réservant de le définir lors du vote de la constitution.

Mais, pour que le travail soit en même temps garanti et rendu obligatoire à tous ; pour que chaque citoyen acquière la propriété, et, après l'avoir acquise, ne la puisse plus perdre : il faut remanier de fond en comble notre régime économique ; il faut refaire , non pas seulement notre constitution politique, mais notre constitution sociale.

Sur quels principes et d'après quelles lois devra s'opérer cette réorganisation ?

Voilà ce que le socialisme cherche depuis vingt ans , et ce qui soulève les malédictions du National.

Le travail qui, sous le nom de socialisme, s'est accompli dans les idées dès avant la révolution de 1830, n'a eu d'autre but que de définir le régime républicain , d'en déterminer les conditions, d'en poser les bases. Maintes fois nous avons averti le National, organe prétendu de la république sous le dernier règne. Le National n'a jamais voulu nous entendre ; il s'est obstiné dans son éclectisme constitutionnel; il a repoussé toute discussion.

En vain nous lui disions : La question aujourd'hui n'est plas politique ; elle est écoïiom\cpi^.\AlfeQ\^vfe\ù.«t<»ssSSR>

la pire des aristocraties, envahit la société et fait rétrograder la ciYilisation jusque par delà Charlemagae. Dans cette France, ou Tégalité est indigène, la capital écrase, absorbe la petite industrie, le petit commerce , les petites fortunes. un peuple de citoyens se transforme, à vue d'oeil , en un peuple d'esclaves. D'autant plus nous produisons, d'autant plus nous sommes pauvres : et quand après avoir longtemps travaillé, longtemps produit, nous ne possédons plus rien, le capital alors s'arrête , renvoie les ouvriers, et dit : On ne travaille plus. Notre activité, si intelligente, si féconde, nous rend la vie de plus en plus laborieuse, de plus en plus précaire, de plus en plus misérable. Nous perdons tour à tour, par ce mécanisme , la propriété , la sécurité , l'égalité , le travail, la famille , l'amour même. Que ferez-vous donc , hommes du National, après que vous aurez chassé Louis- Philippe et supprimé un article de la charte?

A ces interpellations positives, réitérées, le National n'a jamais daigné répondre, ou s'il y a répondu, c'a été pour nous reprocher que nous corrompions l'esprit du peuple en ne lui parlant que d'intérêts matériels !

Et aujourd'hui, surpris par un événement qu'il a provoqué, mais qu'il n'a pas produit , mis en demeure d'organiser la République , sommé par tous les partis de déclarer sa pensée , il bégaie , il murmure , il échange des protocoles avec ses confrères dynastiques, parfois il accuse les réactionnaires, plus souvent, presque toujours, il calomnie les républicains.

Le National, qui n'a pas donné, en vingt ans, un quart d'heure à la question sociale, un quart d'heure à la République, nous déclare , du haut de son incapacité, ennemis de la République ! Il voudrait dissimuler, ruser avec l'opi* nion : faire à la fois du socialisme et du privilège ; jouer à la bascule avec le travail et le capital , accorder le Christ et Bélial , persuader aux volés qu'ils sont eux-mêmes les voleors; éterniser l'éguiyoque et la misère\ Comm^ «v^3iLa5Qfô3#^

tion révolotiônnàire n'éttiit pad , depuis vingt ans , pôsëe ; comme si la révolation de Février n'était pas la fin d'un régime de privilège , de corruption , de gâchis, et le commencement d'un régime fondé sur la science et l'égalité ; comme si l'idée-mère de cette révolution étaft chose noavelle; comme si, en pareille circonstance, la dissimulation n'était pas trahison !

