‹ Retraites pascales (volume 3)Chapitre 49 sur 107 · Rom., cap. v · texte numérisé non relu

Rom., cap. v

LA CHOIX, CLÉ DU CIEL ET DE l'kNFER. 1 "27

les germes des vertus et des dons surnaturels qui doivent tempérer l'ardeur des convoitises et contrebalancer leur funeste influence dans notre vie, — Le sang de la croix est dans la confirmation, où, roulant en ses flots miséricordieux la vertu de l'Es. prit-Saint, il accroît et affermit en nous la vie divine pour que nous puissions soutenir les âpres combats de l'esprit contre la chair, de la grâce contre la nature ; où il trempe nos âmes comme est trempé l'acier dont les guerriers couvrent leur poitrine pour la protéger, et dont ils arment leurs mains pour frapper de mort leurs ennemis, — Le sang de la croix est dans l'eucharistie, où se renouvelle l'immolation du Calvaire, où le même Christ qui est mort réellement sur son gibet meurt mystiquement sur l'autel, où la victime divine passe du sacrifice à l'union et devient la nourriture et ie breuvage des âmes qu'elle répare, soutient, conserve, grandit et délecte, faisant germer en elles, avec la pureté qui rend l'homme sem^ blable aux anges, la généreuse passion du sacrifice et du dévouement, et leur donnant dans son intime présence un gage de la gloire qui les attend dans les cieux. — Le sang de la croix est dans Tordre, où il oint les prêtres, les rend plus respec-

tables que les rois de la terre , et leur communique, avec le pouvoir des choses saintes, la souveraineté des âmes. — Le sang de la croix est dans le mariage, où il apaise les sens, purifie l'amour, sanctifie l'union des cœurs, et prépare à l'Eglise des enfants, au ciel des élus.

Mais c'est dans les sacrements où l'homme vient chercher le pardon des fautes qu'il a volontairement commises que le sang de la croix coule plus abondamment et fait mieux sentir sa miséricordieuse efficacité. Aucun crime ne peut faire reculer ses flots rédempteurs, dès qu'ils se mêlent aux larmes du repentir. Les souillures sont effacées, les mérites revivent dans l'invisible aspersion qui, de la croix, tombe sur l'âme pécheresse. Eûtelle perdu mille fois la grâce, mille fois elle la recouvre, tout ensemble réconciliée et fortifiée par la pénitence qui l'amène au pied de l'arbre du salut. — Le sang de la croix poursuit le péché jusque dans les dernières onctions que reçoit le chrétien aux portes de la mort ; il en détruit les restes et donne à celui qui va quitter la terre une suprême vigueur, pour conjurer les suprêmes défaillances de la nature et résister aux suprêmes assauts de l'enfer.

Quelle source ! Quel fleuve de grâces ! Messieurs. — Mais il y a plus encore. Le sang de la croix nous a mérité une infinité de secours qui se renouvellent avec chaque jour, chaque heure, chaque instant de notre vie. Lumières intérieures, secrets attouchements d'une main invisible, mystérieux attraits, salutaires pressentiments, ordres, avertissements, reproches adressés à nos consciences, offres miséricordieuses, rencontres fortunées des âmes amies qui cherchent à entraîner nosâmes, déceptions, désenchantements, épreuves, chagrins providentiels : autant de grâces que la croix nous a méritées pour que nous puissions faire notre salut. Je ne les connais pas toutes et ne puis vous en parler que bien imparfaitement, mais, au jugement de Dieu, vous verrez toutes les grâces dans leur source, dans le signe auguste que le Fils de l'homme produira à son tribunal : — Hoc signum crucis erit in cœlo) cum Dominus cid juclicandum venerit.

Son apparition, je vous l'ai dit, Messieurs, sera saluée par deux cris immenses : cri de joie et cri d'horreur.

Confrontés avec la source de toute grâce, les justes seront plus que jamais convaincus que, si

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leur espérance est arrivée à son terme, s'ils ont accompli les actes et pratiqué les vertus que Dieu récompense par une éternelle béatitude,, c'est à la croix qu'ils le doivent. En lisant sur ses bras sanglants la règle de leurs devoirs, ils ont reçu la grâce qui les a justifiés et leur a donné la force de vaincre les oppositions de la nature corrompue, ne serait-ce qu'au dernier instant où ils ont compris l'indispensable devoir de la pénitence. La croix ne les a pas trompés ; elle leur promettait la gloire s'ils voulaient se soumettre à ses saintes exigences ; ils se sont soumis et la gloire les attend. Humbles dans le triomphe de leur religieux espoir, ils font éclater leur amoureuse reconnaissance. D'une commune voix ils répètent aux portes de la patrie l'hymne qu'ils ont chanté dans l'exil : « Dans la croix est le salut, dans la croix la vie, dans la croix la protection contre les ennemis, dans la croix l'onction de l'éternelle douceur, dans la croix la force de l'âme, dans la croix la joie de l'esprit, dans la croix la somme de toutes les vertus, dans la croix la perfection de la sainteté1.

