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tion, répondit M™« Ogret ; mais composons. — Et elle iil son marclu' avec elles, que jamais elles ne seraient le dénouement d'une aventure. Pour cela, M"^*^ Ogret prit chez elle plusieurs filles, et ses pratiques ont tellement augmenté, qu'elle en a douze à demeure, outre les six que vous venez de voir, et dix-huit externes (j'en suis une), qui viennent quand elle les demande.
» Sophie n'est pas l'aînée, c'est Angélique, mais c'est la première qui en a le titre, à cause de sa taille et de son genre de beauté. Cette enfant a été très malheureuse toute sa vie. Son père, qui était un libertin, avant de faire casser son mariage avait cédé sa femme à un abbé journaliste-compositeur, qui en était devenu amoureux, et il avait pris, par économie, dans une de nos maisons, une grosse fille ex-cuisinière, qui lui coûtait moins que sa femme ne lui rapportait. Il avait gardé deux enfants, Sophie et Adèle ; sa femme avait Angélique l'aînée , et Zéphire la plus jeune. L abbé, qui voulait avoir l'air décent, quand il se promenait avec M™* Ogret tenait Angélique par la main et faisait porter Zéphire par une gouvernante d'enfants... Mais revenons à Sophie.
» Dès l'âge de six à sept ans, qu'elle avait alors, elle était charmante. La grosse cuisinière, concubine de M. Ogret, était une catin. Il le savait, et comme il était laid à faire peur, il l'avait prise ainsi pour avoir moins de difficultés à surmonter. Mais pouvait-il prévoir ce qui arriva ? Il avait des jours où il dînait chez l'abbé son cessionnaire, ou chez différents directeurs des petits spectacles ; on savait l'heure à laquelle il devait rentrer. La grosse Gillette en profitait pour continuer son métier dans la maison ^e son maître, elle sortait, faisait un homme, et l'amenait à la maison. D'abord, elle faisait retirer les enfants ; mais insensiblement elle négligea cette précaution ; elle affecta même de les
parer. Un jour, certain libertin trouva Sophie charmante et il la caressa... Gillette sentit alors tout le parti qu'elle pouvait tirer des deux enfants... Elle gagna gros jusqu'au moment où un mal survenu à la bouche de Sophie, obligea de la traiter. Le père et la mère s'informèrent alors et apprirent du voisinage l'étrange conduite de Gillette !... On la fit mettre à l'hôpital ; le père alla en province ; tous les enfants restèrent avec leur mère, et l'abbé fut comme un bon père de famille. Mais il mourut. Ogret revint, et d'après la loi nouvelle du divorce, fit casser son mariage, apparemment peu solide, et se remaria. La mère enseignait la géographie depuis la mort de l'abbé, elle avait trop de peine ; elle prit le parti que je vous ai dit.
» Sophie, quand sa mère eut fait son nouvel établissement, se ressouvint du métier qu'on lui faisait faire enfant. Elle seconda sa mère auprès de ses trois sœurs. Mais instruite à ses dépens par la maladie qu'elle avait eue, elle leur donna des lumières utiles :
» Mes sœurs, leur dit-elle, nous remplirons les vues de notre mère, et nous ferons venir ici l'abondance, sans qu'il en coûte rien à notre santé, ni même à nos charmes. Nous serons des Houris, des artistes, des catins morales ; et nous aurons de viles créatures, sans principes, pour faire le matériel de la besogne. Regardez-moi de ce cabinet obscur, pendant quelques jours, après quoi vous m'imiterez, On ne me touchera pas même le sein. Je veux le conserver comme le reste. Quant à ma bouche, elle n'en souffrira jamais une autre. Pour des baisers communs, à la bonne heure. Je veux que notre état et les vues de notre mère, à laquelle nous devons tout depuis que notre père nous a si cruellement abandonnées, ne nous empêchent pas de trouver un mari, auquel nous porterons notre fleur, comme la plus honnête fille. Et ne croyez pas, mes sœurs, que le
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parti que je vous propose nuise à noire profit, au contraire : les liomnies ont un plaisir infini à recevoir les caresses d'une vierge. Il faudra seulement avoir la plus grande attention à nous remplacer rapidement. Je veux créer un genre de volupté nouvelle : on nous aura toutes quatre, nous préviendrons par là l'oubli, l'inconstance, le dégoût. La jouissance que donnera une cinquième fille ne blasera pas sur notre compte, mais sur le sien... Au reste, laissez-moi vous conduire.