Dites-nous donc de grâce, gens du National^ ce que vous entendez par ce mot de république? Définissez, s'il vous plaît, le droit au travail* le droit de propriété , la souveraineté du peuple , le suffrage universel , la démocratie^ la liberté et Tégalité? Ne perdez point de temps; nous avons déjà trop attendu : Qu'est-ce que la République ? pourquoi avez-vous fait la République ? La République crie au National : marche ! marche î Et le National répond à la République : arrête ! arrête ! I-A République va trop vite pour le National : il ne s'était pas attendu à cette fougue. Il trouve que nous sommes impatients ; il vient de se mettre à la question, il commence seulement ses études! N'a-t-il pas déjà fait nommer un comité de travailleurs? ordonné une enquête sur les travailleurs? envoyé M. Bianqui, avec plusieurs économistes, en tournée dans les départements , pour faire un rapport sur la situation des travailleurs? Tous les jours ne s'essaie-t-il pas aux réformes ? N'est-ce pas lui ou ses hoirs qui a donné cours forcé aux billets de banque , converti en rentes les bons du trésor et les livrets des caisses d'épargne ; inventé rimpôt de quarante-cinq centimes ; fait, défait, refait l'impôt sur les boissons ; tâté de l'impôt progressif et de l'impôt somptuaire; proposé, retiré, annoncé de nouveau l'impôt sur le revenu; ajourné la réduction de l'impôt sur le sel; engagé ou vendu les forêts de l'Etat? N'a-t-il pas, en toute occasion, protesté contre les assignats et le papier-monnaie » préparé la loi sur les assurances? N'est-il pas en train de facbeter les chem\mA^i^x'i^^r\'^\^^\^Sx^^^

1 6Sf — A 65 ! Certes les préteurs ne s'exposent guère t Vienne une banqueroute : oh trouvera bien moyen d'obtenir, de notre fortuné pays, un concordat à 6S !...

Et la République ne veut pas attendre ! la République , dans tes angoisses de la grève et de la faim, ose lever la tâte! Gardes nationaux et soldats, feu! sur la République démocratique et sociale !

il nous demandait, hier, si nous avions quelque chose à lyouter aux aménités dont nous l'avons gratifié, il y a sept ans, dans une brochure intitulée : Avertissement auxpro' priétcti'resl

Ceci nous remet en mémoire que le National , à une époque où il ne disposait pas de la force publique, se contentait de nous signaler pour nos idées républicaines, au procureur du roi. Nous en retrouverions au besoin les pièces. Le National se faisant éclaireur du parquet pour le aalut du privilège , et désignant du doigt , comme la justice divine dans le tableau de Prudhon , les adversaires du révenu netl Quel souvenir nous rappelez- vous là !

Ah ! républicains du National , nous ne pensions pas être prophète, lorsque déplorant votre aveuglement fatal, et prévoyant dès lors le désespoir d'une multitude égarée , nous écrivions, en i 839 :

« L'opulence et la misère, compagnes inséparables, croî- € Iront dans une progression sans fin ; le capital envahira € tout ; le paysan ruiné vendra son héritage.. . La misère et M l'abrutissement des prolétaires seront au comble : on ne c les empêchera pas de s'instruire ; mais ils ne pourront € vivre sans travailler, et quand ils ne travailleront pas, ils a ne mangeront rien... Le mérite des femmes ne sera plus a que le tarif de la beauté ; leur droit le plus sacré , de se c livrer au plus offrant. Les riches les posséderont toutes, c parce qu'eux seuls pourront les payer : les pauvres auront c pour épouses les êtres disgraciés et les t^WV^ 4^^ V^ <r luxure,,.

a Cependant il se rencontrera des âmes fières^ des hommes a qui refuseront de découvrir leurs fronts devant le veau « d'or : ceux-là voudront entrer en compte avec les favoris a de la fortune. — Comment êtes- vous si riches et sommes- « nous si pauvres ? — Nous avons travaillé, répondront les a riches; nous avons épargné, nous avons acquis... — Noos a travaillons plus que vous ; comment se fait-il que nous a n'acquérions jamais rien? — Nous avons hérité de nos ce pères? — Ah ! vous invoquez la possession, la transmisa sion, la prescription ! Eh bien ! nous appelons la force. « Propriétaires, défendez -vous !

(( Et il y aura des combats et des massacres y et quand a force sera demeurée à la loi , quand les révoltés seront « détruits, on écrira sur leurs tombes : ASSASSINS , tandis <c que leurs victimes seront glorifiées MARTYRS ! » {De la célébration du dimanche,)

Et dans cet Avertissement aux propriétaires que vous osez citer, ne disions-nous pas, en 1848, aux prolétaires déjà irrités :

a Maintenant que le système de monarchie représentative a tire à sa fin , c'est le tour d'une démocratie bourgeoise , a incohérente, querelleuse , babillarde... —Détruisez le a gouvernement actuel, et au lieu de cette égalité à laquelle a vos cœurs généreux aspirent , vous n'obtiendrez qu'onô « répétition de la démocratie conventionnelle ou directoa riale, interrompue violemment elle-même il y a quarante- « quatre ans, au 18 brumaire. Et comme tout gouvernement a veut se maintenir et se croit légitime , vous rencontrerez a de nouvelles résistances, plus impitoyables et plus achar- « nées, de sorte qu'après avoir échappé aux balles dynastir a ques, vous tomberez sous les balles républicaines. Il &ut et que les destins s'accomplissent... »

Puis nous ajoutions , en invitant les ouvriers à la patience et à la paix, et on redisant avec eux la chanson fau- Jbourîemie ;

« Ed avant , courage !

