‹ Retraites pascalesChapitre 12 sur 98 · MARDI SAINT DEUXIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

MARDI SAINT DEUXIÈME INSTRUCTION

Messieurs,

Malgré les préjugés et les vaines terreurs des chrétiens imparfaits, malgré les railleries et les contradictions des sceptiques, nous sommes entrés dans le monde invisible et nous y avons rencontré une nature plus puissante que la nôtre, déchue de sa perfection primitive, précipitée du ciel, en opposition avec ses tendances originelles, irréconciliable ennemie de l'homme image de Dieu et protégé des anges : Le Démon.

Le propre du démon, dit saint Thomas., est de

nous tenter^ ; mais, ce n'est pas toujours en se mettant immédiatement en rapport avec nous qu'il nous induit au mal. Sacrilège imitateur de Dieu, il fait agir les causes subalternes pour contrarier l'œuvre de notre salut. Dieu a choisi des ministres chargés de répandre partout sa vérité, sa loi, sa grâce; Satan a choisi des ministres chargés de répandre partout ses mensonges, ses révoltes, ses séductions. Dieu a établi une Eglise qui est l'assemblée de ses fidèles ; Satan a fait de même, et l'incarnation de Satan, son ministre à mille têtes, son Eglise, l'assemblée de ses fidèles, c'est le monde.

Je vais m'expliquer, Messieurs, et vous comprendrez bientôt que notre excursion dans le royaume de Satan serait manquée, si nous ne visitions les provinces qu'il s'est annexéees sur la terre^ que sans connaitre le monde et ses tentations il est impossible de se rendre compte des influences diaboliques.

Disons, d'abord, ce que l'on doit entendre par ce mot : le monde, aiin que les graves avertissements que je vais vous donner ne soient pas con-

1. Cf. Summ. Theol., 1 P., qusest. 114, a. e. Utrum tentare sit proprium diaboli ?

sidérés comme de vaines déclamations. Le monde, en effet, c'est bien des personnes et bien des choses. Les vocabulaires que j'ai consultés répondent à cette question : — Qu'est-ce que le monde ? — par des définitions qu'il serait trop long de citer. Il ne m'en faut qu'une; je vous prie de la bien retenir, afin d'éviter les malentendus qui compromettraient les conclusions que je me propose de vous faire accepter. Le monde, tel qu'il faut l'entendre ici , ce n'est pas l'ensemble des êtres, ce n'est pas la terre qui nous porte, ce n'est pas l'espèce humaine, ce n'est pas telle ou telle société policée dans laquelle se trouvent mêlés les bons et les mauvais; le monde,, c'est tout ce qui, dans l'humanité, prend le parti d'un esprit destructeur dont la vie n'est occupée qu'à troubler les desseins de Dieu. Dieu va toujours, maintenant fermes et inviolées ses souveraines volontés ; mais il permet que le maudit rencontre, parmi nous, des complices dont la grande armée forme ce que l'Evangile appelle le monde.

L'Evangile est le livre divin auquel les chrétiens doivent demander leurs définitions. Or le m.ondcj au sensévangélique, c'est tout ce qui, par pensée, paroles et actions, proteste contre Dieu,

contre sa loi, contre sa grâce, contre la vie supérieure qu'il nous communique, contre les espérances qu'il nous donne, contre les destinées qu'il nous a faites. Ce monde, Jésus-Christ l'a montré au doigt et nous a révélé ses tendances, ses maximes et ses vices. Il l'a accusé de péché, il Fa déclaré ennemi de sa vérité*, il l'a jugé sans pitié : c< Niinc judiciwm est mundi^^ » il l'a maudit à cause de ses scandales : « Vde mundo à scandalis^. )) A l'heure où son cœur compatissant se préparait à l'expiation de tous les crimes, et s'épanchait dans le cœur de son divin Père, il n'a pas voulu prier pour tout le monde : « Non pro mundo rogo^. » Triomphant du péché, de la douleur et de la mort, il a broyé, sous son pied meurtri, la tête de celui qui s'appelle le prince du monde, et nous a dit avec une victorieuse assurance : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde : ConfiditGj ego vici mundum'^. » Ses enfants ne sont pas du monde :

1. Cum venerit Paraclitus arguet mundum de peccato. (Joan., c. XVI, 8.) - ~ Spiritum veritatis quem mundus non potest accipere. (Ibid., c. XIV, 17.)

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