CHAPITRE VII
Des qualités des diverses matières qui concourent, avec la chaux, à la fabrication des mortiers ou ciments calcaires.
i° INous appellerons très-énergique , dans ce qui va suivre, toute substance qui, mêlée à la consistance argileuse, avec de la chaux trèsgrasse éteinte par le procédé ordinaire, produit un ciment ou mortier capable, i° de faire prise du premier au troisième jour, après l'immersion ; a° d'acquérir , après un an , la dureté de la bonne brique ; 3° de donner une poussière sèche sous la scie à ressort ( petite scie dont la lame est un ressort d'horlogerie);
2° Simplement énergique, toute substance qui, dans les mêmes circonstances que ci-devant, produira un ciment ou mortier capable, i° de faire prise du quatrième au huitième jour ; 2° d'acquérir, après un an d'immersion, la dureté de la pierre très-tendre; 3° de donner une poussière humide sous la scie à ressort ;
3° Peu énergique , toute substance qui , dans les mêmes circonstances que ci-devant, produira un ciment ou mortier capable, i° de faire prise du dixième au vingtième jour; 2° d'acquérir, après un an d'immersion, la dureté du savon sec; 3° d'empâter la scie.
4° Nous dirons enfin d'une substance, qu'elle est inerte, quand sa présence , en proportions convenables , dans la chaux grasse en pâte , ne changera rien à la manière dont cette chaux se comporte immergée sans mélange.
Dans les trois premiers cas," ce qui caractérise rigoureusement la substance, c'est la dureté acquise à l'époque indiquée; car le temps de la prise peut s'écarter quelquefois des limites assignées. On connaît, en
effet , des ciments hydrauliques qui font corps du deuxième au troisième jour, sans pouvoir jamais atteindre à la dureté de la pierre tendre; et d'autres, au contraire, qui deviennent fort durs, quoique lents dans le début.
Ces définitions posées, nous établissons comme un résultat d'expérience :
i° Que les sables proprement dits sont généralement des matières inertes;
2° Que les arènes, les psammites et les argiles sont ordinairement des matières peu énergiques et rarement énergiques ;
3* Que les pouzzolanes naturelles ou artificielles peuvent être des matières très-énergiques ou simplement énergiques ou peu énergiques.
Rien dans les caractères physiques des arènes, des psammites et des argiles, ne saurait faire préjuger, avec une entière certitude, quelle sera leur action sur la chaux grassç.
Les pouzzolanes naturelles ou artificielles offrent, à cet égard , quelques indices , mais seulement négatifs. Ainsi , la dureté du grain , la densité, l'aspect vitreux ou émaillé, le refus de happer à la langue, en un mot, tout ce qui annonce une grande cohésion, est un signe presque certain de médiocrité; pour ces substances donc, comme pour les diverses chaux, c'est encore à l'expérience à servir de .guide au constructeur. Cependant , les personnes qui possèdent des connaissances chimiques, peuvent en faire, dans cette circonstance, une utile application ; car sans donner une mesure rigoureusement exacte des qualités des substances susdites, les réactifs peuvent aider à les classer dune manière approximative, en indiquant, jusqu'à un certain point, l'état de combinaison de leurs principes; c'est cet état que nous allons chercher à apprécier sommairement dans ce qui va suivre.
ACTIOX DES ACIDES.
Les sables purs éminemment quartzeux ne sont attaqués ni à froid
ni à chaud par les acides ordinaires (snlfuriquc, nitrique et muriatique), même les plus concentrés ; ils le sont diversement , quand ils contiennent des parcelles de roches volcaniques ou pseudo-volcaniques trèsdures; mais alors même l'action des acides est très-lente et très-bornée (les sables calcaires ou mélanges de calcaire font exception ).
L'argile des arènes, séparée de son sable par le lavage, séchée, pulvérisée et mise en macération , pendant plusieurs jours , dans l'acide muriatique, se dépouille d'une partie de son fer et abandonne, en outre, du -± au \ de son alumine.
Les psammites schistoïdes sont exactement dans le même cas.
L'acide muriatique dissout une grande partie de l'oxide de fer et presque toute la chaux carbonatée des argiles ordinaires, quand elles en contiennent; mais il n'en attaque pas, à beaucoup près, l'alumine avec la mèmeénergie, que dans certaines arènes et certains psammites. La quantité dissoute s'élève rarement, après trois ou quatre jours de digestion, à plus du -j, et souvent n'atteint pas le ~ de la totalité.
L'action des acides sur les pouzzolanes naturelles est extrêmement variée; quelques-unes se montrent tout-à-fait rebelles; d'autres abandonnent une assez grande quantité d'oxide de fer et plus de la moitié de leur alumine, même dans les acides étendus. Il en est qui , traitées par l'acide sulfurique, se couvrent, en peu de temps, d'efflorescences alumineuses, et d'autres qui ne manifestent rien après un mois et même beaucoup plus tard (33).
I^es pouzzolanes artificielles peuvent présenter exactement les mêmes phénomènes. Cet aperçu démontre suffisamment que les principes de ces diverses substances sont dans un état de combinaison variable; que dans les unes, par exemple, l'oxide de fer n'est interposé que mécaniquement, tandis que, dans les autres, il est plus ou moins fixé par la silice et l'alumine ; que ces terres elles-mêmes peuvent se trouver partiellement à l'état de mélange, et que quelquefois, enfin, la totalité des éléments est étroitement et intimement liée par une forte cohésion chimique.