« Marchons les premiers :

« Du cœur i l'ouvrage , « Braves ouvriers ! >

c Marchez, en chaulant, àla conquête du nouveau monde, « race prédestinée I Travaillez , instrubez-vous les uns les « autres, braves ouvriers I Votre refrain est plus beau que c celui de Rouget de Tlsle I »

Hélas 1 nous ne pouvons plus aujourd'hui dire aux travailleurs : Marchez en chantant à la conquête du nouveau mofufe, race prédestinée ! Plus de travail, plus de chansons !

Nous leur dirons plutôt :

Allez en deuil, le crêpe au bras, le drapeau noir flottant, les femmes en pleurs, les enfants répétant en chœur la romance de misère : Cinq sousl allez au National, race désespérée I allez lui demander ce qu'il a fait de la République.

La fenaison a été belle , la moisson est riche , la vigne luxuriante, les campagnes joyeuses. La jolie paysanne ne demande qu'à échanger ses fruits, ses fromages, ses volailles, contre les modes et les passementeries de vos ouvrières. Le laboureur, le vigneron, regorgeant de bien, est prêt à vous payer des dons de la nature les produits de votre industrie et de vos arts. Mais le privilège, retirant ses écus, a jeté Tinferdit sur le travail et sur l'échange ; les communications sont coupées entre la ville et la campagne. C'est pourquoi l'abondance ruine le paysan, pendant que la grève tue l'ouvrier. Allez au National , allez lui demander quand il lui plaira de vous donner la République !

O Gavaignac I nous t'aimons tous du fond du cœur, pour ion frère, pour toi 1 Nous ne t'accusons pas : tu as été l'intmment de la fatalité ; tu n'es pas plus coupable du meurtre de nos frères que les balles de tes soldats. Sois donc le Washington de la France socialiste et républicaine, et gardetoi de te faire le Monck de ces égoïstes. Méûe-toi : quelque chose nous dit que la trahison t'environae) cjyiI^viLVûxn \<^VÀ

somme de faire connattre ces certains faite. Le National mitoDnerail-il contre nous un petit procès en diffamation et calomnie? Ceci serait un peu plus sérieux que l'incroyable épisyllogisme de tout-à-rbeure. Car, remarquez bien : Si nous n'articulons pas certains faits dont nous l'avons menacéy le Natùmalnous poursuit en calomnie. Etsinousarticulons lesdits faits^ le National nous poursuit , à plus forte raison, en calomnie. Comment sortir de là? C'est un si terrible raisonneur que le National!

Les faits! les faits ! — Certes nous sommes à plaindre s'il nous faut donner le bilan des faits et gestes du National! La citation serait longue, et longue la kyrielle. Pourtant nous essaierons d'en dire quelque chose, au risque du procureur du roi, pardon, du procureur de la République. On commettrait de plus fortes méprises avec le National»

Depuis 1830, le National poursuit de sa réprobation, de sa haine , le socialisme. Cela est-il vrai , oui ou non? YoSà un premier fait. Et pourtant le socialisme, c'est la République. Qu'en àiile Nationale

En 1842 , nous reprochions au National de repousser la colonisation de l'Algérie , et , par une conséquence nécessaire, de rêver l'abandon de notre conquête. Nous lui cilions, à cette occasion, ses numéros des 1«', 4, 16 et Sa juin 1841. Voilà un deuxième fait. — Le National persiste-t-il aujourd'hui dans son opinion de 1841, ou bien la désavouet-il ? Il nous fera plaisir de nous le dire : nous serions heureux de retirer cet article du chapitre de nos griefs.

