CRE
Sur ces trois cartons, un tracé de couleur différente, reportant à permettait de saisir les
cette échelle les lignes de la carte au incorrections de celle-ci dans le tracé des crêtes principales.
Dans cette étude, une part importante avait été faite à la toponymie.
Concurremment à ces travaux et à cette mise au point, je poursuivais avec mon ami H. Vallot la recherche d’un théodolite s’adaptant spécialement au but technique et aux difficultés matérielles de transport sur le terrain de mes triangulations : la maison Chasselon me fournissait un excellent instrument relativement très portatif pour sa
précision, dès le début de l’année 1904.
Projet de Campagne. — Il était encore trop tôt pour que j'envisage, dès cette deuxième campagne, la triangulation du grand massif du Dauphiné constitué par le fer à cheval de la chaîne Pelvoux-Écrins avec ses ramifications; deux raisons me conseillaient, en effet, de la remettre à 1905 : d’abord la liaison judicieuse géodésique et topographique des massifs déjà visités avec ceux qui les prolongeaient au Sud et au Sud-Est, et ensuite le désir de me donner un surcroît d'entrainement avant d'attaquer les stationnements, rendus délicats par leur fréquence aux altitudes supérieures à 3000. Le programme de l'été 1904 se présentait cependant sur un terrain déjà beaucoup plus vaste et plus varié que le précédent. Il étendait les fils de mon tissu, principalement sur Les massifs de Belledonne et des Grandes Rousses, tout en rattachant ceux-ci aux mailles de l’année passée et à celles des années prochaines. C’est ainsi qu'il prévoyait une nouvelle station an Rocher Blanc des Sept Laux et une autre au Pic du Frène, comme attaches avec les premières, tandis que les stations du Taillefer et du Goléon devaient
former, en partie, les soudures avec les enchaînements postérieurs.
Description du Terrain des Opérations. — Au Sud de la région levée en 1903, dans l'alignement général des crêtes joignant le Frêne au
Rocher Blanc, et aussi dans une constitution géologique et physique à
peu près analogue, s'étend le grand massif de Belledonne dont la silhouette dentelée s’élève au-dessus de la vallée du Grésivaudan et attache aux toiles de fond des paysages grenoblois le coloris éclatant et varié des scènes de la haute montagne. Les sommets qui jalonnent cette muraille ont fait pour beaucoup, depuis un demi-siècle, les frais des exploits dauphinois et de leur littérature spéciale : le trident des Pics de Belledonne, dont la pointe culminante se reconnaît de tous côtés, la Grande Lance de Domène, la Grande Lance d'Allemont, les crêtes du Lac Blanc, la cime de Colon, les crètes des Ferrouillet, le plateau de Chamrousse, dernier important ressaut méridional de la crête, ont été l’objet de visites incessantes : pourtant leur topographie officielle n'était pas acceptable... Parallèle à cette ligne et séparée par le fossé de l'Eau d’Olle, s’élève l’arête allongée du toit des Grandes-Rousses, dont les points culminants, le Pic de l'Étendard et le Pic Bayle, atteignent presque 3500". Ses pentes descendent rapidementsurle versant occidental, tandis que sur les versants méridional et oriental, elles se prolongent par de vastes plateaux aux terrains fragiles, sculptés en rides profondes et convergentes creusées par les eaux torrentielles. Ces plateaux s'appuient, à l'Est, aux murailles du Goléon et des Aiguilles d’Arves, et viennent, au Sud, aboutir à la vallée de la Romanche qu’ils dominent souvent de leurs escarpements presque verticaux. C’est de l’autre côté de cette Romanche que s’étalent, en architecture de cathédrales gothiques, les magnifiques labyrinthes des grandes aiguilles du massif des Écrins, terre promise de mes campagnes
futures.