1. In cruce salus, in cruce vita in cruce protectio ab hostibus, in cruce infusio supernse suavitatis, in cruce

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Salut, ô croix, notre unique espérance ! 0 crux, a,ve,spes unicdl »

Ce joyeux concert domine les sourds grondements de la sinistre armée des pécheurs. Eux aussi ils ont été confrontés avec la croix, source des grâces, pour être convaincus de leur mauvais vouloir et de leur ingratitude. Rien ne les excuse dans leur éternelle infortune : ni leur ignorance des lois divines du salut, ni les faiblesses de la nature, ni ses révoltes insensées contre la sainte austérité du devoir. — Ils auront beau dire à la croix : 0 croix ! ton apparition est pour nous une surprise. Nous ne t'avons pas rencontrée, nous ne t'avons pas vue sur le chemin de notre triste vie. — La croix leur répondra : Si vous aviez écouté la voix de la conscience et obéi à ses premières prescriptions; si vous aviez voulu profiter des secours naturels que Dieu vous donnait pour faire le premier bien, je serais venue au-devant de vous, je vous aurais montré le chemin du ciel dont j'ai rouvert les portes, et, dans une dernière

robur mentis, in cruce gaudium spiritus, in cruce suinmavirtutis, in cruce perfectio sanctitatis. (Irait., Lib. n, cap. 12.)

illumination, vous auriez reçu de moi la grâce

de dire oui à tout ce que Dieu veut de l'homme

pour qu'il soit sauvé. — Ils auront beau dire :

0 croix ! tu as demandé à notre nature plus qu'elle

ne pouvait donner, Nous avons vu le devoir dont

tu es la règle, mais nous nous sommes sentis

impuissants à l'accomplir ; nous en avons été

détournés par mille causes ennemies dont nous

sommes aujourd'hui les infortunées victimes. — La

croix leur répondra : En demandant à la nature

plus qu'elle ne peut donner, j'offrais à la nature le

secours de la vertu divine qui découle de mon

bois sacré. Avec le devoir dont je suis la règle,

vous avez méprisé la grâce dont je suis la source.

Vous avez profané les sacrements qui vous ont

sanctifiés une première fois, et refusé ceux qui

pouvaient réparer votre crime. Vous n'avez tenu

aucun compte de tous les secours que je vous ai

mérités ; et au dernier moment, lorsque je vous

disais : Donnez-moi un regret et une larme, je

vous donnerai, moi, la goutte de sang qui doit

vous sauver, vous m'avez répondu : — Non ! ~

Vous croyiez vaincre la justice, vous avez lassé

la miséricorde. Maintenant, — voici la croix,

fuyez ennemis: Ecce crucem Domini, fugîte

partes adversse*. — Et les misérables, tournant le dos au signe du salut, s'enfuiront en poussant des cris de désespoir.

Tout est fini. — 0 croix, clé divine, ouvrez, fermez. — Ouvrez le ciel à ceux que vous avez sanctifiés par vos saintes lois et par vos grâces ; aucun crime ne peut le fermer, dès que vous avez fait jaillir le sang du Christ dans une âme pécheresse. Fermez le ciel, pour que rien ne vienne troubler le bonheur des élus ; le péché et la mort n'y entreront pas puisque vous les avez vaincus dans le sacrifice adorable dont vous fûtes l'autel. — Ouvrez l'enfer aux maudits qui vous ont méprisée ; personne ne peut le fermer devant vous, car vous êtes la justice éternelle. Fermez l'enfer sur les maudits : notre présomptueuse confiance en la bonté divine ne l'ouvrira pas, car vous avez épuisé sur vous l'amour et la miséricorde de Dieu, O clé, ouvrez, fermez : 0 clavis, qui aperis et nerno claudit, claudis et nemo aperit !

Et vous, Messieurs, adorez cette clé divine, et estimez-vous bienheureux de pouvoir encore empêcher qu'elle ne vous soit funeste. Pour cela,

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