Le National, en 1841 , était contraire à la liberté de la presse. Il nous dénonçait , à plusieurs reprises , notamment à l'occasion du procès Quénisset, pour nos critiques sociales; il applaudissait à la condamnation de Thoré. Et c'est sous l'influence, sous le gouvernement du National y que l'Assemblée constituante vient de voter, en 1848, un code de la presse qui ne cède en rien à celui de septembre. Voilà des faits. Le National nous ditaA-î^ ^'*A ^\fç\Q\3^^ ^\&ft lé^jUa-

tion d'inquisiteurs, conséquemment s'il rétracte son intolérance de 1841 vis-à-vis des idées socialistes? — Encore une fois, nous ne demandons pas mieux que d'enregistrer les explications du National; nous ne voulons pas le juger sans l'entendre , comme en usent avec les insurgés de juin ses commissions militaires.

Nous reprochions au National, en 1842, de faire servir la souveraineté du peuple et le suffrage universel de marchepied à un despotisme militaire. Nous lui citions ses propres paroles sur la mort d'Armand Carrel, qu'il avait ^ disait-il, salué premier consul. —Nous lui rappelions qu'en juin 1841, interrogé par la Gazette de France, si, au cas oîi le peuple, réuni en assemblées primaires, élirait un roi^ lui, National, accepterait cette élection, il avait répondu, Oui 1 — Ce sont des faits. Actuellement le National est le grand promoteur de la présidence, et, Dieu merci, les généraux ne manquent pas au gouvernement. Le National nous dira-t-il où il entend s'arrêter sur cette pente monarchicomilitaire ? Ce que nous lui en disons est pour éviter toute calomnie : le National, en un mot, est-il encore ou n'est-il phis royaliste?

Un des sujets les plus graves de reproches que la démocratie ait le droit de faire au National est l'embastillement de Paris. M. Bastide, par une générosité de sentiments qui l'honore , a revendiqué pour lui seul la responsabilité de cet acte ; M. Armand Marrast, par une générosité non moins louable , n'a jamais , quoique innocent , songé à décliner celte responsabilité. M. Marrast comprenait que ce qui sort du journal appartient au journal; que la critique doit s'arrêter à la porte des bureaux, et jamais, sous la feuille, ne rechercher de noms propres. Nous ferons comme M. Marrast. Les forts détachés servent , depuis février, de prison aux socialistes et de casernes aux armées de la bourgeoisie : toujours des faits ! — Le National ViQ\i& dica-l-Ylc^Awsas^^^ ptivoît devoir faire, pourVayemVy des£oTl\^c,^NÀo\i^^fc^^^^'

On demandait au National quel était son syçtèqfie de pelitique et de régénération sociale? Et nous répoQdipnSi ejL 1842 , que le National, a pensant , avec flobbes , que la guerre est l'état naturel du genre humain^ n'avait pas d'aptre système que le sabre , d'autre gouyernement que {es conseils de guerre. Rien de plus simple, disionç-nous. Tous les ouvriers, agriculteurs, commissionnaire^, instituteurs, etc., forment soit des armes spéciales ^ soit des compagnies hors rang. Les travaux répugnants et pénibles sont exécutés par des pionniers, qu'on multiplie à volonté en renforçant la discipline. I^s filles et femmes sont enrégimentées comme vivandières. Chaque matin un ordre dn jour assigne les droits et devoirs de Thomme et du citoyen; la discipline militaire est la règle morale, e\, un code pénal énergique , avec une procédure expéditive^ couronne Toeuvre!... »

En écrivant cela, nous prophétisions, quoi? grand Dieu! Ces ateliers nationauûCy à la suite desquels sont arrivées les commissions militaires. Or, les ateliers nationaux ne sont pas, cela est aujourd'hui démontré, le fait de Louis Blanc ; ridée des ateliers nationaux n'est pas sortie du Luxembourg. Louis Blanc, les délégués, les ouvriers en masse n'ont cessé de protester contre ces prétendus ateliers, organisés sous )e ministère et avec la permission de M. Marie, alors ministre des travaux publics. — Qui donc a inventé les ateliers nationaux, puisque ce n'est pas Louis Blanc, qui? Ceux-là ^paremment qui, plus tard, ont créé les commissions militaires. Le National voudrait-il nous éclairer sur ce double fait?...