Projet de Triangulation. — Pour encadrer ces diverses régions, j'avais à ma disposition les longueurs fournies par les côtés compensés des triangles de premier ordre du Dépôt de la Guerre qui aboutissaient aux signaux établis au Pic du Frêne, au Rocher Blanc des Sept Laux, au Taillefer et au Goléon. Ces quatre sommets étaient donc désignés
tout d’abord pour un stationnement particulièrement sérieux. Venaient
no
ensuite, dans le périmètre ainsi défini, les points culminants des différents massifs, c’est-à-dire le Grand Pic de Belledonne, le Pic del’Étendard, le Pie Gros-Coissy des Rochers Rissiou, le Pie du Mas de la Grave, ete. Puis, rattachées à ces deux premières séries, se plaçaient naturellement des stations sur les éperons ou mamelons de moindre élévation, mais dont les vues permettaient le plongement direct dans les fonds des vallées : le Dôme des Petites Rousses, le sommet de Villard-Reculas, le sommet de l'Homme Sud, la crête de Rif-Tord, le sommet de Chamrousse, la Grande Lance de Domène rentraient dans cette catégorie. Enfin, des stations moins importantes, à mi-hauteur, ou dans les régions inférieures, achevaient l’ossature générale de la triangulation. Celle-ci allait trouver ses bases altimétriques dans le stationnement de plusieurs repères du Nivellement Général de la France, dont les derniers travaux, exécutés sous la haute direction de M. Ch. Lallemand, se sont multipliés dans les Alpes au cours de ces dernières années, si à propos pour les opérations que je poursuis. Construction des Signaux. — 1)ès le mois de mai, j’adressai à mes guides principaux de cette année, Joseph Baroz du Grand Thiervoz et Pierre Ginet d’Allemond, une liste d’une soixantaine de signaux à construire sur différents points du territoire mis à l'étude. Ils étaient classés en signaux de première et de seconde importance, de facon qu'au cas d’empêchements ou d’intempéries particulièrement prolongées, mes enchaïnements principaux fussent, en tout cas, préparés. Ces deux guides devaient se faire aider, au besoin, par du personnel supplémentaire. J’eus la satisfaction de trouver exécutée la presque totalité de ces appareils, lors de mon arrivée en Dauphiné. Comme plusieurs des sommets que j'avais choisis étaient déjà pourvus de signaux, le travail de construction put être mené plus rapidement que Je n'avais osé l’espérer. Ayant désiré que beaucoup de ces Signaux en pierres sèches fussent placés sur des mamelons ou sur des pentes à
mi-hauteur, où 1l est difficile de les apercevoir en général, je donnai
des instructions pour qu'ils fussent recouverts de peinture blanche à l'huile. Les guides, exécuteurs de ce travail de construction, étant précisément ceux qui devaient m’'accompagner le mois suivant, Je préparais ainsi, du même coup, une reconnaissance des lieux singuliè-
rement utile à une accession rapide sur les sommets que je devais occuper.
Historique des Opérations. — Je suis arrivé sur le terrain le 22 juin et j'y restai jusqu'au 22 juillet, regrettant de ne pouvoir encore cette année-là, pour des raisons spéciales, consacrer un temps plus long aux opérations actives dans la montagne.
J'installai mon premier centre au Chalet-Hôtel de la Pra, d’où je partis pour occuper, notamment, les sommets de Chamrousse, du Grand Pic de Belledonne et de la Grande Lance de Domène. Un second centre fut établi à Allemond d’où j'ai rayonné vers le Taillefer, les Petites-Rousses, le Pic de l'Étendard, le Pic Gros-Coissy, les sommets de Villard-Reculas et de l'Homme Sud; enfin, un troisième lieu de séjour fut fixé à la Grave, d’où je montai à Rif-Tord, au Pic du Mas de la Grave et au Goléon. Je passai en Maurienne par les pentes orientales du massif des Grandes-Rousses pour ascensionner le Pie du Frène par l’occupation duquel se termina ma campagne. Au cours de
mes stations j'ai enregistré cinq cents clichés photographiques.