» Ainsi parla la Sophie. Ses sœurs attendries, l'embrassèrent, et sa mère l'admira. Elle fut proclamée l'aînée.
» Dès le même soir, sa mère n'ayant encore qu'une étrangère, elle mit sa théorie en pratique. M""" Ogr ci fit un homme seule ; en rentrant elle le livre à Sophie, qui venait d'exercer ses trois soeurs ; Sophie le pelota, et Angélique la remplaça, lorsqu'elle s'enfuit. Cette jolie blonde éblouit par son éclat. Elle eut bientôt tous les vœux du miche. Elle s'échappe, à son tour, et l'homme tombe dans les bras d'Adèle ! Il fut surpris... Mais à peine eut-il satisfait le sens de la vue, auquel les quatre sœurs ne devaient rien refuser, que Zéphire paraît, et Adèle s'évade. L'homme veut jouir avec cette aimable enfant. Zéphire avait des talents naturels, elle porta le délire au comble... La manœuvre paraît alors et sans beaucoup d'art elle achève l'ouvrage.
» M"^^ Ogret avait été témoin de tout. Elle pleura de joie, en embrassant ses filles," et elle dit à Sophie, ces mots remarquables: — Sophie ! la bien nommée, car tu as la vraie sagesse ! Sophie ! je suis ta mère ; mais je te serai soumise, plus que tes sœurs ! C'est toi qui es la maîtresse ici, et tout s'}^ fera par tes ordres !
» En effet, Sophie conduit tout admirablement. Elle a des filles de tous les genres de beauté ; c'est elle qui a fait acheter la noire et la cuivrée, qu'elle a mises au rang des Houris, à cause de leur unité.
» Sophie a fait un amant, parmi les hommes qui l'ont vue. Cet homme, qui a du mérite, après s'être assuré de la conduite de Sophie, en est devenu éperdûment amoureux. Mais quoiqu'elle l'aime, elle ne lui a pas encore accordé sa fleur : elle veut le mariage, et il s'y est déterminé. Mais il n'obtiendra rien qu'après la conclusion. »
CUNEGONDE
Nous n'avons pas dit assez, dans notre préambule, lorsque nous avons annoncé qu'une matrulle, actuellement au Palais-Royal, faisait imiter les femmes de qualité par ses élèves. Cette femme va plus loin : pénétrée depuis longtemps du projet qu'elle exécute, nous avons su qu'elle commande et qu'elle fait faire des ressemblances. C'est ce qu'on va voir.
Nous passions un soir au Palais-Royal, quand nous fûmes frappés de la vue d'une dame que nous avons tendrement aimée . Notre surprise fut extrême ! car non seulement c'était elle, mais c'était cette belle personne, telle que nous l'avons aimée il y a sept ou huit ans, avant qu'elle fût épouse et mère. Nous volons sur ses pas. Elle fuit devant nous et monte un escalier des Arcades. Nous entrons avec elle dans un appartement superbe. Elle passe dans une pièce du fond et une grosse femme se présente. Elle avait l'air commun, bas et méchant ; son sourire même ne paraissait que le rassemblage de toutes les jDerfidies.
« Nous vous guettons depuis quinze jours, M. le causeur avec les filles ! nous dit-elle. Vous voilà pris | dans nos filets. On dit que vous faites l'histoire des î Filles du Palais-Royal ? Vous alliez m'oublier, si je j n'étais venue à votre secours. Il n'est pas d'histoire .
plus intéressante que la mienne et eelle de mes filles ; or je suis bien aise que l'Europe connaisse mon talent. Bo/f/nanîi, mon compatriote, polytipait les caractères d'impression, moi, je polytipe les femmes : Celle que vous venez de voir est moulée sur M™e Z*** votre cousine, et pour vos six francs, vous allez causer un quart d'heure avec elle. Pour moi, je vous raconterai mon histoire gratis.
