Joan., cap. XIII
rant dans le sein de son Père le plan grandiose de l'incarnation, Jésus nous aimait. Pendant que les erreurs et les crimes, les figures et les prophétieSj les prodiges et les catastrophes, se précipitaient vers la plénitude des âges, Jésus nous aimait. Pendant les jours bénis de son passage sur la terre, Jésus nous aimait. Vainqueur de la mort, assis à la droite de son Père, puissant avocat, et éternel pontife de l'humanité, Jésus nous aime. — Comptez, mesurez ses dons si vous le pouvez. Dans une chair mortelle, il vous.a donné sa divine nature^ et avec elle le droit de lui dire : mon frère! Du trésor de sa science, il a tiré une doctrine si haute, si profonde, si admirable que jamais les oreilles humaines n'en ont entendu de pareille; il nous a livré les seiîrets de Dieu, il a mis à notre service sa toute-puissance ; il ne s'est point rebuté de nos mépris et de nos ingratitudes. Ses fatigues, ses sueurs, ses privations, ses angoisses, ses opprobes, c'était pour nous. Il a ouvert mille issues au fleuve sacré de son sang, afin de l'épuiser pour nous. Il a pris, sous les coups de la justice divine, la place où nous devions expirer, pour nous sauver de l'éternelle damnation. Le dernier bien qui lui restait avant de mourir, sa mère bien-aimée,
il nous Ta donnée. Par un incompréhensible miracle, la chair sacrée qu'il emporte triomphante dans les splendeurs des cieux, il nous la laisse au sacrement de son amour. Roi de gloire dans l'éternité, il nous attend pour se livrer une dernière fois à nous, comme notre récompense. — Après cela, Messieurs, je n'ai plus à vous demander si Jésus a le droit de vous dire : « M'aimezvous? Je veux que vous m'aimiez. »
Non seulement, donc, vous pouvez, mais vous devez conclure la recherche de Jésus-Christ par le fécond et doux commerce de Tamitié. Le cœur d'un véritable ami est un mystérieux trésor où l'on puise, à pleines mains, des biens se renouvelant sans cesse. Or, Jésus vous appelle sur son cœur si tendre et si généreux : « Venite ad me omnes. » De ce cœur vous avez tout à recevoir. Allez à lui, si les ombres du doute descendent sur votre esprit et menacent d'obscurcir ou d'éteindre les saintes lumières de la foi, car il est le soleil éternel, toujours prêt à darder ses rayons et à dissiper les ténèbres.— Allez à lui, si vous voulez voir clair dans vos études, dans la direction de votre activité, dans la conduite de vos affaires, car il est la science
infinie et la source profonde des bons conseils. —
Allez à lui, si vous sentez languir dans vos âmes les ardeurs sacrées de la charité, car il est le foyer inextinguible où tout amour s'alimente. — Allez à lui, si les puissances ennemies de votre salut conspirent contre la paix de votre conscience et la justice de votre vie, car il est le vainqueur de l'enfer et du monde. — Allez à lui, si l'aiguillon des passions vous tourmente, si vous vous sentez défaillir dans la guerre intestine que vous déclarent les appétits révoltés, car il est la puissance souveraine, qui dompte en nous les forces du mal et donne aux vertus leur inébranlable fermeté. — Allez à lui, si vous avez eu le malheur de vous déshonorer par le péché, car il est riche d'une grande miséricorde, d'une foule de miséricordes. — Allez à lui, si les trahisons des hommes ont déchiré votre cœur, si leurs mépris vous accablent, si la douleur fait déborder la coupe de vos larmes, car il s'ouvre comme un abîme, pour baigner les affligés dans les flots des douces consolations, les retremper et sanctifier tous leurs maux par la patience et la résignation. — Allez à lui, dans toutes les nécessités, dans tous les périls, dans tous les malheurs. — Allez à lui et dites-lui, avec une pieuse audace, une inébranlable confiance, un saint abandon :
POURQUOI CHERCHER JÉSUS-CHRIST? 2cS3
Jésus ! mon adorable et unique ami, je n'ai d'espoir qu'en toi. Eclaire-moi, dirige-moi, réchauffe-moi, soutiens-moi, pardonne-moi, console-moi, réparemoi ! Je suis indigne de ton amitié ; mais, fais-moi bon, fais-moi grand, fais-moi saint comme toi! Fais-moi semblable à toi pour que tu puisses m aimer.
