X DISCOURS PBEL1MINA1BE
« grand homme pouvait revenir sur la terre, et qu'il vît les « expériences électriques actuelles, il ne serait pas moins étonné '< que Roger Bacon l'aurait été des siennes. »
Priestley , mort en 1806, vécut assez pour voir se réaliser une partie de ses prédictions, puisqu'il a eu connaissance de la pile et de ses effets chimiques.
Depuis 1767, l'électricité a continué sa marche progressive! ; en 1790 , parut la découverte de Galvani, qui a conduit à celle de la pile. Volta, en attendant, préludait à son immortelle découverte en perfectionnant Télectrophore découvert per Vilke, et dotant la physique de l'eudiomètre et de Télectroscope condensateur; Coulomb découvrait les lois des attractions et répulsions électriques et magnétiques , ainsi que la distribution de Télectricitë sur la surface des corps.
L'expérience fondamentale de Galvani fut le sujet de vives discussions entre Galvani et Volta, auxquelles prirent part tous les physiciens et les physiologistes de l'époque, qui formèrent alors deux camps ; tous les esprits se préoccupaient du galvanisme et de ses conséquences pour l'étude des phénomènes de la vie et même des phénomèmes naturels.
Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, était du nombre de ceux qui attendaient beaucoup de l'électricité. En 1796 (1), les événements militaires ayant mis dans la nécessité de livrer au pillage la ville de Pavie , le général en chef donna l'ordre d'épargner la maison de Volta et celle de Spallanzani ; dans la crainte de méprise de la part des soldats , les officiers entourèrent eux-mêmes ces deux maison^. Conduite digne des temps antiques , et qui honore autant Napoléon que les savants qu'il a protégés.
Deux ans après, le général Bonaparte, porté par sa fortune en Egypte, s'entretenait souvent sur son vaisseau, avec les savants qui l'accompagnaient, de questions scientifiques. Un jour il leur tint un langage qui rappelait celui de Priestley (2) : « Newton, en découvrant les lois de la gravitation universelle,
(1) Thiers, Histoire de la Révolution française^ t. III, p. 383.
(2) Rapporté à Ton de nous par Costaz.
DISCOURS PBELIMINAIBE. XI
« a fait une œuvre de géant, mais celui qui trouvera celles de » l'attraction à de petites distances résoudra une question d'un « ordre plus élevé : dans l'attraction universelle, la matière est » soumise à une seule force ; dans Vattraction moléculaire, d'au- « très forces interviennent, et probablement Télectricité. »
Napoléon, premier consul, assistait le 16 brumaire an ix, comme membre de la première classe de l'Institut, à la séance où Yolta lisait la seconde partie de son mémoire sur la pile ; .émerveillé de l'importance de la découverte, il prit la parole et engagea la classe à faire plusieurs expériences qu'il indiqua et qui furent faites plus tard; il proposa ensuite de lui décerner une médaille d'or qui lui fut accordée sur un rapport de M . Biot.
Peu de temps après, il fonda un prix de 3,000 francs (1 ) pour la meilleure expérience qui serait faite dans le cours de chaque année sur le fluide électrique, et un encouragement à celui qui, par ses expéri^ices et ses découvertes, ferait faire à l'électricité et au galvanisme un pas comparable à celui qu'avaient fait faire Franklin et Volta, et ce, au jugement de la première classe de V Institut. Dans la lettre qu'il adressait à ce sujet à la classe, on trouve ce passage : « Mon but spécial étant d'encourager « et de fixer l'attention des physiciens sur cette partie de la phy- « sique, qui est, à mon sens, le chemin des grandes découvertes. »
En 1808, Napoléon, empereur, fit répéter devant lui aux Tuileries, par Gay-Lussac et Thenard, l'elpérience de la décomposition des alcalis au moyen de la pile, en présence de Monge, Bertholet, Chaptal et Corvisart; il resta frappé d'admiration en voyant apparaître au pôle négatif les métaux des alcalis, et, se tournant du côté de Corvisart, il lui adressa ces paroles remarquables : « Docteur, voilà l'image de la vie : la colonne vertébrale « est la pile; le foie, le pôle négatif; la vessie, le pôle positif (2). » Celte idée servit de base à WoUaston pour établir une théorie des sécrétions, qui, si elle n'est pas exacte, a eu du moius l'avantage de lui faire faire, pour la vérifier, plusieurs expériences intéressantes.
(i) Mémoires de V Institut, t. V, p. 197.
(2) Paroles rapportées à l'un de nous par Chaptal.
Paris. — Tj'pographic de Firmin Didof frères, flis et C«, rue Jacob, 56.