‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 58 sur 190 · CHAPITRE \IVp t · texte numérisé non relu

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père fut guillotiné le lendemain. Par cette expédition on peut avoir une juste idée des relations de Héron avec l’ouquier-Tinvilie.

t Je dois «pporler encore un trait qui ajoutera à l’opprobre dont Héron est couvert , si tant est que 1 on puisse encore y ajouter. Un nommé .Lormier avait été cliargé , par le comité de sûreté générale , d’une mission pour Rouen; mais l’on crut, à Rouen] que c'était une des erreurs ou surprises de Héron. Lormier fut retenu à Rouen pendant dix-sep t jours , et le comité me chargea d’analyser différens renseignemens et de préparer un rapport. Les détails de ces renseignemens ne me parurent être que des récriminations de plusieurs habitaus de Rouen entre eux , sur des querelles qu’ils voulurent venger au nom de la chose publique. Cependant Lormier n'était pas coupable : l’agent national de Rouen intrigua; il craignit la suite de l'arrestation de Lormier , il voulut se faire un mérite de sa mise en liberté , et la lui procura. Mais cet infâme vint à Pans, il se décora du nom d’agent national de Roueu, et s’approcha de Héron. Ce fut avec lui qu il forma le projet de faire égorger six cents personnes à Rouen. Je frémis au seul souvenir de ce noir complot. 1) repartit, fit fermer les barrières de Rouen, et, en un seul jour, six cents personnes lurent arrêtées dans cette commune comme étrangères, quoique ayant leur domicile dans les autres départemehs de la l’rance. ils

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étaient» eu outre, arrêtés comme prêtres, comme nobles , comme gens du barreau : le prétexte était que ceux qui auraient été prêtres, nobles, ou fonctionnaires publics, devaient ge retirer des places maritimes, quoique des arrêtés des représentons du peuple , sur les lieux , eussent déclaré que Rouen n était point place maritime, ni en état de guerre; ce qui avait déterminé et autorisé légalement la résidence dun grand nombre de familles et de leur suite dans celte ville. Us prétendaient donc qu’aux termes de la loi , ils devaient être tous mis hors la loi; et, comme ils étaient beaucoup, on avait décidé de les laire fusiller. Déjà Héron semblait au besoin diriger sa troupe. L’agent national revint, et présenta la chose sous des rapports astucieux et perfides. On me demanda pourquoi le travail sur l'affût» de Rouen n’était pas terminé? Je le présentai alors avec toutes les observations. Je combattis le complot de Héron et de l’agent national; j'opposai l’existence des arrêtés des représentons du peuple sur la situation politique de ta place de Rouen, ainsi que la confiance publique due aux arrêtés des représentais qui avaient approuvé cette résidence. J’alléguai l’incapacité du comité de sûreté générale , et je fis valoir que , dans tous les cas , il fallait un décret. Mes observations furent saisies; je relevai les abominables surprises que l’on avait employées à Rouen, pour faire ces ar-

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résistions , et les supercheries dont on avaii usé pour les passe-ports. Le résultat de la délibération fut de déclarer l'incapacité du comité, et le renvoi à un rapport entre les comités de saluL public et de sûreté générale. CJest à ce retard, à ces entraves que j’opposai, que ces six cents victimes durent leur salut ; car, sans la question d incapacité, elles auraient péri.

Lest une erreur de croire que le comité de sûreté générale étaild’accord avec le comité de salut public. Ces deux comités étaient opposés l’un à 1 autre, et encore divisés entre eux; dans chaque comité il y avait trois partis. Les systèmes des diflérens partis s’amortissaient les uns par les autres, de même qu ils devenaient aussi plus outrés et plus violens les uns par les autres. C’est en décrivant cette rivalité, cette désunion, que je dévoilerai ces secrets qui dès long- temps préparaient les événemens du 9 thermidor dont Tallien ne fit qu’usurper 1 honneur. Dans le comité de salut public, Robespierre, Couthon, Saint— Just, formaient un parti ; Barrère, Billaud, Collot - d’Herhois , formaient l’autre ; Carnot , Prieur, Lindet , étaient le troisième parti. Dans le comité de sûreté générale , V'adier, Amar , Jagot , Louis (du Bas-Rhin), Vouland, étaient d’un parti ; D . , Lebas, for¬

maient l’autre; Moïse-Bayle, Lavicomlerie , Élie Lacoste, Dubarran, étaient le troisième parti, lis avaient chacun leur désignation : le parti Robes-

MÉMOIRES I3E SENAHT,

pierre se nommait les gens delà haute main ; Itr parti Billaud se désignait les gens révolutionnaires ; le parti Liudet s’appelait les gens d* exàmen* Le parti Vadier était sousic nom de gens d’ expédition^

celui de D était connu sous celui des écouteur

celui de Moise-Bayle était les gens de contre-poids. Çes désignations, assez singulières, leur étaient familières.

