‹ Résumé des opérations exécutées jusqu'à la fin de 1911 pour la description géométrique détaillée des Alpes françaisesChapitre 18 sur 111 · IT · texte numérisé non relu

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Élaboration des Documents. — Dès le retour des Alpes, j'ai préparé le schéma au —= de toute la campagne, plaçant d’abord les stations principales au moyen de leurs distances calculées par des triangles provisoires ; les stations secondaires et les stations de relèvement furent ensuite placées graphiquement. Le dépouillement des carnets aceusa plus d’un millier de directions géodésiques utilisables, déterminant environ cent soixante points trigonométriques. Sur le nombre de ces directions, environ deux cents d’entre elles avaient été obtenues par quatre réitérations, c’est-à-dire par quatre séries de lectures exécutées avec des origines différentes du limbe horizontal du théodolite; les'autres, en presque totalité, provenaient de la moyenne de deux lectures des verniers du limbe.

Un repertoire général fut dressé, donnant le catalogue des visées déterminantes de tous les points stationnés et interséctés.

Puis, pendant sept mois (septembre 1904 à mars 19405), toute mon application fut exclusivement consacrée à l'établissement des compensations définitives des points de ma dernière campagne géodésique.

La planimétrie ne pouvait d’ailleurs plus, comme l’année précédente,

être basée sur un seul-côté de premier ordre qui permettait un calcul homogène. Elle devait s'appuyer, au contraire, sur un polygone déterminé par les quatre sommets du Frêne, du Rocher Blane, du Taillefer et du Goléon, auxquels, en prévision mème de l'avenir, Je devais ajouter encore le Pelvoux et le Thabor. Ces six points ne formaient pas entre eux un réseau compensé, et en les prenant tels que les donnait la publication du Tome VI du Hémorial du Dépôt de la Guerre, j'allais me heurter dans mes calculs aux discordances que ces éléments présentaient les uns par rapport aux autres; je m'enlevais les moyens ainsi de reconnaître dans mes résultats de détail les erreurs qui seraient de mon fait. A la vérité, cet inconvénient n’eût peut-être pas été très sérieux pour le premier résultat final du placement graphique sur une construction au = de points intéressant la haute montagne; mais c’était abandonner, à priori, une partie du caractère scientifique de mon œuvre et m'exposer dans l'extension future de mes réseaux à de graves difficultés au fur et à mesure de leur développement. Dans ces conditions, 11 m'était impossible de me contenter des valeurs données par le Mémorial et je dus les perfectionner en utilisant une compensation par la méthode des moindres carrés que mon ami Henri Vallot venait d’étudier et d'établir. C’est donc sur les côtés compensés d’un heptagone, constitué par les sommets de Taillefer, du Rocher Blanc, du Frène, des Encombres, du Goléon, du Thabor et du Pelvoux que se sont appuyées les déterminations de cette campagne de 1904. Comme on le verra plus loin, les calculs de la campagne 1903 furent également tous recommencés après la campagne de 1905 en partant de ces mêmes longueurs de départ. Dès le mois de mars je dus partager mon temps entre la fin de ces compensations et la préparation de ma troisième expédition qui allait avoir enfin pour théâtre les massifs si ardemment

désirés, mais particulièrement délicats, du Pelvoux et des Ecrins.

Projet de campagne. — «les campagnes de 1903 dans les massifs

» d’Allevard, des Sept Laux et de la Belle-Etoile, et de 1904 dans les

massifs de Belledonne, des Grandes Rousses, des Arves et de Taillefer avaient été dans mon esprit, dès le début, non seulement au point de vue géographique et scientifique, mais aussi au point de vue de mon éducation professionnelle, les étapes nécessaires qui devaient m’amener à attaquer le superbe massif des Écrins, plus considérable en étendue, plus élevé dans ses centres prineipaux et plus complexe dans ses ramifications.

