I Joan., c. v
B, Tacite.
ne s'attendait pas, sans doute, à cet honneur, mais qu'il est permis, je crois, de récompenser ainsi de la vertueuse indignation avec laquelle il s'écriait : « Corrumpere et corruinpi hoc vocatur sdeculum : Corrompre et être corrompu, voilà ce qu'on appelle le monde. » Le monde, en effet, est tout entier dans ces deux mots : Corrompre et être corrompu ; et il ne corrompt que parce qu'il est corrompu. Permettez-moi de développer cette pensée.
Quand un corps organisé échappe aux lois qui règlent ses mouvements et ses fonctions, le trouble se met dans les éléments qui le composent, il s'entoure d'une atmosphère repoussante et malsaine, et nos sens nous disent qu'il est corrompu. Analogiquement, le même phénomène se produit dans l'ordre moral où la vie dépend des principes régulateurs de nos actions. Dès que ces principes perdent leur empire^ nous voyons se troubler et s'appauvrir les saintes énergies du bien, s'évaporer le parfum de la vertu, et les âmes s'entourer
LE MONDE. /i7
de l'atmosphère infecte du vice. Ce ne sont plus nos sens grossiers qui nous avertissent, c'est le sens moral. Or, Messieurs, appliqué à la vie du monde tel que nous Tavons défini, le sens moral nous dit que le monde est corrompu : corrompu dans ses maximes, corrompu dans ses œuvres qui ne sont que la publique et désespérante confirmation des maximes.
Sceptique à l'endroit des principes, le monde les écarte d'abord autant qu'il peut de sa vie pratique; c'est assez pour engager le travail de dissolution morale qui doit le corrompre. Le Psalmiste, après s'être plaint au Seigneur des défaillances de la justice, des sacrilèges efforts que font les fils des hommes pour amoindrir l'autorité du vrai \ ne tarde pas à s'écrier : « Ils se sont corrompus et sont devenus abominables : Corruj)tisunt et a^hominabiles facti sunt^. » Mais le monde ne se contente pas de se soustraire à la salutaire direction des principes, pour courir les aventures d'une vie sans règles ; il substitue aux saintes maximes, qui nous montrent le chemin de
1, Salvum me fac, Domine, quoniam dcfecit sanctus ; quoiiiam diminutse sunt veritates a filiisliominum. (Ps. XI.)