III. - Douceur conquise
Il est des naturels pour lesquels la douceur parait d’une totale impossibilité. Il est des phases de la vie où la douceur acquise de longue date semble s’évanouir, pour faire place à l’irritabilité de tous les instants. Il est certains caractères, certaines manières d’être et d'agir, qui ont le don de déplaire, et de porter, de contraindre presque à l’antipathie, Il est parfois des circonstances
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extérieures dans lesquelles les provocations se succédent et s'accumulent à tel point, que l'homme
le plus maître de lui-même se sent comme dans
l'impuissance de 8e contenir,
Que faire? fuir l'occasion serait rarement possible et accuscrait peu de courage, Le disciple de Jésus-Christ attend cette occasion de pied ferme,
et quelquefois il la cherche, Ce n’est pas que sa
nature soit apathique; mal surveillée, elle 8e laisserait emporter à des saillies regrettables, à des
réflexions mordantes, à des ripostés acerbes, à de
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vertes censures, méritées peut-Ctre, humainement parlant, Et qui sait si l'esprit mauvais, en dehors même de ces échappées irréfléchies, ne lui mur-
murera pas à l'oreille que la mesure est comble, qu'il est un temps pour supporter et un temps pour se montrer, que l'honneur le veut, qu'il faut
soutenir sa dignité devant les autres, que faire
autrement serait lâcheté et bassesse? I] demeure
sourd à ces suggestions et n'écoute que Jésus- Christ,
Les premiers à bénéficier de cette douceur conquise seront les caractéres faibles, les petits esprits, les gens fastidieux. [ls sont le roseau
demi-brisé, on se gardera de l’achever en le fou- . Jant aux pieds, Ils sont la méche encore fumante,
un léger souffle l'éteindrait, on retiendra ce souffle, S'agit-il, non plus des faibles, maïs des mé-
chants de parti pris, de ceux qui répondent par V'aigreur aux témoignages de bonté? cela même
est une faiblesse, une DIRE digne de compassion, qui demande l'huile et le vin, jamais le vinaigre ou le fiel. Les paroles de l’homme doux, ses ges. + tes, ses procédés, l'expression même de son NESRS : | constitueront ce traitement salutaire. 3 Cependant, que se passe-t-il dans son intérieur? Si, par la force de l’ habitude ou par un don de la grâce, il en est arrivé à n'avoir plus que calme et silence, au lieu des flots agités d'autrefois, qu’il bénisse le Seigneur sans s’enorgueillir; une minute suffirait pour tout ruiner. Mais si la répugnance secrète, l’antipathie, l'impatience continuent à s’agiter, deviennent même, avec les circonstances, l’âge ou la maladie, plus violentes qu’autrefois, qu'il ne … se décourage pas. En proie à ces soulévements, | il ne se rendra peut-être pas compte des efforts qu'il fait et des actes méritoires qu'il produit, de sorte qu’il s’humiliera, il pleurera, il demandera pardon. Laissezle supporter cette croix douloureuse; le travail latent qui se fait en lui à son insu sera, au jour des rétributions, une des plus belles pages de sa vie.