» Je suis fille d'une comédienne germanico-française. Je ne sais quel était mon père, mais apparemment ce fut quelcjue prince, ou quelque moucheur de chandelles; car je me trouvai absolument sans talent. On ne sut que faire de moi. Si la nature m'avait donné la beauté, j'aurais pu avoir un amant. Mais jeune, ma laideur surpassait la difformité que vous me voyez ; ma figure s'est adoucie, car vous savez qu'il est un point dans^ la vie, où les belles et les laides se rencontrent, et où elles sont égales ; ensuite les laides -deviennent de moins en moins affreuses, tandis que les antiques beautés sont de plus en plus difformes. Ma mère me déclara donc qu'elle ne pouvait rien faire de moi, et c|ue le seul parti que j'eusse à prendre, pour voir le grand inonde, était de me mettre servante de cabaret.
» Je la pris au mot , et je disparus . Tous ses confrères furent indignés de sa dureté. Il y en avait un qui faisait les premiers rôles tragic[ues : c'était un homme de cinquante ans. Lorsque son rôle était jeune, il se rajeunissait à merveille ; quand son rôle était décrépit, il se vieillissait prodigieusement. Cet homme me déterra dans une auberge, m'en tira au grand étonnement de mes maîtres, vu mon extrême laideur, me prit en affection, me donna des leçons et me rendit, à force de soins, un peu comédienne, mais dans un seul rôle. Malgré la dureté de ma tête, j'appris ce rôle parfaitement; c'était celui d'^/^i>e, dans la tragédie de Voltaire.
» Un jour, ractrice qui devait le faire eut une colique dangereuse et longue : c'est-à-dire qu'elle accoucha. On était fort embarrassé ! Il fallait changer la pièce ; mais on n'avait pas d'actrice pour en jouer une autre. Mon maître vint me trouver où il me tenait cachée, me fit répéter, m'habilla des habits mêmes de l'accouchée, me fît mettre du rouge comme elle, friser comme elle, joarler comme elle, marcher, gesticuler comme elle, et courut annoncer qu'elle jouerait. Ceux de la troupe qui connaissaient le genre de sa maladie, furent très étonnés !.. . Mon maître revint. Il grimaça devant moi ; je faisais comme lui et je fus émerveillée de voir que je représentais la demoiselle.
» Je parus sur la scène. J'entendis, de tous côtés, les cris : « C'est elle ! c'est elle î Ce n'est pas elle! Je viens de la voir au lit ! — Je parlai. — C'est elle ! c'est elle! » Et les plus assurés furent réduits au silence. Je fis le rôle et l'on m'applaudit.
» Après la pièce, un prince allemand, qui avait été amant de ma mère, entra dans ma loge : — Mademoiselle, me dit-il, vous avez fait illusion à tout le monde : on vous croit M'^*' Singement l'aînée, mais je viens de la voir au lit ; vous êtes une autre qu'elle, malgré le sentiment du public. Recevez mes complimets, et l'offre de ma protection ?
» J'acceptai tout ce c[ue m'offrait le prince, mais comme je n'avais ni logement, ni garde-robe, j'eus recours à mon maître, qui fut enchanté de mon succès. Je fus entretenue par le prince; mais il ne me vit jamais que parée. Malheureusement, on voulut me faire jouer d'autres rôles !... Je n'en avais qu'un dans le ventre. Je fus épouvantable dans Zaïre^ malgré les efforts de mon maître pour m'y faire singer M"'' Singement cadette. Je reprenais à tout moment le ton furibond de sa sœur. Je rendis passablement un rôle d'hôtelière, dans un drame
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alîemancl. jMalgré ce léger succès, mon aversion pour réludc nie rendit si mauvaise actrice, qu'un jour, ma mère, après une représentation de Y Ecueil des mœurs, me dit que je n'étais bonne qu'à faii'e une Maqua de Paris.