Les économistes français, excités par l'exemple deCobden, se mettent à prêcher le libre échange. Quel parti a pris le National dans cette grande controverse, qui intéressait à la fois le commerce, l'industrie , le capital du pays? Nous l'avoûs vu y et notre édification a été grande ! Le National , Sans j rien entendre, peuc\x^ÀX ^^c^f^V^m^v^Y^x^ ^^^^^^

non des bafrières ; mais Lonis-Philippe et plusieurs ministres Partageaient la même opinion : dès lors |e National a fait yolterfacé ; il est devenu infidèle à sa conviction , et cette conviction était une erreur ! Le public tout entier a vu le fidt. — Le National serait-il présentement à même de nous dire s'il est ou non partisan du libre échange, et pourquoi?

C'est le défaut absolu d'idées sociales et économiques qui a conduit le National, et la République avec lui, dans cet abîme de contradictions y de sang et de honte où nous ^ipQiesplpîigésJ

4yant féyrier, le National était voltairien : c'était un fait. |)epuis, nous l'avons vu quotidiennement devenir ignorantin : c'est un autre fait. Lequel des deux est le National? yp^lairien ou ignprantin? Nous, qui ne sommes ni l'un ni ffiiitre, et qui ne calomnions personne, nous serions heufeux d'entendre la réponse du National.

Le commerce arrêté, le travail suspendu, la République minée, le trésor public ne se remplissant que d'emprunts, l'État Uvré aux usuriers, le National^ qui résumait autrefois sa politique révolutionnaire dans cette phrase énergique : Concentrer la révolution dam Paris, et jeter la France sur le Shin, le National a été forcé de renier ses théories et ses promesses ; il s'est trouvé , en présence de l'Europe attentive, aussi impuissant, aussi couard que Louis-Philippe.

En 1848, comme en 1830, la Pologne a été abandonnée : 1^ Natior^lf qui avait déchiré les traités de ^815, s'est mis à les recoudre. Nous dira-t-il, du moins, comme l'a fait pendant dix-huit ans Louis-Philippe, si la nationalité polonaise périra pu ne périra pas ?

L'Italie est abandonnée : le National offre aux Milanais, conjointement avec l'Angleterre, sa médiation. Quelle honte ! M. Guizot est à Londres ; Metternich est à Londres ; le sang des Italiens crie vengeance contre le roi de Piémont et contre l'empereur; le National est au çouvoirU** ^1 \k5. traités de iSiS sabsisteni toujours \

L'Espagne démocratique n'attend qu'un mot , un signe de nous f pour expulser à jamais de son territoire IsabeÛci Christine , Montpensier et l'Anglais. Entre la République ibérienne et la République française, si nous voulons, plus de Pyrénées! Cela ne tient qu'au National. Le Natiimal serait-il devenu partisan des mariages espagnols?

Non, non, jamais, jamais en France, Jamais, l'Anglais ne régnera!

C'était le chant du National dL^dini février. Depuis février, le National est partisan de l'alliance anglaise : le lion parie comme le mouton!... M. Thiers serait-il donc président du conseil?... Hélas! oui : M. Thiers et le iVattono/ ont &it ensemble un mariage moi^anatique. C'est pour cela que la question sociale est fusillée, la liberté étranglée,, le gouvernement livré aux dynastiques, et la République vendue aux Hébreux! C'est pour cela que nous faisons des emprunts à 65!...

Dame ! ce dit-on au comité des finances, quand on n'a point d'argent et qu'on ne peut pas se passer d'argent , on foit de bonnes conditions aux capitalistes et l'on se procure de l'argent!...

Qu'en pense le National?

Ecoutez bien ceci, gens du National* Nous ne savons qui fera la liquidation de la société, si ce sera le citoyen Proudhon ou le citoyen Cabet. Mais ce qui est sûr, c'est que vous poussez de toutes vos forces à la déclaration de faillite. Or, vous nous permettrez de vous le dire : de deux choses l'une, ou le National trahit la République, ou il n'est que la doublure du Représentant du Peuple.

JLe« Procès de Presse.

20 Août.

Tu tonnesy Jupitef^ donc tu as tort»

Ce qui a perdu , Tune après l'autre , toutes les religions , c'est rimbécillité des dieux, nous voulons dire Tabsurditédu dogme et le fanatisme du prêtre.

Ce qui perd tous les états, c'est l'aveuglement du pouvoir.

Le Représentant du peuple a été saisi, ce matin , pour la troisième fois depuis trois jours ! Saisi pourquoi? Ecoutez ceci , lecteur !