Le comité de sûreté générale était espionné par Héron, D**.., Lebas ; Robespierre savait, par eux, mot pour mot, tout ce qui se passait au comité. Cet espionnage donna lieu a des rapproche meus plus intimes entre Couthon, Saint-Just et Robespierre. Le caractère farouche et ambitieux de ce dernier, lui donna l'idée de rétablissement du bureau de police générale , qui, a peine conçu, fut aussi lût décrété. Alors la section de police, du comité de salut public, mettait en liberté ceux que le comité de sûreté générale faisait arrêter; et ceux que le comité de sûreté générale mettait en liberté, elle les faisait arrêter. Ainsi commencèrent à se manifester et les rivalités et les partis d'opposition. Vadier employait, pour espionner Robespierre , un intrigant connu : c’était Taschereau, qui , parune double perfidie, espionnait aussi le comité de sûreté générale* affectant de l’exactitude vis-à-vis de

Tun, comme vis-à-vis de l'autre, Mais ce Taschereau était plus attaché n Robespierre qu a Vadier; il trompait plus aisément ce dernier , et savait plus

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directement les secrets du comité. Il existait entre les comités de sûreté générale et de salut public une rivalité telle, quelle détruisit toute espérance d’un accord entre eux. II est certain que, du moine ut de 1 établissement du bureau de police générale, bobespierre a perdu l'influence dans les deux comités. Ce qui venait du comité de salut public n 'obtenait pas souvent le suffrage du comité de sûreté générale; et celui-ci taisait les connaissances qu’d avait, lorsqu’il s’agissait de quelqu’un poursuivi par le comité de salut public, surtout par le bureau de police générale , et principalement encore lorsqu’il s’agissait d’un représentant. Pour se faire une idée de cette vérité, il suffit de se rappeler que \ adier, dans sa défense imprimée, pages 8 ety, disait: «Que le comité avait tout faite»

>< faveur de lallien, Fouclié eL autres, pour dé- « tourner 1 effet des dénonciations portées contre )> eux , par la raison qu’ils étaient poursuivis par ii Robespierre. »

A cette preuve littérale, je vais joindre un autre (ait, qui, par ses conséquences, vous prouvera la vérité de mon assertion. Robespierre aLtaqua, à la Convention, Ta] lien , dans un discours qui renfer inail P^us 1ue des soupçons. Le lendemain je vis Moïse-Bayle , et je lui dis ; D’après les preuves (jue vous avez contre Tallien, vous laissez subsister une incertitude dont lui, Tallien, n’est pas dupe ; cependant aucun membre du comité desûreté gé-

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nérale n’a achevé de confondre cet impudenl conspirateur. Moïse - Bayle me répondît: TaÜtetl a commis tant de crimes, que de cinq cent nulle têtes il n’en conserverait pas une / ses vols , ses conspirations sont en si grand nombre , et les preuves eti sont si certaines , que Indien accuse autant dej ois qu’une de ses têtes renaîtrait, n’en conserverait aucune. Le comité a plus de pièces qu’il n'en faut, tu le sais , tu nous en as remis toi-même ; mais il suffit qu’il ait été attaqué par Robespierre , pour que nous ayons gardé le silence. Les circonstances exigent que , quels que soient les crimes de ceux qui paraissent montagnards , il nen soit pas poursuivi un : c’est un mur dont nous ne voulons pas arracher un moëlon , quelque SALPÊTRE qu'il fut , car à la moindre brèche le mur tomberait. Je regardai celte réponse, et ces comparaisons, comme l’eflel des projets du comité de sûreté générale, et de la crainte des peines dues aux forfaits de quelques-uns, dont j'avais une connaissance directe , et sur lesquels je vais donner des détails.

Alors ou ne regardait pas comme des crimes les arrêtés sanguinaires et liberticîdes; la cruauté était le système du jour que le gouvernement admettait et protégeait. Le comité desûreté générale ne faisait faire aucun travail sur ces crimes que Von appelait vertu ; mais il laissait encore impunis les délits de vols , et prétendait qu il eût été inconséquent de les poursuivre : c’eût été, selon lui, faire rétro-

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