AU ROI
cf Sire,
» Je réclame votre protection royale. Lors* » quê la capitale résonnait encore du bruit du # canon ; lorsqu’on nous menaçait du retour » de Buonaparle, qu’on le disait à nos portes, à » la tête d’une armée considérable, je m’empres* a sai de me parer des couleurs de Votre Majesté, »de prendre la cocarde blanche. Te ne me bornai pas à manifester mes sentimens par des si*
» gnes extérieurs , je voulus en communiquer » toute la chaleur à mes concitoyens; je voulus » contribuer à ramener par la persuasion ceux » que l’erreur égarait encore : j’écrivis, je fis pab raître un journal ayant pour titre F Ami du » Roi
» Tant que l’émission de cette feuille n’a pas » été sans danger pour moi, personne ne m’atrou- » blé; maintenant qu’elle peut me mériter quel- » que faveur, une autorité subalterne la supprime » de son chef; une autorité subalterne ose dire k » i’un de vos sujets : Je vous défends défaire » éclater votre amour pour le Roi !
» SntE , la presse est libre, Votre Majesté l’a » dit : qui donc peut prendre sur soi de m’intern dire un droit que vous avez accordé à tous vos » sujets? Pourquoi me l'interdit-on ?
» Est-ce parce que la liberté de la presse ne re- » garde pas les journaux? Mais ces sortes d’ouo vrages doivent être assimilés à tout autre genre » de littérature : il n’y a d’autre différence que la » forme et l’étendue entre un journal et un livre, u Un journal est un livre nouveau qui parait chan que jour, ou bien un livre mis en vente feuille à » feuille et par souscription, au lieu de n’être livré »au public que lorsqu’il est fini.
jj Est -ce pour prévenir quelque abus de ma >i pari? Mais il y a une censure établie pour les «journaux, et, je n'ai pas refusé de m'y sou- » mettre. *
» Est-ce parce que les opinions et les sentimens » que j'ai exprimés sont repréliensibles ? Je ne le «pense pas. Daignez, Sire, faire examiner mon r> ouvrage : j'ose espérer que Votre Majesté sera » satisfaite du rapport qu'on lui fera. J*ai lâché « d'être avoué d'un prince religieux et magnant- » me ; j'ai annoncé la clémence et l'oubli des torts* » la mémoire et la récompense des services; je » n'ai point insulté à votre ennemi vaincu, à vos « enfans. coupables. Il est vrai que j'ai prêché une « obéissance et un dévouement saus bornes pour «.Votre Majesté; il est vrai qu'on aura reconnu } «malgré ma circonspection, l'indignation que « m'a inspirée l'indécence et la témérité avec les- « quelles on a osé , en notre nom , offrir des con- » ditions â Votre Majesté, au lieu de tomber à ses «pieds pour réclamer votre indulgence : seraient- « ce là mes torts P
Poire Majesté n’approuvera pas une mesure »■ qui contrarierait sa déclaration : j’ose donc es- » pérer de sa bienveillance suprême, qu’elle daiv gnera me donner la permission de continuer a » faire paraître F Ami du Roi.
Si Votre Ma jesté daigne me rendre la voix Je » n oublierai pas que le meilleur usage que j’en ” puisse faire pour lui être agréable , sera moins » de louer ses vertus, que de chercher à inspirer » le désir de les imiter, «
Il est indubitable que cette supplique n’a jamais été connue de Sa Majesté : des traîtres privilégiés, cachés encore sous le manteau de la fidélité, avaient trop d’intérêt à la détourner. Ainsi , la feuille qui avait pour titre F Ami du Roi cessa de paraître, et son auteur fut livré sans défense à la haine implacable de ceux, qu’il avait voulu démasquer. *
'Un jour il les fera connaître, un jour il déchirera le voile qui les couvre encore; ils ne vivront pas toujours au sein des délices et de F impuni té.