La première saisie, celle de notre numéro du 16 , aurait eu pour prétexte ou motif, d'après ce que nous a dit le commissaire de police, une attaque à la propriété , résultant de la publication d'une lettre signée J. Etex, statuaire et peintre^ membre de l'Institut^ dans laquelle il est dit :

a Oui , je le répète avec vous , toute propriété qui n'est c pas le fruit du travail de celui qui la possède , et dont on a jouit sans l'avoir gagnée de sa sueur, de ses peines, est un a vol fait à la société. »

Le citoyen Etex ne nie , n'attaque , ne discute point la propriété. Il se borne à la définir. Dans son opinion , il n'y a d'autre propriété que celle qui est le fruit du travail. La propriété ainsi conditionnée , il la déclare inviolable , il la défend : toute autre propriété, dont l'origine ne se ramène point au travail, lui semble un vol I

Le citoyen procureur de la République a vu là-dedans une prédication anarchique, attentatoire à la propriété. Il y a donc pour lui deux propriétés : une propriété qui est le fruit du travail, et que sans doute il permet qu'on préconise^ et une autre propriété qui n'est pas \e ItxxiV ^\x Vtw^ > '^'^

ilont la discussion, suivant la jurisprudence du parquet , est inlerdite. Et c'est parce que le citoyen Ëtex s'est avisé de qualifier cette dernière espèce de propriété , que nous sommes saisis !

Mais vous, qui défendez la propriété (iequiêe iam tratailt qui ne voulez pas qu'on la qualifie^ qu'on la discute, pourriez- vous nous en montrer les titres? Oseriez-vous nous dire quelle est cette propriété qui ne vient pas du travail , qui vient d'ailleurs que du travail? Ipltes-VQus })|ep sûr ^u'en la défendant vous ne trahissez pas la justice, yoiis hjs compromettez pas la paix publique ? Nous vous appointoqs h la barre de l'Âssepfiblée nationale, le jour où sora 4i8patée la déclaration des droits et la définition de la propriété.

Nous saurons si vous n'avez pas fait abus de pquvw, si vous n'avez pas violé la loi et outragé la mqr^le pul^iqut, en saisissant un journal qui , discutant (a loi avant qu'elle fût faile^ a cru pouvoir dire ce qu'il entendait par Tol, ce qu'il entendait par propriété ! Certes , nous savions que la révolution de février avait été faite par les travailleurs : mais vous nous prouvez aujourd'hui que dans l'opinioil dp certaines gens, elle n'existe pas pour les travailleurs. U y a des propriétés qui ne viennent pas du travail : Sic vos non vobis.

La seconde saisie exécutée contre nous a eu pour cause l'insertion d'une lettre écrite de la Conciergerie. On nous reproche d'avoir, par cette insertioUi excité à la haine d*unj3 des classes de la société. Nous avons relu cette lettre » et nous avons trouvé que si elle excitait à quelque chose, c'était à la pitié pour les malheureux incarcérés à la suite de l'insurrection de juin. Nous avons pleuré sur leurs souffrances, sur leur dénuement et leur désespoir ^ nous avons peint leur sublime résignation , leur courage héroïque : voilà noire délit.

Mais admirez la profonde sagacité du parquet.

Il Y Si, dit-il, deux c;\a^^^% dj^ ^^<^u% ^ts^ssA il X a deux

espèces de propriétés : h classe de ceux qui possèdent sans fràrâillèr et la classe de ceux qui ^ en travaillant , ne possèdent pa.

La Révolution de février a été faite pour étendre le bénéficié de là propriété, par le travail, à tout le monde.

L'insurrection de juid à été le produit de la même idée.

Mais les socialiste^ j partisans de Tuniversalisation de la propriété, ôni été tâincùs : et ceux de leurs partisans qu'on tf à pàé fusillés ont été condamnés à la transportation*

L«erS dtliic qrie le Représeniàni du Peuple , organe connu èé là Répiibh'què démocratique et sociale, excite la pitié en filTetir fies transportés, il excite indirectement la haine cofatre les vainqueurs, contre tous ceux qui ont le privilège de fto^der quelque chose. Lorsque le Représentant du Peuplé révèle les atrocités et les infamies de quelques mi- 8éraî)les mêlés parmi les rangs de là garde nationale , c'est comme s'il acctisàit tous les gardes nationaux, tous les bourgeois,' de ées atrocités. Ddiic il y à excitation.

