‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 56 sur 190 · CHAPITRE XIV. l5y · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. l5y

Héron , qui faisait rendre les mandats d’arrêt.

Lorsque le représentant Frecine dénonça au comité de sûreté générale Baignoux, Bruley et Cartier de Tours , on envoya, pour les arrêter , deux héronistes que je crois être Cliandellier et Péradon. Us leur firent payer une somme de deux mille quatre cents livres pour le voyage qui ne devait jamais être à la charge des détenus; et le comité payait néanmoins pour l’exécution de l’ordre.

Aucun des porteurs d’ordres n’était si adroit ni si tourbe, qu un nommé Morel d’Evreux; mais ses comptes furent si embrouillés, qu ils déterminèrent son arrestation.

Je finis 1 article des béronisles en rappelant ces derniers faits. Le comité m’avait chargé de l’interrogatoire de Gerle : Héron y arriva avec ses satellites; iis voulurent me faire adhérer à l'arrestation du nommé Fournier, fondeur en caractères. Je m’v opposai , parce que le comité n’avait pas ordonné l’arrestation. Même proposition contre un directeur de la poste , rue de Condé; même refus de ma part. Héron irrité fit de faux rapports au comité, et parvint à escroquer un mandat d’arrêt contre eux , mais malgré lui ils ont eu leur liberté.

Je fus envoyé par le comité de sûreté générale à un corps-de-garde près du Panthéon y section de l'Observatoire, au-dessus de la rue des Fossés-Saint- Jacques, à ce que 1 on appelle 1 Estrapade, où l’on avait entassé quatre-vingt-quinze pcrsoiyics par

l5<S MFMOllltS DF. SEKART .

les ordres de MM. Héron et Martin. Je les interrogeai tous , et je n’eu retins qu’un que j’envoyai au comité révolutionnaire , parce qu’il n’avait point de passe-port j je mis tout le reste en liberté. On ne se fait pas d’idée de la fureur de Héron et de sa rage : enfin il proposa mon arrestation ; mais je m’expliquai, et je fus approuvé.

Parmi les membres du comité de sûreté générale, j’ai singulièrement distingué, pour avoir moins de torts, les représentant Moïse-Bayle , Élie Lacoste, La Viconterie, Dubarran; leur parti n’était pas le plus nombreux. A ma connaissance , ils donnaient avec trop de confiance leur signature.

Nul homme n’étaît plus dur , plus arrogant el ; plus rebutant que Jagotj c était un fagot d épines qui se déliait, et qu’on ne pouvait approcher d’au- I cun côté : il était d’une brutalité effroyable.' Si

quelqu’un venait parler pour un détenu , il lemenaçaitaussitôt d’arrestation. ILraitait tout le monde de contre-révolutionnaire j il fît arrêter et guillotiner dans le même jour, un secrétaire du comité, accusé par Héron d’un délit dont Héron était soupçonné lui-même. A peine il avait entendu une dénonciation ou une réclamation : C’est assez , disait-il , c’esi pour la guillotine; ou bien : C’est une pièce de téserve ! Son mot était : En prison ! à la guillotine', au réservoir! 11 avait adopté cette plaisanterie cruelle : Habit de pierres de taille , pare mens d’ ardoises , doublure de briques; ce qui si g ni trait pri-

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sûtb Il était chargé de la correspondance avec Aniar, La volonté de Tua deux , sur le papier dusage du comité 3 était substituée à celle meme du comité. Ils dirigeaient au loin la guillotine , comme auprès* Jagot disait brutalement tout ce qu'il pensait, mais Âniar portail un extérieur plus faux , plus perfide. Àmar était vindicatif , cruel, menteur, jiiexact dans scs rapports , se ployant , suivant les Circonstances, pour mieux réussir. Il était spécialement chargé d’activer le tribunal révolutionnaire, et \ Quland partageait avec lui ce travail : la voiture du comité était à ses ordres, Amar était insidieux dans ses questions , comme dans ses réponses ; ses propositions étaient toujours compliquées. Pétri d orgueil, il n aimait pas que sou opinion fut contrariée ; ambitieux , despote , lorsqu'il donnait son avis il affectait de la gravité* Si quelque chose militait pour la justification de l'accusé, et quil n eut rieu a opposer, il répondait : Laissons juger çela par le tribunal. $i\ votai t sans incertitude pour Je tiihunal, j] disait alors : llonno dêcofijiiare ! S'agissait-d d arrêter ou de laisser en prison', son expression était ; Bonne prise * S agissait-il d'une liberté : Faisons grâce > disait-il, il mettait fort peu de temps à ses rapports , et n apportait que trèsrarement les pièces : quand il avait adopté un parti quelconque, il ét,ait fort entêté* Aniar se formait une cour de belles femmes. Tous les matins sou antichambre et son salon représentaient un sérail.

