‹ Retraite spirituelleChapitre 4 sur 52 · AVERTISSEMENT IX · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT IX

qui la rebutera. C'est sans cloute un état pénible, et Ton a besoin alors de courage pour se soutenir. Mais quand on sait persévérer, et que sans se relâcher un seul moment, on attend en patience la rosée du ciel, Dieu souvent la fait descendre avec une telle abondance, qu'on en est tout pénétré. Les nuages peu à peu se dissipent, et les plus pures clartés succèdent aux plus épaisses ténèbres. On en peut croire une infinité de personnes qui l'ont expérimenté, et qui en poitent témoignage. Combien ont commencé la retraite avec une froideur et une indifférence qui les affligeoit et les désoloit, mais l'ont finie dans des transports de dévotion qui les ravissoient, et y ont goûté les plus sensibles consolations !

Ce qui est d'autre part à craindre, et de quoi l'on doit se garantir comme du piège le plus subtil, c'est de faire trop de fond sur ces sortes de sensibilités, et de mesurer par là le fruit de la retraite. Les plus tendres affections et les mouvemens les plus animés dans la méditation, sont peu de chose, si l'on ne va pas plus loin, et qu'on ne les réduise pas à la pratique. Car c'est la pratique qui sanctifie, et tous les maîtres de la vie intérieure n'ont jamais beaucoup estimé de simples sentimens, quelque relevés et quelque dévots qu'ils fussent, à moins qu'on ne les accompagnât de saintes et de fortes résolutions. Ils ne se contentent pas même de cela ; mais dans les résolutions qu'on prend, ils veulent

Page 1