» Sil’on peut, en alpiniste exercé et habile, prévoir et mener à bien, dans une campagne dépassant rarement un mois à six semaines, une quinzaine de grandes courses ou d’escalades de hauts sommets, iln’en est plus de même lorsque la campagne doit s'étendre sur plusieurs mois consécutifs et présenter au programme, entre autres stations, une série importante de cimes d'altitude oscillant autour de 5500”. Il ne s’agit plus, en effet, de réussir l'ascension ou l'escalade pour la satisfaction de l'avoir faite en plein azur ou en plein brouillard ; il n’est plus question d’y arriver dans un état physiologique quelconque, simplement assez tôt dans la journée pour ne pas coucher le soir dans une fissure de rochers ou dans une crevasse de glacier ; il faut au contraire — le sommet conquis — imposer silence dans son cerveau aux impressions, au souvenir des fatigues, des joies et des

difficultés de la montée, des appréhensions de la descente : il faut

sentir que le sol foulé à l'instant de l’arrivée est le même — au décor près — que celui de l’autre cabinet de travail où l’on triturera plus tard les chiffres obtenus dans ce premier laboratoire...

» Les stations géodésiques des années précédentes au Puv Gris, au Grand Pic de Belledonne, au Pie de l’'Étendard, pour n’en citer que parmi celles présentant un certain caractère d’escalades, étaient donc nécessaires pour me préparer à opérer sur les grands sommets de l’Oisans, avec le calme que réclament les précautions multiples aux

bonnes observations malgré les heures d’excitation de la route... »

(Quatre mois de Triangulations dans le massif Pelvoux-Écrins.) Je

ne pouvais pas espérer, en une seule saison, couvrir d’un réseau serré,

re

l’ensemble des chaînes constituant ce massif, le principal de l'Oisans, mais Je pouvais déjà en exécuter la portion la plus importante, quitte à combler, au cours de l’été suivant, les vides que me signalerait le dépouillement des observations. J’étais d'autant plus dans l'incapacité de décrire en une seule campagne le terrain envisagé que je me promettais d’en distraire quelques jours pour une nouvelle visite à deux des stations de 1903 où je voulais vérifier quelques documents : en prévision, en effet, de la refonte des calculs que je m'étais imposée pour les raisons déja énoncées plus haut, je tenais notamment à compléter et à perfectionner la valeur des angles observés au Grand Rocher et au Col de Merdaret.

Cependant, j'avais pris toutes les dispositions me permettant de poursuivre mes opérations pendant quatre mois sur le terrain ; et, cette année, pour la première fois, j’avais la bonne fortune d'entraîner ma femme et mes enfants dans les centres alpins plus ou moins habitables

d’où je comptais rayonner.

Description du Terrain des Opérations. — Le Massif des Écrins, appelé en général Massif du Pelvoux, mais d’une facon impropre puisque cette cime n’en est que la quatrième en élévation, est essentiellement constitué par deux très hautes crêtes granitiques figurant, dans un résumé schématique, deux fers à cheval accolés l’un à l’autre par leur milieu et ouverts l’un au Nord-Ouest, l’autre au Sud-Est. Le premier des deux, de beaucoup le plus développé puisqu'il s’allonge sur plus de soixante-dix kilomètres, encercle la haute vallée du Vénéon et se trouve jalonné par les crêtes élevées du glacier du Mont-de-Lans, les arêtes du Rateau, celles de la Meïje et du Pic Gaspard où se produit un changement de direction presque rectangulaire ; son alignement général qui se continue par la crête des Pics des Aigles et des Chamois, par la Grande Ruine et par la Roche Faurio, descend vers le Sud jusqu'à la pointe du Sélé ; l’enchaînement redevient alors presque parallèle au premier et forme la branche méridionale du fer à cheval par le massif

des Bans, des Rouïes, de l'Olan, de la Grande Roche de la Muzelle et du Grand Rochail. A l’intérieur comme à l'extérieur de cette suite de grandes murailles se détachent des chaînons qui, pour présenter un développement planimétrique relativement court, n’en sont pas moins composés souvent de cimes aussi élevées que celles qui culminent sur la ligne de faite principale. Ce sont, à l’intérieur du cirque et convergeant vers les eaux de Vénéon, notamment l’éperon de la Tête du Toura, la longue chaîne de l’Aïguille du Plat dont la grande pointe vient se placer au centre de l’amphithéâtre pour en constituer un des belvédères les plus complets, les chaîinons du Pic Bourcet, de la Vera- Pelvoz, de la Fête de Chéret, puis le grand massif Etret-Fétoules- Clochatel qui, rattaché à l’arête septentrionale des Rouïes, s’épanouit en une double crête circulaire tellement régulière que l’on serait tenté d’y voir les vestiges d’une immense bulle crevée dans la pâte en fusion au moment d’une poussée émergente de terrains granitiques. Ce sont encore, toujours projetés à l’intérieur du cirque, les quatre rameaux de l’Aiguille du Canard, des Tètes de Lauranoure, du Petit Roux et de la Tête de la Muraillette. D'autre part, à l'extérieur du premier cirque, se détachent dans la région septentrionale les éperons de Roche Mantel, de Muretouse, des Ruillants, les promontoires du Serret du Savon et du Bec de l'Homme, les crêtes des Pics de Neige du Lautaret, tandis que dans sa région méridionale s’échappent en dehors les crêtes des Souffles et du Grun de Saint-Maurice, celles du Pic Turbat de Valsenestre et celles de la Tête des Chétives et du Pic Vert ou Grand Arcanier.

Le deuxième cirque s’accole au premier tout le long de la erête commune qui réunit le sommet de Roche Faurio à la Pointe Occidentale des Bœufs Rouges. Il comprend dans sa branche septentrionale et orientale la ligne des murailles de Roche Faurio, des Roches du Glacier Blanc, du Pic de Neige-Cordier, du Pie des Agneaux, des arêtes de Dormillouse et de Clouzis. Il est marqué dans sa branche méridionale, dirigée de l'Ouest vers l'Est, par la crête des Bœufs Rouges. Ce faite

circulaire enserre les deux torrents de Saint-Pierre et de Celse-Nière,

exutoires des grandes nappes du Glacier Blanc, du Glacier Noir, du Glacier d’Aïlefroide et du Glacier du Sélé, et détache entre ceux-ci deux arêtes rocheuses dont les hautes pointes principales sont, d’une part, la Barre des Écrins et, d'autre part, le Grand Pelvoux et le grand Pic de l’Aïlefroide. A l'extérieur il détache, au Nord la crête de Chamoissière, au Nord-Est les chaînes ramifiées de Combeynot, à l'Est la longue arête qui, du sommet de la Cucumelle à la Tête d’Amont, sépare la vallée du torrent de l'Eychauda de celles de la Guisane et de la Durance.

Pres du point de contact méridional des deux grands cirques envisagés, c’est-à-dire au voisinage des sommets des Bans, part la longue arète principale qui, vers le Sud, va constituer les massifs importants des Pics Bonvoisin, du Sirac et des dents de Parières. Ramifiée à son tour vers l'Ouest, vers le Sud et vers l'Est, cette annexe immédiate du Massif des Écrins projette des alignements, puissants en étendue et en élévation, vers les bassins de la Durance, du Drac et de la Séveraisse.

La fraction la plus importante de cet immense ensemble de grands faisceaux, subdivisés eux-mêmes en branches multiples, peut cependant être très nettement isolée, au moins topographiquement sinon géologiquement, au Nord par le cours de la Romanche, à l'Ouest par les vallées de la Lignarre et de la Malsanne, au Sud par le cours de la Séveraisse et de l’Onde, à l'Est par la vallée de l'Eychauda.