Pourtant, Messieurs, dans cet abandon de vousmêmes à Jésus-Christ, prenez garde de n'être disposés qu'à recevoir sans songer à donner. — L'amitié véritable n'est pas l'exploitation d'un cœur par un autre cœur; elle suppose une mutualité de sentiments, une échange de donations, une série ininterrompue de provocations généreuses, qui rapprochent de plus en plus, l'un de l'autre, ceux qui s'aiment. Vous êtes pauvres, c'est vrai, et votre divin ami possède des trésors infinis ; cependant, il attend votre obole, comme un témoignage de la vérité de votre amour. Donnezlui donc votre tendre et parfaite obéissance à toutes ses volontés, de quelque manière qu'elles soient exprimées. Donnez-lui vos constants efforts à ne jamais l'offenser et à reproduire dans vos habitudes et vos actions, les vertus et les perfections dont il vous a laissé l'exemple. Donnez-lui votre
amoureuse compassion pour tous les outrages qui lui sont faits, jusqu'à vous sentir outragés vousmêmes, quand il l'est. Donnez-lui vos apostoliques désirs de lui gagner des âmes par tous les moyens dont votre âge, votre expérience, vos talents, votre science, votre condition, vos loisirs, vous permettent de disposer. Donnez-lui votre zèle à servir ses intérêts et à soutenir sa sainte cause.
C'est en cela surtout^ Messieurs, que vous vous montrerez les vrais amis de Jésus-Christ, dans le lemps calamiteux où tant de haines conspirent contre lui. — On voudrait chasser le Fils de Dieu de tous les domaines dont il a pris possession par l'ineffable mystère de son union avec la nature humaine : de la science, dont sa doctrine prévient les égarements et confond les orgueilleuses prétentions ; des lettres, dont il attend les hommages ; des arts, dont il est le parfait idéal ; de la famille, que ses bénédictions sanctifient ; de la vie sociale, dont il règle les rapports par sa loi ; de la vie politique, dont il laisse à notre choix les formes, mais où il maintient, contre les orages des passions humaines, les principes conservateurs. L'injure, la menace, la perfidie, la violence, tout est bon à ceux qui veulent se débarrasser de lui. Vous sen-
tcz, Messieurs, que tout va sombrer s'il disparait, mais plus attentifs au danger que vous courrez, qu'à la gloire de votre Dieu, vous jetez au ciel ce ori de votre épouvante : (c Domine sàlva nos perimus. Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ; » et vous attendez, transis et perclus, quelque grand acte de la Providence. Je ne vous blâme pas de vous confier à Dieu, mais, que j'aimerais bien mieux vous voir agir avec résolution, avec audace; que j'aimerais bien mieux vous entendre dire : Jésus notre ami est en péril^ sauvons-le. — Etouffons l'injure par l'explosion de nos publiques et solennelles louanges ; bravons la menace par une énergique démonstration de notre confiance en l'avenir; déjouons la perfidie par la franche profession de notre foi, l'évidente perfection de nos vertus et la pieuse impudence de nos bonnes oeuvres; brisons la violence par nos pacifiques mais indomptables résistances. Proclamons, faisons valoir les droits de Jésus-Christ dans tous les domaines où il doit être maître. Parlons, agissons, dépensons-nous, sacrifions-nous. — Alors, Messieurs, vous mériterez que Jésus-Christ vous aide à sauver sa sainte cause ; alors, vous mériterez que votre maitre se penche vers vous et vous
adresse ces paroles qui vous récompenseront mieux que tous les témoignages humains : « Vous n'êtes plus pour moi des serviteurs, mais des amis. Jam non dicam vos servos^ vos autem dixi amicos, )>
Si vous croyez connaître^ Messieurs, d'après ce que je viens de dire, le dernier terme de la recherche de Jésus-Christ, vous vous trompez. Le Fils de Dieu fait homme prétend réaliser, à notre égard, les plus doux rêves et le plus étrange désir de l'amour. — Les échanges généreux d'actions ne contentent qu'imparfaitement ceux qui s'aiment. Pour mieux se donner, s'ils pouvaient fondre leurs vies en une seule, ils le feraient. Nous nous plaisons, même, à nous bercer d'illusions sur ce point, et malgré notre impuissance à pénétrer l'être intime de ceux que nous aimons, nous voulons croire qu'ils ne vivent que par nous.
Point d'illusion dans le commerce de 1 ame avec
Jésus-Christ. Elle peut et doit vivre par lui. «Je suis venu, dit le Sauveur, pour que ceux que j'aime aient la vie jusqu'à la surabondance '. Cette vie, c'est moi: Ego sum vita^. Vous que je daigne appeler mes amis, vous êtes les rameaux, moi je suis la vigne. Le rameau ne peut porter de fruit s'il n'est inséré à la vigne pour recevoir sa sève. Vous devez donc demeurer en moi, moi je demeure en vous ; alors vous porterez des fruits abondants , car sans moi vous ne pouvez rien faire ^. y>
Messieurs, je n'invente pas ces choses; c'est Jésus-Christ qui parle. Pouvait-il dire plus clairement qu'il veut que nous participions à sa vie, que nous possédions sa vie, que nous soyons pé.nétrés de sa vie ?
C'est bien ainsi que l'entend le grand apôtre : <( Nous ne serons sauvés, dit-îl, que dans la vie de Jésus-Christ : Salvi erimus in vita ipsiiis ^. Le
1. Ego veni ut vitam habeant, et abundantius habeant. (Joan., cap. X, 10.)