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Les préférées entraient dans sa chambre à coucher* celle-ci présentait son plaçai, celle-la offrait son bouquet. Il promettait à Tune, il remetlait I autre; et si quelque importun se présentait au sérail, il se fâchait et remmenait sur le carré pour le faire partir plus tôt, J’aî souvent ri de ces scènes. Tantôt mielleux, tantôt grave, tantôt sensible , tantôt badin, Àmar était curieux dans son genre; il savait bien user de ses avantages et se les ménager. Il se méfiait des hommes et se faisait suivre partout; il s’était comme approprié la voiture du comité : il craignait toujours d’être assassiné- Quand il signait un ordre d’arrestation , et surtout une traduction au tribunal , il manifestait une grande joie ; il tenait les propos les plus durs et les plus sanguinaires. U est iuoui le nombre de personnes que Jagot et Amar ont fait arrêter â l’insu du comité dans les i départemens, aiusi que par les comités révolutionnaires de Paris , au moyen de l'abus de la correspondance* Amar et Jagot étaient les ministres du comité; ils étaient d'une rigueur étonnante, et menaçaient toujours dé la guillotine*

Vadier est connu pour être orgueilleux, barbare et lâche : je ne parlerai pas de ce qu’on a dit de lui; mais je rapporterai les traits qui me l’ont lait connaître, et qu'on ne lui a pas encore reprochés. Une certaine séance de nuit du comité fut suspendue quelques instaus pour manger un morceau : c’était l’habitude de mettre des provisions dans on

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cabinet à côte du lieu des seauces* li y avait eu dans la soirée une grande quantité de guillotinés; Louis du Bas-Rhin dit : Cela va bien, les paniers s emplissent. — Alors, répondit Vouland, faisons provision de gibier. — Mais , dit Vadier h Vouland , je vous ai vu sur la place de la Révolution , près de la. guillotine . — J ai etc rire de la mine que ces gueux-là font à la fenêtre. — Oh! dit Vadier , le plaisant passage que le vasistas! Ils vont là éternuer habilement dans le sac. le m y amuse , fip prends goût, j’y vais souvent. — Allez-y demain , reprit A mar , il y aura grande décoration , f ai été aujourd'hui au tribunal. — Allons -y , dit Vadier

J'irai pour sûr , repartit Vouland.

Je demeurai transi comme si je m’étais trouvé entre un ours, un tigre et une panthère ; je nie latais moi-même pour m’assurer que ce n’était point un rêve. Je réfléchis ensuite sur les malheurs que nous éprouvions d’avoir ces anthropophages pour gouvernans! A peine avait -on prononcé le nom d’un suspect, ou dénoncé, l’expression de Vadier était : Tête à marquer. II n’aimait pas les explications, il affectait surtout un grand zèle révolutionnaire. Les circonstances , disait-il, sont impérieuses ; il faut des exemples , coupons des têtes. Il disait d autres fois : IVous avons besoin d’argent, ce sont des confiscations indispensables : en voilà assez, allons , mon avis est d’envoyer au vasistas. Il était caustique, impérieux, colérique, rancuneux, soup-

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eomieux. li plaidait comme une partie iittërèsséë contre ^admission des moyens justificatifs; il semblait l’adversaire lié de tous les hommes, lt ne craignait que les jacobins ; le moindre signe de leur désir dévÈMÎt pour lui un objet du fanatisme dont il était aveuglé. Sa confiance dans Taschereau l’a précipité dans de grands écarts.