En fille soumise, je la pris encore au mot. Le lendemain je vendis mes nippes, mes meubles, mes diamants ; j'enfermai l'argent que j'en tirai dans un petit coffre de fer, je repris mes bal)its de servante et je retournai dans mon auberge, où l'on me reprit, sans se douter du rôle que j'avais joué. J'y attendis une occasion de partir pour la capitale de la France.
» Personne ne s'avisa de m'aller chercher là, et j'y '■entendis parler de moi tout à mon aise. Ma mère sut alors que c'était moi qui avais été entretenue par le prince. Elle fit des cris épouvantables ; elle effraya le prince lui-même, par une découverte des plus terribles. Heureusement que dans le plus fort de l'effroi, un vieux moucheur la tira par le bras : — Hé ! là, là, Mademoi- . selle Cunégonde ! pas tant de bruit ! Ne vous souvientil pas que la chose est au moins douteuse, et que vous m'avez accusé de vous avoir fait l'enfant, pour avoir mes petites épargnes ? — Ce mot remit un peu le prince, mon père, en partie.
» Le lendemain de cette scène, mon maître s'avisa de venir à mon auberge. Il m'y retrouva, et son étonnement fut inexprimable. — Vous avez du caractère ! me dit-il ; suivez vos destinées et vos inspirations ; elles vous mèneront plus loin que moi. — Il ne fut pas discret avec l'hôtelière, ma maîtresse. Celle-ci disait à l'oreille de toutes ses pratiques que j'étais une actrice célèbre et singulière, qui étudiait la nature. Malgré ma laideur et mon air souillon, j'eus beaucoup d'emploi !... au point que je n'y pouvais suffire. Les ducats pleuvaient sans que je me doutasse de ce qui me les attirait.
L'heureux temps !... Mais rien de stable, en ce monde. J'en fus attaquée: ce l'était]... Je sentis que c'était le] moment d'aller à Paris, pour me faire guérir. Le doc-i teur Guilbert de Preval opéra cette cure honorable. Je lui contai mon histoire, qui le fit bien rire. Il me donna: la connaissance de M'"^ Janus, que vous connaîtrez un; jour, et celle de M™^ Gourdan, sa célèbre voisine. Cette dernière me forma dans son art, et je me sentis en état, non seulement de l'égaler, mais de la surpasser.
» Dès que M"^^ Gourdan fut morte, et que j'eus son] fonds, je songeai à exercer mon art d'une manière nouvelle, et supérieure à tout ce qui s'est vu dans Athènes, sous Périclès ; à Rome, sous Néron, et dans la capitale des Français, sous Louis XIV. Pour cela, j'écrivis à mon maître, que son âge forçait à la retraite du théâtre. Il accourut auprès de moi. Je le priai de me donner des! leçons de physionomimie (c'est le nom qu'il donnait à sa! science), et d'y former mes filles. Je lui dévoilai mon! plan, qui était de vendre aux amants l'image vivante de leurs maîtresses ; à certaines gens l'effigie des plus grandes et des plus belles dames de la cour ; auxj amants survivants, la résurrection de leurs belles ; eti de me faire ainsi un revenu considérable. Je l'associai pour un quart dans mon profit. Garrickeit (c'est sonj nom de guerre), s'acquitta de sa partie avec une] vérité, une énergie qui nous rendit très habiles, mes! filles et moi... Voici comme j'ai opéré pour vous ; ce: que je vais dire, vous donnera une idée complète de mal manière.