De l’autre côté de tous ces fossés, face au grand ensemble ainsi encadré, se dressent de hautes pointes, dont beaucoup dépassant encore 3000", semblent être placées là pour en constituer les belvédères indispensables : Ce sont, au Nord, les crêtes qui courent de la chaîne des Grandes Rousses jusqu'aux massifs des Cerces en passant par les sommets du Mas de la Grave, du Goléon, des Trois Évêchés, de la Roche du Grand-Galibier ; ce sont, au Nord-Est, les arêtes entre Guisane et Clarée, marquées principalement par les nœuds de la Ponsonnière, de l’Aiguillette, du Grand Aréa et par la crête de Peyrole; c’est

à l'Est, le grand alignement déjà mentionné qui s’échappe au col de Val-

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louise et, joignant le sommet de la Cucumelle à la Tête d’Amont, sépare la vallée de la Durance de celle de l'Eychauda et de la Gyronde; ce sont, au Sud, les crêtes de l’Aiglière et de Bonvoisin, la grande paroi du Sirac, les dentelures de Morges, de Parières, de Chaillol et de Pétarel ; à l'Ouest, enfin, c’est la longue chaîne de Larmet prolongée à son

extrémité septentrionale par le Massif de ‘l'aillefer.

Projet de Triangulation. — Des grandes lignes du terrain, ainsi schématiquement présentées et de la facon même dont j'ai établi dès le début les principes de ma description géodésique détaillée des groupements alpins, résulte forcément le projet de triangulation spécial à ce massif : Les stations principales devront être choisies, d’une part, sur les sommets culminants des deux grands cirques décrits, à des intervalles variant de 2 à 6 kilomètres, et, d'autre part, sur les sommets avancés des massifs extérieurs, de l’autre côté des fossés formant les limites du groupement d'ensemble que je m'étais défini. Cette seconde série correspond parfaitement, d’ailleurs, à la liaison préparée dans la campagne précédente, puisque ce sont précisément les stations principales d’abouüssement au Sud du réseau de l’an dernier qui vont devenir, sur ces crêtes extérieures, les points d'attache septentrionaux de mon tissu actuel; d’un autre côté, ces stations excentriques formeront dans l'Est, le Sud et l'Ouest, les attaches forcées des réseaux futurs. Et c’est à l'intérieur du périmètre qu’elles vont jalonner, que se développeront en mailles, aussi serrées qu'il paraîtra utile, les réseaux de détail décrivant les deux grands cirques principaux et leurs rameaux annexes.

Le projet de triangulation comprendra done les nouvelles occupations du Taillefer, de l'Homme Sud, de Rif Tord Sud et du Goléon, points de jonction avec les réseaux précédents; il fixera le reste du périmètre par les sommets du Grand Galibier, du Grand Aréa, de la Tête d’Amont, des Têtes, de l’Aiglière, du Pie de la Cavale, du Sirac, du Pic Pétarel, du Grun de Saint-Maurice, du Pie Vert et du Pic du

Col de Lavaldens. A l’intérieur de ce tracé, pour constituer une trame

yo 2 judicieuse, il nécessitera vraisemblablement l’occupation des sommets de Prégentil, de Pied Montet, du Pic de la Grave, de la Grande Ruine, du Pie de Combeynot, du Pic de Neige Cordier, du Pie des Agneaux, de Roche Faurio, des Écrins, du Pelvoux, des Bans, des Rouïes, de l’Aiguille du Canard, de l’Aiguille du Plat de la Selle, de la Grande Roche de la Muzelle et du Grand Rochail. La tentation sera forte de faire passer cet enchaînement primordial, même sur le grand Pic de la Meije. Mais les bénéfices techniques d’une occupation de ce sommet justifieront-ils, à priori, les dangers tout à fait spéciaux qu’entraînera cette escalade pour des hommes lourdement chargés? La question restera réservée et, puisqu'à la campagne actuelle devra s’en ajouter probablement une seconde pour la compléter, il sera temps de reporter, s’il y a lieu, à celle-ci, le stationnement géodésique de la « Grande Difficile ».

Parallèlement à l'établissement de ce projet, je me livrais à une étude bibliographique très complète des ouvrages spéciaux à la région et principalement des Bulletins et Annuaires des Sociétés alpines et géographiques françaises et étrangères. Cette étude fixait dans mes répertoires tous les points de détail que mes visées devaient atteindre sur le terrain et préparait aussi les renseignements toponymiques quidevaient

être quelque jour indispensables à mes publications définitives.

