Retraite sacerdotale
Cette quatrième retraite sacerdotale, sur « Jésus l'amour du Prêtre », vient naturellement après celle qui l'a immédiatement précédée sur «Jésus la science du Prêtre ».
Le sujet de ces deux retraites est éminemment sacerdotal, le Prêtre étant tenu, de par son Sacerdoce, d'avoir de Jésus une science complète et d'en faire l'objet souverain de son amour.
La connaissance de Jésus conduit nécessairement à son amour, de même que l'amour de Jésus aide puissamment à Le mieux connaître. A un certain point de vue, l'amour l'emporte sur la connaissance, parce qu'il est plus étendu, qu'il exerce une influence plus directe sur la pratique des vertus et l'ensemble de la vie, qu'il fait pénétrer plus profondément en Jésus, et qu'avec une connaissance moindre le cœur peut atteindre une perfection beaucoup plus grande dans l'amour.
C'est d'ailleurs ce que fait ressortir le premier des préceptes qui est un précepte d'amour. C'est ce que Jésus Lui-même nous enseigne lorsque, pour Lui rester fidèle et observer ses comman-
déments, Il proclame que l'amour nous est indispensable. C'est ce qu'il nous recommande par dessus tout, si nous voulons marcher sur ses traces et répondre aux désirs ardents de son Cœur, lorsqu'il nous dit qu'il nous aime dans la mesure où nous L'aimons, et qu'il nous supplie de vivre et de demeurer dans son amour.
La science de Jésus est donc, en vérité, une science toute d'amour, comme la science de l'amour est inséparable de la science de Jésus. On ne peut Le connaître sans L'aimer, ni L'aimer sans vouloir Le connaître.
Ces vérités essentielles conviennent admirablement au Prêtre ; car c'est à lui qu'il appartient de révéler Jésus et de Le faire aimer. Il ne peut le faire efficacement, que s'il possède luimême ce qu'il s'efforce de donner aux autres. Son devoir impérieux est donc de faire de Jésus l'objectif, le centre et la passion de sa vie.
L'amour ne lui est pas facultatif. Il est tenu essentiellement d'aimer son Maître, de travailler sans cesse à Le mieux aimer, de remplir sa vie d'amour, de s'inspirer en tout des principes de l'amour, de se sanctifier par les motifs de l'amour, de faire généreusement tous les sacrifices afin de nourrir et d'accroître son amour ; en un mot, de vivre d'amour, à l'exemple de
l'Apôtre qui ne connaissait point d'autre science que celle de Jésus, mais une science d'amour qui l'unissait si étroitement à Jésus qu'il ne vivait plus qu'en Lui et par Lui.
Il n'est donc point superflu de faire toute une retraite uniquement sur l'amour, puisque l'amour tient une telle place, et la première, dans la vie du Prêtre. Tout au contraire, ce sujet devrait être fréquemment celui des lectures, des études et des méditations d'une âme sacerdotale.
Le Prêtre qui est le plus agréable à Jésus, est celui qui L'aime davantage. Le Prêtre qui se sanctifie sûrement et plus vite, est celui qui entretient dans son cœur le foyer ardent de l'amour. Le Prêtre qui fait le plus de bien, est celui qui agit en tout par amour et qui alimente son zèle à la source féconde de la charité divine.
La vocation et la mission du Prêtre reposent sur l'amour. C'est l'amour de Jésus qui l'a fait Prêtre ; c'est son amour pour Jésus qui le rendra un saint Prêtre. C'est pour révéler l'amour et en conserver le foyer dans le monde que Jésus lui a confié sa propre mission de miséricorde et d'amour ; c'est sa fidélité et ses progrès dans l'amour qui produiront des fruits durables de salut et de sanctification dans les âmes.
Puissions -nous, en attirant l'attention des
Ministres de Jésus sur l'obligation sacrée de l'amour, sa nature, ses caractères, sa pratique, ses obstacles et ses moyens, contribuer un peu à diriger dans cette voie les âmes sacerdotales appelées si ineffablement par Jésus à vivre d'amour afin d'être consommées avec Lui dans l'unité !
Ama et fac quod vis, disait le grand saint Augustin. Que le Prêtre aime, et il aura trouvé le secret de la sainteté pour lui et pour les autres.
Que le Prêtre aime, et il sera la gloire de Jésus, sa consolation et sa récompense.
Que le Prêtre fasse produire à son Sacerdoce tout ce qu'il contient d'amour pour Jésus, pour lui-même et pour les âmes, et il sera un Prêtre selon le cœur de Dieu.
Daigne Marie, la Mère du bel amour, bénir ces pages et leur faire produire un bien durable dans les âmes sacerdotales que lui a confiées Jésus, son divin Fils.
Paris, Jeudi-Saint, ig33
P. Marie Eugène de la Croix
De la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale