Antiphon. officii SS. Saerameaii
sur Faute], elle l'applique et la distribue ;sar le Calvaire, elle consomme tous les sacrifices figuratifs; sur l'autel, elle perpétue le sacrifice réel; sur le Calvaire et sur l'autel, elle est une seule et même œuvre dont nous devons tirer profit pour notre sanctification et notre salut.
Voyons donc, Messieurs, ce qui se fait sur le Calvaire et sur l'autel ; — voyons ce qui se passe autour de ces deux saintes montagnes.
Saint Paul, rappelant aux Hébreux la coutume sacrée de l'expiation solennelle, en fait l'application à Jésus-Christ. — « Le sang des animaux répandu pour le péché, dit-il, est porté par le prêtre dans le Saint des saints, mais leurs corps sont brûlés hors du camp. C'est pourquoi Jésus, voulant sanctifier le peuple par son sang, a souffert en dehors des portes de la ville : Propter quod et Jésus... extra portant passus est1, a Victime
1. Quorum enim animaliuia infertur sanguis pro peccato in Sancta per pontificem, horum corpora cremantur extra castra. Propter quod et Jésus, ut sanctificaret per suuni sanguinern populum, extra portara passus est. (Heb., cap. xin, 11, 12.)
universelle, il ne devait pas expirer dans un temple ni sur un autel dont un seul peuple pût revendiquer la propriété. La ville sainte était souillée par la plus monstrueuse des iniquités, et, dans l'enivrement d'une inexplicable colère, elle venait de se condamner à une ruine éternelle.
Il fallait donc un nouveau lieu hors de l'enceinte, pour exprimer que le privilège était aboli et que la religion sortait des étroites limites où Dieu l'avait renfermée jusque-là. Chargé des iniquités du monde, devenu, par l'imputation de nos crimes, comme le péché vivant, porteur de la malédiction qui pesait sur la race humaine, Jésus va consommer ses souffrances hors des portes : « Extra portam passus est. » Son temple, son autel, c'est le Calvaire.
Le Calvaire, humble entre toutes les cimes, est devenu soudain la plus illustre des montagnes, et. par la mort du Fils de Dieu, il a perdu et justifié son nom. On l'appelait Golgotha, tête dépouillée. Mais, depuis que le Christ a expiré sur cette tête, elle s'élève ornée de la pourpre de son sang, encore tout émue des paroles et des cris divins qu'elle a entendus, glorieuse et fière entre tous les sommets célèbres que Dieu a choisis
pour de grandes actions et de grands bienfaits. Je ne sais, Messieurs, s'il vous a été donné de vivre quelque temps dans un pays de montagnes et d'en admirer les majetueuses beautés. Rien n'est plus propre à élever l'âme et à lui communiquer de religieuses impressions. En suivant du regard ces rampes qui, décroissant d'ampleur, à mesure que leur rapidité augmente, vont se perdre dans Pazur du firmament, il semble qu'on monte avec elles vers le ciel, et qu'on se rapproche d'un lieu où les bruits de la terre ne viennent plus troubler les contemplations de l'esprit ni le repos de la conscience; c'est là que le soleil envoie les premiers baisers de sa lumière, là quil vient s'asseoir, à son lever, comme sur un trône; c'est là que s'abaissent les nuées du ciel, là que reposent les glaces et les neiges éternelles, féconds réservoirs d'où s'échappent les torrents, les ruisseaux et les fleuves; c'est près de là que croissent les arbres gigantesques et robustes qui doivent prendre, sous mille formes, une place d'bonneur, dans les palais de Dieu et des rois. Les montagnes sont l'austère séjour de mille beautés et de mille bienfaits. Dieu les aime, Dieu s'incline volontiers
vers elles. C'est pour cela, sans doute, que le Psalmiste chantait : « J'ai levé mes yeux vers les montagnes d'où doit me venir le secours que j'attends : Levavi oculos meos in montes, unde véniel auxilium mihi ■ . » Quand on parcourt l'histoire des relations qu'il a plu à Dieu d'entretenir avec l'humanité, on se sent pressé de dire comme le poète :
Jéhovah de la terre a consacré les cimes ; Elles sont de ses pas le divin marchepied ; C'est là qu'environné de ses foudres sublimes Il vole, il descend, il s'assied 2.
Eu effet, c'est sur une montagne que descend le vaisseau symbolique dans lequel les élus de Dieu sont sauvés du naufrage qui engloutit la race humaine; c'est là que le Seigneur envoie la bonne nouvelle de la délivrance et la promesse de la miséricorde. C'est sur une montagne que Dieu tente la foi de son serviteur Abraham par la plus cruelle des épreuves, et qu'il lui annonce la gloire de sa postérité. C'est sur une montagne que Celui qui est appelle Moïse son prophète, et que, au sein d'une mystérieuse tempête, il lui donne