Construction des Signaux. — Avant de quitter le terrain de la campagne 1904, je me préoccupais déjà de la construction des signaux de l’année suivante : je voulais, en effet, que mes différentes équipes de constructeurs puissent profiter, pour les établir, de la saison d'automne pendant laquelle les montagnes restent, certaines années, dégagées de neige jusqu'à de grandes altitudes. À mon passage à la Grave, en juillet, j'avais donc eu plusieurs entretiens avec les guides de la région et je leur avais annoncé, ainsi qu’à Joseph Baroz, mon principal constructeur et guide des années écoulées, l’envoi prochain d'instructions écrites

relatives à ces édifications.

Re —

« … Les signaux géodésiques seront construits dès l'automne 1904, dans le courant de l'hiver 1904-1905, et au printemps 1905. Il sera bon de commencer en automne par les sommets et les cols élevés qui pourront être ultérieurement encombrés de neige jusqu'au printemps et qui seront encore accessibles avant les premières neiges de l'hiver.

» Les signaux seront en pierres plates du plus grand volume possible. Celles-ci seront empilées de facon à constituer un massif solide à l'épreuve des grands vents. La forme sera la suivante : une pyramide à quatre faces de 0®,80o à 1",20 de côté de base inférieure et de 1°,70 de hauteur au minimum. La section horizontale ira en diminuant jusqu’au sommet où elle variera de 0®,50 à 0”,80.... Les pyramides seront terminées à leur sommet, autant que possible, par une seule grosse pierre plate... Elles seront peintes en blanc (blanc de céruse délayé dans l'huile) dans tous les cas où ce sera possible : cette précaution est indispensable pour cellés qui seront placées dans les cols et pour les sommets inférieurs à 3200"...

» Une liste des pyramides construites sera tenue régulièrement au jour le jour de leur construction. Il y sera noté les dimensions (hauteur, côtés de section au sol et au sommet) ainsi que les particularités (facilités de stationnement à côté du signal, désignation exacte de la pointe signalée quand le sommet en comporte plusieurs, distances horizontales et verticales du centre de la base inférieure de la pyramide au point le plus élevé du pie ou au point le plus bas de l’arête du col quand la pyramide ne pourra y être placée, enfin la date de la construction). En même tempsilsera pris note des moyens et des facilités d'accès au sommet en envisageant le cas d’ascension avec des bagages scientifiques. On profitera de la construction du signal pour préparer aux points qui doivent être stationnés, une plate-forme destinée à l'occupation : celle-ci devra avoir au moins 1",50 dans tous les sens... La pyramide doit être, en principe, placée sur le point culminant des sommets et sur le point le plus bas de l’arète des

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» cols. Quand cela sera impossible, il sera pris note des distances » comme il est dit au paragraphe ci-dessus... Il faut se souvenir égale- » ment que le signal doit être vu du plus grand nombre de directions » possible etsouvent de points placés très en dessous delui.... Comme » le nombre des pyramides à construire est considérable et qu'il » importe qu'elles soient faites avant mon arrivée, mes guides pour- » ront s'entendre avec d’autres guides ou porteurs pour se faire aider, » mais à la condition de ne s'adresser qu’à des gens sûrs et de garder » la pleine responsabilité du travail qui devra être exécuté conformé- » ment à mes instructions... Je joins à ces instructions la liste des » signaux à construire. Ellese divise en deux parties : la première com- » prend les signaux absolument indispensables dont je ne saurais me » passer; ils seront faits aussi grand que possible, tout en réservant à » côté d’eux, de part et d’autre, deux places assez vastes pour l’ins- » tallation de la station. En principe, ceux-ci sont tous destinés à être » stationnés pendant ma campagne d'été. Ils seront peints sur toutes » leurs faces; la deuxième partie comprend les signaux moins impor- » tants dont plusieurs cependant seront également stationnés.... Une » carte de l’'État-Major au 5x est jointe à ces instructions pour don- » ner l'emplacement des signaux. Ceux de la première catégorie sont » marqués en rouge ; ceux de la deuxième en bleu... » (Correspondance de Septembre 1904 avec mes guides principaux.)

