CHAPITRE VIII
Fabrication des pouzzolanes artificielles.
L'objet qu'on se propose est de remplacer, à peu de frais, les pouz-
zolanes volcaniques ou pseudo-volcaniques, par des produits artificiels de qualités au moins équivalentes (35).
Parmi les roches ou terres essentiellement composées de silice et d alumine, celles que l'on choisit, comme se prêtant le plus facilement à la transformation qu'on a en vue, sont: 1° les argiles ; a° les psanimites sehistoïdes, bruns ou jaunes , faisant pâte argileuse avec l'eau; 3° les arènes riches en argile ; 4° et quelques espèces de schistes.
Le feu est l'agent employé; les conditions de la transformation sont: i° que la matière puisse acquérir assez de cohésion pour ne plus faire pâte avec l'eau; 2» qu elle atteigne le minimum de pesanteur spécifique et le maximum de faculté absorbante; 3° qu'elle devienne plus accessible aux agents chimiques , tels que les acides faibles, qu'elle ne l'était auparavant (3f>).
On remplit ces conditions à l'aide d'une cuisson très-modérée, et tellement dirigée d'ailleurs, qu'il soit possible à l'air d'atteindre toutes les parties de la matière en incandescence (3?).
lia première et la meilleure méthode consiste à pulvériser préalablement l'argile, le psammitc ou l'arène dont on fait choix, pour l'étendre ensuite en couche d'un centimètre d'épaisseur, au plus, sur une plaque de fer chauffée à ce degré compris entre le rouge cerise et le rouge à étirer ; on l'y laisse ensuite rougir au même point, pendant un temps qui varie, pour chaque matière, de cinq à vingt-cinq minutes. On a soin de remuer continuellement la poussière avec un petit ringar, afin que toutes les parties en soient bien uniformément calcinées. Les argiles ou psanimites ocreuses, d'un rouge brun ou orange, au sanguin très-prononcé, exigent un coup de feu plus élevé et plus long-temps soutenu que les autres; vingt minutes et une incandescence plus voisine du rouge à étirer (pic du rouge cerise, paraissent être les termes qui leur conviennent. Les tâtonnements sont, du reste, si faciles, que nous engageons chaque constructeur à ne s'en rapporter, à cet égard , qu'à sa propre expérience. Le mode de cuisson qu'on vient d'indiquer n'a pas encore été appliqué en grand ; il offre des difficultés (38).
La seconde méthode consiste à rendre la matière extrêmement poreuse et perméable à l'air, si elle ne l'est déjà, et à la cuire ensuite à la manière de la brique, mais dans les régions les plus élevées des fours à chaux, là où la chaleur n'est jamais assez forte, non-seulement pour vitrifier, mais même pour donner à la brique fusible le degré de cuisson exigé dans le commerce.
On rend la matière poreuse en la pétrissant avec un égal volume de sable quartzeux ; après quoi , on la divise en pains ou prismes qu'on laisse sécher et durcir convenablement. Ce moyen convient surtout aux argiles compactes et fusibles; mais la pouzzolane qui eu résulte a l'inconvénient d'être mélangée de sable , inconvénient que l'on pourrait peut-être éviter, en substituant, au sable quartzeux, des substances combustibles très-divisées, telles que la sciure de bois, la paille hachée, la balle de blé, etc. (3o).
Quand on ne tient pas à atteindre au dernier degré de perfection , on se contente de faire cuire, telle que la nature la donne, la matière dont on a fait choix ; il convient cependant de la réduire , si elle ne l'est déjà, à un volume peu considérable, moindre que la grosseur du poing, par exemple, en n'oubliant pas que la simple incandescence suffit et qu'il n'est pas nécessaire de la maintenir bien long-temps.
Les fours à chaux qui servent en même temps à la cuisson de la brique, tirent beaucoup d'air et, sous ce rapport, conviennent parfaitement à la cuisson des pouzzolanes artificielles. On pourrait encore, avec un égal succès, se servir «le la flamme qui s'élève au-dessus des hauts fourneaux où l'on réduit le minerai de fer.
Toute argile principalement comj>osée de silice et d'alumine , et d'ailleurs fine, douce au toucher, qu'elle tienne peu ou beaucoup d'oxide de fer, peu ou poitit de carbonate de chaux, donnera une pouzzolane très-énergique , si elle est traitée par l'un des deux premiers procédés déerits ci-devant.
La même argile cuite en poussière et en vase clos, donnera encore une pouzzolane très-énergique ; mais cette pouzzolane rendra les ciments
plus lents à la prise, plus susceptibles de s'altérer au contact immédiat d'une eau courante, comme aussi elle augmentera la cohésion des parties intérieures et leur adhérence pour les corps étrangers (4o).
La même argile cuite en fragments, selon le troisième procédé, donnera une pouzzolane simplement énergique; mais si le feu est poussé jusqu'à forte cuisson de brique, on n'aura qu'une pouzzolane peu énergique et peut-être une matière complètement inerte , si, à raison de la présence de quelques fondants, il y a eu commencement de vitrification.
Ces observations ne sont applicables qu'aux argiles, aux arènes et aux psammites argileux; les schistes réussissent quelquefois, mais, généralement, ne donnent que de médiocres résultats, surtout l'espèce ardoisine.
Les matières improprement appelées ciments, dans les constructions, sont des pouzzolanes artificielles, provenant de la pulvérisation de vieux tuileaux et des débris de briqueteries ou de poteries. Or, comme on met également au rebut ce qui est défectueux par excès ou par défaut de cuisson , qu'on emploie d'ailleurs , pour le tuileau surtout , des argiles dégraissées par le sable, et le plus souvent, de simples terres fortes, on conçoit à combien de chances sont soumises les qualités de ces espèces de pouzzolanes.
Les cendres de houille et de tourbe sont quelquefois une pouzzolane énergique, mais quelquefois aussi tout-à-fait inerte. Cela dépend de la composition intime de ces substances.
Les crasses de forge, les laitiers des hauts fourneaux, ne donnent ordinairement que des pouzzolanes peu énergiques.
Le ciment particulier, connu sous le nom de ciment d'eau-forte, n'est autre chose qu'une combinaison d'argile et de potasse, résultant de la calcination très-faible du nitre et de l'argile humectée : c'est une pouzzolane très-énergique, mais très-chère (4i).