Pi^cttreiir sans entrailles I et quels sont ceux que le Rej^êêènianf dU Peuple excite à la pitié , à la compassion , si ce n'esl vous et vos pareils? Donc, pour cohclnùe votre raisonnement, c'est votre propre haine que nous cherchons à exciter contre vous ! Sentez-vous Tabsurdité, maintenant !

Oai, il y fl en ce moment des prolétàii*es qui souffrent et qui pleurent, et dés aristocrates qui jouissent et qui triom- ]^ëllf ; oui, nous plaignons les premiers, et hocis implorons pofxt eux la pitié des autres : vous, vous ne savez pas que lès pousser tons, ceux-là au désespoir, et ceux-ci à Tendurctssemènt.

Quelle république, que celle oîi il est défendu de pleurer! Le tipoisième délit dont on nous accuse, et qui a motivé la saisie de ce inatin, est aussi fondé.

Dans un article intitulé : Enquête sur les événements de juin. — et pourquoi ne ferions-nous pas , ivoxsfi» ^x^^'sk ^ ^5s^si. eéqoêlè f — iwus aurions de nouveaw txjc^^t V \^. Vtàss&

dont la discussion, suivant la jurisprudence du parquet, est inlcrdile. Et c'est parce que le citoyen Etex s'est avisé de qualifier cette dernière espèce de propriété, que nous sommes saisis !

Mais vous, qui défendez la propriété aequiee sans travail^ qui ne voulez pas qu'on la qualifie, qu'on la discute, pourriez- vous nous en montrer les titres? Oseriez-vous nous dire quelle est cette propriété qui ne vient pas du travail , qui vient A* ailleurs que du travail? Ipltes-vqus })|ei^ sûr i^u'en la défendant vous m trahissez pas la justicp, yp^s HjS compromettez pas la paix publique ? Nous vous appointoqs j^ la barre de l'Assemblée nationale, le jour où sera.4i8Piilée la déclaration des droits et la définition de la propriété*

Nous saurons si vous n'avez pas fait abus de pqavoir, si vous n'avez pas violé la loi et outragé la mqml^ pub}iqut, en saisissant un journal qui , discutant (a loi avwt qa-elle fût faite, a cru pouvoir dire ce qu'il entendait par vol, oe qu'il entendait par propriété ! Certes , n.ou8 sayioiig que la révolution de février avait été faite par les travailleurs : mais vous nous prouvez aujourd'hui que dan^ l'opiaion d^ certaines gens, elle n'existe pas pour les travailleurs. Il y a des propriétés qui ne viennent pas du travail : Sic vot fuw vobis.

La seconde saisie exécutée contre nous a eu pour cause l'insertion d'une lettre écrite de la Conciergerie. On nous reproche d'avoir, par cette insertion, excité àlabaine d*uiip des classes de la société. Nous avons relu cette lettre , et nous avons trouvé que si elle excitait à quelque phpse, c'était à la pitié pour les malheureux incarcérés k la suite de l'insurrection de juin. Nous avons pleuré sur leurs souffrances, sur leur dénuement et leur désespoir , nous avons peint leur sublime résignation, leur courage héroïque: voilà noire délit.

Mais admirez la profonde sagacité du parquet. Il j a, dit-il, deux cesses de citoyens coipme il y a deux

bon entendeur, demi-mot. Nous ne combattrons plus vos orléanistes, vos bonapartistes, vos henriquinquistes, nous les discuterons 4

Mais dépêchez-vous. — Au train dont vont les choses , nous craignons fort que votre nouvelle monarchie ne passe plus vite encore que la dictature de Cavaignac. Le 24 février nous avait reportés, d'un saut, au 40 août 1792. Nous savons eu, depuis, coup sur coup, notre 31 mai, notre 9 thermidor, notre 2 prairial, notre 18 brumaire.

Une affiche sur les crieurs publics, signée Ducoux, et que uous venons de lire , nous ramène à 1834. Il nous reste à parcourir, pour être rendus au 24 février, quatorze ans : en aurons-nous pour quatorze jours ?

PropoAlttoB relatiTe à m Emprunt nalimial

ET A LA BÉUNION DE LA BANQUE DE FRANGti AU DOMAINE PUBLIC PRÉSENTÉS LE S2 AOUt ^848 A L* ASSEMBLÉS

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