Youkndj homme colérique, méchant, cruel, ajournait toutes les demandes en liberté ; il n’en signait pas le tiers. Orgueilleux, susceptible autant que féroce et barbare , it allait stimuler le tribunal révolutionnaire , et chicanait sur tout. 11 se levait sur la pointe du pied , sautait en 1 air , frappait à coups de poings sur la' table quand il était contrarié. Il n’avait point d autre avis que d’arrêter, ou traduire au tribunal. En votant dans les délibérations il s’exprimait ainsi : T. Ôte rasce , tête grippée, tl avait l’air d’un pantin , il ne savait jamais se contenir.

Le bas suivait 1 impulsion des autres. Je ne pout* rnis lui reprocher que son intimité avec Robes— pierre, qu’un caractère farouche, ajournant les mises en liberté , exigeant dans les faits justificatifs. Pour se débarrasser, il disait : Renvoyons } renvoyons à la piscine des carmagnoles. C’est ainsi qu’il désignait le tribunal révolutionnaire.

D.... était grossier, ordurier dans ses expressions, brusque dans l’émission de ses opinions; il menaçait toujours le comité, de Robespierre, des

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jacobins , du comité de salut- public. Son mol favori était : Broyons , broyons du rouge. 11 était l'espion de Robespierre. Souvent ou se cachait de lui lorsqu’il s’agissait du comité de salut public. U était toujours de l’avis le plus dur. Lorsqu’il avait de la haine contre quelqu’un, il l’eût voloutiers condamné à mort, exécuté lui-même.

Un nommé Rousselin fut arrêté aux Jacobins , quoiqu il ny cul point de mandat contre lui ; EL... voulut que, sans l'entendre, on le traduisît au tribunal révolutionnaire. Son avis ne prévalut pus. Je lus chargé d’aller examiner ses papiers : je iry trouvai que les preuves les plus certaines de sa justification , et je les insérai au procès-verbal, î).... se répandit en injures contre moi , et me menaça, parce que, disait-il, je voulais sauver un contre-révolutionnaire. Cependant je fus vengé par la justification que Rousselin obtint légalement. D.... soutenait que les délibérations des jacobins pétaient inattaquables, qu’elles étaient la volonté du peuple. D..., arriva un soir, au moment ou Ion délibérait sur la traduction d’un nommé

iousl, au tribunal révolutionnaire. Il ne pouvait

-savoir ics motifs de cette traduction; et cependant il fut le second qui la vola en disant : Broyons du rouge. 11 ignorait complètement la discussion : Pas sez-'noi, dit-il, le mandat , que je le signe. More mi lui répondit : Il n'est pas fait, on va envoyer le

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projet au secrétariat* Le mandai fut apporté > il le signa.

Louis du Bas-Rbin était un 1 tvpocri te non moins cruel que les autres} il vous écoutait , vous répondait mielleusement , et vous déchirait lorsque vous étiez sorti. Ses signatures sur les mandats de traduction étaient toujours jointes à celles de Radier, de Vouland et d’Amar. Il a plus participe que tous les autres à la tyrannie. Il enchérissant sur certaines expressions des arretés; loin delre éloigné des mesures de rigueur, il en était le régulateur. Si une opinion juste ou sensée était manifestée , il se levait pour la combattre. Il employait des puérilités; les si , les car1 les metis , les pourtant , exigeaient, selon lui, 1 envoi au tribunal. 11 affectait un certain raisonnement , un sérieux glacé, uuc gravité, qui en imposaient, et ont nombre de fois trompé les autres et déterminé la traduction au tribunal. 11 promettait beaucoup aux pareils des détenus, mais ne tenait jamais parole. Il avait b causticité d’un plaideur; il soutenait , comme par besoin , l’application des peines. Son air simple n’était que de l’orgueil. Il rédigeait le plus d’arrêtés, il était le plus assidu, travaillait beaucoup, et se montrait fort sensible lorsqu’on révisait ses travaux. Quand il avait promis à quelqu’un, surtout à des députés, il ne signait point pour ne pas ; essuyer de reproches. Il préparait les arrêtés, les ,

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