» Ayant appris qui vous étiez, et ce que vous faisiez au Palais-Royal tous les soirs, je fus curieuse de vous avoir pour historiographe, autant que pour prôneur. En conséquence, ayant su que vous aviez eu pour domestique un Allemand, nommé Ko/fmann, je le fis chercher : on le trouva au château de Bicêtre, à la Force, où
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sa bonne conduite envers vous et le public l'avaient fait mettre. Je le tirai de là, et je le pris à mon service. Je le questionnai sur vos inclinations. Il me parla beaucoup d'une certaine dame de l'Oison : mais je ne crus pas qu'une fille de celte espèce eut conservé sur vous un grand empire. Enfin, à force de questions, je découvris que vous aviez aimé une cousine cbarmante, qu'on avait enlevée à votre amour, en la mariant. Je la fis chercher : on la trouva très aisément. Je lui fis voler un tableau, son portrait, à l'âge de dix-neuf ans. Je comparai ses traits d'alors à ceux d'à présent, et j'en fis un composé ressemblant, qu'on sculpta : un jour, qu'elle allait à Chatou^ je fis arrêter la voiture; deux hommes se. présentèrent à la dame, en la priant de ne pas s'effrayer, et lui appliquèrent sur le visage une pâte, qu'ils y laissèrent quelques minutes. Ils l'ôtèrent ensuite, avec précaution, et me l'apportèrent encore molle. On la rectifia sur la sculpture. Cette pâte se durcit toujours : dès qu'elle l'est suffisamment, pour ne plus mollir, on l'applique sur le visage d'une fille, choisie de la même chevelure que celle qu'on veut imiter, et on la lie fortement. Aussitôt le maître ou la maîtresse de physionomimie s'exerce à lui faire imiter la manière, l'air de la personne calquée, en lui faisant les mines, et lui montrant la manière de contracter les fibres du visage On a, auparavant, exercé la jeune fille, car il faut la prendre de quatorze ans au plus, et vierge exacte, c'est-à-dire, qui n'ait jamais éprouvé la première crise; il ne faut pas même qu'elle soit encore nubile. On la fait ainsi travailler pendant plusieurs mois, en la forçant d'éprouver huit à dix fois le jour toutes les passions violentes, comme le rire extrême, la colère, la douleur avec larmes, etc. On ne lui ôte le masque, qui a la bouche, les narines et les yeux percés, que lorsqu il ne la gêne plus depuis quelque temps,
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quelque mouvement qu'elle fasse, et la ressemblance est frappante, surtout si l'on s'aide de l'art de la physionomimie. La fille remet son masque toutes les nuits, pour rectifier les traits, qui pourraient s'altérer en dormant.
» Voilà, monsieur, et mon histoire, et mon art. Tout à l'heure, vous allez en admirer les effets, avec ma jolie Gertrude.
» Mon maître est mort depuis quelque temps. Mais je possède parfaitement son secret, qu'il m'a laissé, ainsi que sa fortune.
» Il ne faut pas que j'omette de vous dire la manière dont j'ai le calque des grandes dames, que je veux vendre en effigie à leurs adorateurs secrets, trop éloignés d'elles, ainsi que des belles tigresses, inflexibles aux soupirs, inaccessibles aux présents, etc. Je gagne i une femme de chambre : on persuade à la dame de se mettre une pâte sur le visage, pour se conserver fraîche : c'est la mienne. On l'ôte au bout d'un quart d'heure, parce cj[ue la dame se trouve gênée, et l'on en remet j une autre. Gela fait, on m'apporte la pâte, encore duc- j tible ; je la fais adoucir sur une sculpture en plâtre, que [ je me suis procurée, et qu'on a faite d'après un calque \ précédent. Le choix du sujet demande de l'attention ! car il faut la même couleur de cheveux, de sourcils ; la même taille, la même gorge à peu près, la même jambe, et le même pied.
)) Ce qui va vous étonner, c'est que j'ai à présent une générofacture de filles. Je choisis deux êtres bien constitués, sains, non blasés : je les enferme dans une chambre sur le derrière, où ils n'ont vue que sur un mur et un petit jardin. Dans la chambre sont le portrait et la sculpture de la dame à imiter ; sur le mur, son portrait est répété ; la statue du petit jardin la représente. On me fait un masque ressemblant pour les voir
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et leur parler. Ils font un eiifanl. On éloigne Ihoinme, dès que la femme est grosse. On calque en raccourci sur la statue, et Ton masque avec ce calque, l'enfant dès qu'il est né. J ai déjà obtenu de prodigieux effets de cette méthode : vous en verrez des échantillons... A présent, vous allez entretenir Gertrude, ou vous reviendrez demain. »
Nous répondîmes à jM"'" Gunégonde, que la soirée était trop avancée, et que nous reviendrions le jour suivant.