Luc, cap. xn
pensez pas que le Fils de l'homme viendra : Estote parati, quia qua hora non putatis Filius homU nis veniet. »
Sous le coup de cet avertissement, étudions la sage conduite;des chrétiens vigilants, qui attendent la suprême visite du Maître, et la folie des chrétiens négligents qui, comptant se réveiller au dernier moment, s'exposent à se laisser surprendre dans le funeste sommeil du péché.
La plupart des visites que Dieu nous fait en cette vie sont des visites de miséricorde, dans lesquelles il vient nous rappeler nos devoirs et nous proposer sa grâce; mais sa dernière visite sera une visite de justice, qui décidera de notre bonheur ou de notre malheur éternel.
Le chrétien, qui comprend toute la gravité de cette alternative, veut être prêt pour le moment où le souverain juge viendra prononcer sur son état et sur ses œuvres. Il se prépare.
« Sint lumbi prœcincti et lucernœ ardentes
in manibus vestris : Ceignez vos reins et ayez en vos mains des lampes ardentes, » a dit le Sauveur. C'est fait : debout, alerte, dispos, l'œil ouvert, entouré d'une lumière divine qui dissipe les ombres du siècle, le chrétien est prêt aux longues et laborieuses veillées.
Le voyageur, le travailleur, l'athlète, le soldat affermissent leurs reins par une forte pression pour mieux supporter les fatigues de la route, du labeur et du combat.
Or, Messieurs, la vie est un voyage, sur des pentes abruptes et à travers des sentiers difficiles: voyage dont l'âme, remplie de nobles désirs et de saint espoir, aperçoit clans le lointain le terme glorieux; voyage qu'elle ferait d'un vol droit et rapide, si elle n'était appesantie par le corps plein de convoitises charnelles. Ces convoitises, le chrétien les emprisonne dans la robuste ceinture de la mortification qui réprime les exigences des sens, les soumet au souverain empire de l'Ame, et les contraint de marcher à sa suite, sans s'arrêter aux jouissances qui les sollicitent. La vue, l'ouïe, le goût, l'odorat, le toucher, tout est assujetti et contenu par de salutaires privations, contre ce mol abandon de la chair qui énerve l'esprit et paralyse ses gé-
néreux mouvements vers le bienheureux terme de son voyage terrestre1.
La vie est un travail qui demande de pénibles efforts, contre lesquels protestent la tendance obstinée de notre nature au repos et au bien-être. Tout nous dit : il faut souffrir ; souffrir des vicissitudes de la vie, souffrir des trahisons de la fortune, souffrir de l'ingratitude et de l'injustice des hommes, souffrir des séparations cruelles, souffrir de l'inclémence des saisons, souffrir des privations, des infirmités, des maladies qui assiègent notre pauvre corps, souffrir, souffrir, souffrir, et tout notre être répond : il faut jouir. Mais le chrétien, instruit et encouragé par l'exemple du Christ souffrant, boucle, d'une main ferme, autour de ses reins, la ceinture delà patience, et s'écrie : — « A l'ouvrage ! Endurons toutes les fatigues et tous les maux de l'âme et du corps; portons sans ployer tous les fardeaux de cette vie passagère, puisqu'ils doivent
1. Obsecro vos, tanquam advenas et peregrinos, abstinere vos a carnalibus desideriis quse militant adversus animam. (I Pet.j cap. n, 11.)
Prrccingitc lumbos, hoc est omnes appetitus et affectus circa res sseculi contrahite et mortificate. (August., serm. XXXIX, De verbis Domini.)
nous mériter dans les cieux un poids éternel de gloire, »
La vie est un combat : Combat au dedans de nous-mêmes, contre les instincts et les appétits ennemis du devoir; combat au dehors,, contre les séductions du monde et les assauts du démon. Notre faiblesse native nous livre sans défense à ces forces hostiles, et notre défaite est assurée. Mais le chrétien sait où se trouve la divine vertu qui le doit soutenir dans la lutte. Il la désire, il l'implore, et, subitement affermi par son invisible pression, il pousse avec le Psalmiste ce cri de la reconnaissance : « Merci, mon Dieu, tu as ceint mes reins de ta force pour le combat : Prœcinxisti me vir* tute ad bellum1. »
Voyageur, travailleur, athlète, soldat, le chrétien a accompli la moitié du précepte de Jésus- Christ : « Sint lumbi vestri prsecincti : Ceignez vos reins. » Mais pour voyager, pour travailler, pour combattre, il faut voir clair : « Et lucernse ardentes in manibus vestris. a De ce côté-là encore le chrétien est prêt.
La lumière du chrétien, c'est une ^raison res-