‹ Retraite ecclésiastique d'après l'Évangile et la vie des saintesChapitre 143 sur 207 · I. - Comment se forme le cœur pur · texte numérisé non relu

I. - Comment se forme le cœur pur

Le premier travail pour rendre le cœur pur, c'est de le pénétrer de componction. Il a contracté, par le fait du péché, des taches larges et mombreuses, des plaies sanglantes et cruelles. . La componction-est une eau purifiante et médi-:

cinale, qui rétablit l’ordre et rend la santé spi-

rituelle. La conscience mise en règle et le péché

éliminé par la grâce du pardon, tout n’est cepen-

dant pas terminé: il y a dans le cœur les restes

2 du péché, il y a des sympathies occultes pour

le péché, il y a des faiblesses et des penchants

qui améneraient vite le retour du péché. La com-

ponction intervient encore pour continuer son

œuvre; l’eau salutaire qui en émane ne court pas sur la surface du cœur comme un torrent, elle coule doucement, elle le baigne, elle l’amollit, elle passe et repasse, et quand le cœur sort de ce. traitement miséricordieux, il n’est plus reconnaissable. Quelle netteté sans tache! quelle stabilité dans le bien! le monde en est édifié, le regard divin lui-même y met ses complaisances.

Mais ce cœur, si bien purifié par la componction, n'a pas encore atteint sa perfection; il est capable d’une pureté transformante, dont la réalisation sera le travail, non plus de l’eau, mais du

feu, du feu la charité. Plus ton et. us actif. que l’eau, ce feu enlève complétement la rouille. des anciens penchants et pénètre jusqu’ au centre, où il consume ce qui se trouverait encore de trop 4. humain et de trop terrestre. Tout se dilate, tout. est ardent et lumineux, tout est joyeux et libre. C'est la création du cœur pur enfin réalisée ; elle.

ne consiste pas seulement dans l'élimination de Ass

corruption ancienne, mais elle fait surgir un monde nouveau de toute fertilité et de-toute beauté.

Quand le cœur est arrivé à cet état de trans. | formation, il a la passion de répandre 19 bien dont il surabonde, et de communiquer surtout la

pureté qui en est le principe. On rencontre en-

core, grâce à Dieu, jusque dans les rangs du vul-

gaire et avec une formation chrétienne des plus. imparfaites, des cœurs préservés ou purifiés du

péché, qui aspirent à la vraie piété et rêvent d’ar-

river au divin amour. Ah! combien l’ennemi, le

perfide, le serpent, l'esprit impur serait heureux de trouver des ministres de Dieu qui, sous pré-

texte de simplicité, d'encouragement, de progrès ee

spirituel, d'imitation de la pieuse intimité prati-

quée par certains Saints, négligeraient les régles de mortification et de prudence, auxquelles ces mêmes Saints étaient si admirablement fidèles, et s exposeraient ainsi au danger de trahir leurs devoirs, au crime de fouler aux pieds ces belles fleurs naissantes, pour les flétrir. Le vrai représentant du ciel, loin de se prêter à ces insidieuses

tentations, traitera les à âmes crabe d'une pureté plus exquise avec infiniment de réserve et de respect. Il les exercera surtout à une piété solide, à une humilité généreuse, au culte du devoir, aux habitudes du sacrifice, Une fois ces principes de conduite fortement enracinés et attentivement se-

condés dans leur croissance, ils les laissera agir

sans lui et mieux que lui. Alors tout se déga- . gera progressivement de l’humain. Ce que l’âme ainsi conduite trouve peut-être aujourd’ hui trop austère, demain elle s’en réjouira; et pour les

anges du ciel quelle joie, en voyant cette pureté parfaite briller jusque dans le monde et y répandre ses bienfaits! | O cœurs purs, où que vous fleurissiez, dans le sanctuaire, dans le cloître, au fond d’une chaumière, au sein même d’un monde licencieux, que l'humilité et la crainte du Seigneur vous gardent de l’imprudence et de la présomption. Alors vous serez le jardin fermé ’, dont les fleurs recevront d'en haut la rosée; vous serez un ciel, où les inspirations de la grâce brilleront comme des constellations. Je vous admire et je félicite la sainte . Église de vous posséder. D’autres pourront lui donner au dehors plus d'œuvres glorieuses, mais “1 vous êtes pour ses regards la plus douce des consolations.

T CANT UV, 012.

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