Malgré quelques retards, dus notamment à la retraite d’un des guides qui avait tout d’abord consenti, les différentes équipes dont les principales étaient dirigées par Joseph Baroz, Joseph Rey, Jean- Baptiste Rodier de la Bérarde, Fège du Valjouffrey réussirent à établir presque tous les signaux commandés, soit avant mon arrivée, soit

au cours même de ma Campagne.

Historique des Opérations. — [a campagne s’est étendue du 5 juin au 6 octobre, soit sur une période de quatre mois. « Mon personnel

» était arrêté dès le mois d’avril : le fidèle compagnon de mes précé-

Et ROUEE

» dentes campagnes, Joseph Baroz, aussi adroit grimpeur que dévoué » et intelligent organisateur, devait m'accompagner constamment » ainsi que son parent Joseph Rey ; Jean-Baptiste Rodier, maire de la » Bérarde, me consacrait les mois de juin, août et septembre; » d’autres guides ou porteurs, pris dans les différents centres, devaient, » suivant les besoins, venir compléter mes caravanes ; c’est ainsi que » j'eus à me féliciter des services rendus à la Grave, par Auguste » Mathonnet, Faure, Berthieu, Jouffrey, Pic, Ferrier ; à Ornon, par » Ginet d’Allemond et Bosse; à Vallouise, par Eugène Estienne, » Joseph Estienne, Antoine Estienne, les Sémiond, Barnéoud et » Engilberge ; à la Chapelle-en-Valjouffrey, par Fège ; à Saint-Chris- » tophe-en-Oisans, parle célèbre Pierre Gaspard père, ses fils Casimir » et Devouassoud, et Christophe Aymard; à la Bérarde, par Jean- » Baptiste Rodier fils ; à la Chapelle-en-Valgaudemar, par Philomen » Vincent. » (Quatre mors de triangulations dans le massif Pelvoux- Écrins . )

Les centres de rayonnement furent successivement la Grave (5-11 juin), le Refuge de l’Alpe du Villard-d’Arène (12-20 juin), le Grand Thiervoz (23-27 juin), Ornon (27 juin-4 juillet), la Chapelle-en- Valjouffrey (6-10 juillet), la Grave (13-24 juillet), le Lautaret (24 juillet-1* août), le Chalet-Hôtel d’Aïlefroide (2-15 août), Vallouise (16-23 août}, Saint-Christophe-en-Oisans (24 août-{ septembre), le Chalet-Hôtel de la Bérarde (5-11 septembre), la Chapelle-en-Valgaudemar (14-19 septembre), le Bourg d’Oisans(20 septembre-6 octobre).

Le détail des stations est donné dans le Tableau récapitulatif eiaprès.

« Ce réseau intéresse une superficie de plus de 1500 kilomètres » carrés, compris entre les Parallèles de 49°70" et 50°15', et entre » les Méridiens de longitude Est de 3° 95" et de 4°55'.….

» .. Au point de vue des visées, les stations primaires ont été réu- » mes entre elles, en général, par plusieurs tours d'horizon. Il y a eu

» environ 5300 directions prises, tant azimutales que zénithales, cor-

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respondant à environ 20000 lectures des verniers. Les plus longues durées de stationnement au théodolite ont-eu lieu au sommet du Pelvoux (28 heures de travail effectif en trois journées) et au sommet de la Grande-Ruine (16 heures de travail effectif).

» Indépendamment des points déterminés par les visées du théodolite et soumis tous aux méthodes de compensations graphiques, une quatrième série de points sera constituée en nombre presque illimité par les perspectives photographiques. En effet, de chaque station géodésique primaire et de presque toutes les stations secondaires, il a été pris un tour d'horizon photographique complet en dix épreuves stéréoscopiques 8 X 9. Le nombre des clichés rapportés de cette campagne s'élève à 140 douzaines.... Le téléobjectif a été utilisé pour environ 200 clichés. Plus de 100 déclinaisons magné-

tiques ont également été mesurées en la plupart des stations... »

(Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 13 no-

vembre 1905.)

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