CHAPITRE PREMIER
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dctrtlîrc Louis XVI, après avoir acheté le suffrage des uns, surpris celui des autres, je serai proclamé roi. En conséquence, il jura la perte de Louis XVI, et se proposait, au besoin, d’ employer le poison ouïe poignard.
il fallait à u Orléans des partisans et des complices. Dès-lors H se créa une faction , souvent attaquée, sauvent démembrée, mais encore existante, Il commençait a se populariser, il s’était attaché des hommes qui , par leur position et sous le manteau de la popularité , pouvaient le servir utilement, La portion du peuple des faubourgs de Paris , la plus crédule, la moins éclairée, ]a plus facile a tromper, et qui, par sa masse même, pouvait intimider les uns et entraîner les autres, lui fut préparée. Cependant les aumônes et les distributions qu il faisait répandre, a grand bruit, ne lui réussissaient pas encore et ne pouvaient contrebalancer l'opinion publique sur ses crimes.
Les vols , les friponneries , les vices les plus obscènes, ! immoralité la plus dégoûtante de d'Orléans, avaient tellement entretenu 1 horreur et le mépris dont il était couvert , qu'il lui était difficile de faire revenir l'opinion en sa faveur. Fit t le connaissait tel ; mais pour commettre des crimes, on ne peut employer que des scélérats; et comme il Jetait par goût et par habitude, il fut son principal agent. D'Orléans, ainsi dirigé par Piü, devait d abord se miner par les dépensés qu'il faisait;
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et, fondant son espoir sur les offres de PîU, il fui Bientôt réduit à lui obéir servilement.
San terre, le scélérat Santerre, n’avait pour qualités essentielles à l'exécution (le son projet , que la perfidie par laquelle, sous une fausse popularité, en induisant en erreur le peuple des faubourgs de Paris, il dirigeait tous les mouvemens à l’avantage de d’Orléans. Aussi Neckcr le prévoyait, et s’en ouvrit à moi, dans son cabinet, les premiers jours des états-généraux , lorsqu’il me manda pour venir lui expliquer un plan que je lui avais adressé, de ma retraite de l’Iîe-Bouchàvd , en Touraine, oit je demeurais, sur les moyens de favoriser l’agriculture elles arts, et de détruire les abus des parlerions. Alors nous conférions intimement sur l’origine et les effets de la révolution, pendant laquelle, parun contraste bien singulier, on promenait, dans les rues, les bustes couronnés de Necker et de d’Orléans, dont les vues et les positions étaient bien différentes ! J’eus bientôt occasion de m’apercevoir personnellement de l’intrigue de d’Orléans : je ne veux pas retracer ce que la notoriété publique a buriné, à son égard, sur les tables de la révolution , mais seulement quelques faits secrets.
J’avais, en novembre iySq, fait un voyage (lu côté de Rélhel-Mazarin au château de Guaincourt , auprès du bourg des Cordalles, avec la baronne des Cordalles, pour régler des affaires de famille.
CHÀMTHE K rj
Je me trouvai h quelques repas 5 à la suite de traites (1 a flaires^ avec le marquis de Couejj seigneur des Coi dalles j et un evêque que je cross être celui de La Rochelle ; je lus saisi d effroi lorsque j'eutcudis 1 evêque dire au marquis : *r D'Orléans* pour avoir eourotme, doit faire assassiner le roi ; s'il le n manque * il périra iiéanmoius^ il sera enipoi- » souné. Ce cocbou-là ne peut nous servir.» Dapies ce renseignement 3 je ne pouvais douter du projet île d Orléans, d’assassiner le roi et de monter sur le trône.
Un nommé l'abbé de Limon, frère du célèbre de Limon , secrétaire particulier de d Orléans, fut le médiateur d’un différend que j’eus, les derniers jours de janvier 1790 , avec un scélérat consommé, nommé Viriot, vicaire de l’hypocrite Poupart , curé de St.-^bustaebe, dont j’avais à me plaindre pour îles friponneries et des atrocités qu’il avait exercées h mon égard. jCel abbé de Limon était de Chalellerault où j avais des parens; sou nom était Oeoflroy. Je découvris, dans quelques-uns de ses propos, que d'Orléans prétendait h la couronne; je rejetai les offres qu'il me lit pour lui rendre compte de l’esprit public sur d’Orléans.
J avais, les premiers jours de janvier, épousé une filleule de Louis XVI el de la reine. J’allai , sui quelques malheurs, trouver la princesse de Cliimay, dame d’honneur de la reine, qui lui avait fait signer mon contrat de mariage; je la trouvai
MEMOIRES DE SEfliRT*
prévenue contre mol par Isabbé VirîoL Il avait interposé son crédit pour arrêter l'effet des poursuites que j avais commencées contre lui et scs complices au Châtelet de Paris* J'étais alors aussi patriote que je le suis maintenant , juste et non exalté ; j'étais enfin révolutionnaire par princi pes -
Je fus reconnu tel , et cela nda suffi pour être renneim de la cour. Il en résulta que je perdis îa restitution d'une somme de trente mille livres 3 et une épouse en qui je mettais toutes mes espérances de bonheur, La princesse demeurait alors au pavillon de Flore* aux Tuileries : pendant que je 1 attendais dans une pièce de scs .appartenions ? j’entendis une voix prononcer ces mots r te Si le n roi ? qut ne Lient son épée et sa couronne que n de Dieu , doit être puni pour abandonner ses >i ministres cl protéger les rebelles impies , une » main secrète doit pousser le poignard, el il vaut jî mieux que le duc d'Orléans soit 1 acteur que non n pas la reine; elle peut compter sur un degré n de puissance très-élevée; qu elle lui laisse supjî porterie poids de l'infamie., bientôt d'Orléans n portera le coup; l'horreur de cclàüentat relomn beru sur lui , et il perdra la couronne par le n moyen même qu’il emploie pour 1 usurper* Au >j nom de Dieu ? ma fille , disposez la reine , pré- » veuez-la de mon avis! « Jenlendis alors venir quelqu'un , et je m’éloignai de la porte ou j éeou-
CHAIUTIIE I.
Uus. Survint une jeune personne dans la pièce où jetais \ peu apres je vis sorti r un bénin prélat que je ne connaissais pas* Ges laits me parurent import, ans.
Trompa, comme d'autres, sur le compte de La Fayette (i), j allai lui confier cc que je présumais du proje L de d'Orléans ; il me répondit : « Oui , a le pria ce veut la couronne; mais il ne peut la n prendre que la main gantée comme un-bour- « l’eau, a 11 m olïriL de prendre quelques instructions , me promit des places; je les refusai. Je n’aimais pas le métier d’observateur, et je n'eus depuis aucune entrevue, aucunes relations m avec l'im ni avec l'autre. Je me retirai dans la ville de 1 [le-Bou< banl , mon domicile ordinaire, et je restai tranquille dans mes anciens foyers. Mes concitoyens m’appelèrent à des fonctions municipales que je ne quittai que lorsque, obligé par des revers de fortune à ne vivre que dn travail de mou cabinet 3 comme avocat , je me fixai a Tours , en 1 79 1 > la confiance me revêtit bientôt de nouvelles (onctions publiques : je fus nommé officier du la garde nationale, ensuite élu procureur de la commune. Ce fut alors que commencèrent mes travaux et mes découvertes dans la révolution,
CO 11 e8^ inutile de dire qun la modération de M. de La tayette était un crime aux yeux dn parLi montagnard qui fa proscrit.
MÉMOIRES UE SEtfART.
dont l'analyse simple est plus éloquente que le travail !e mieux soigné* le plus fleuri. Je vais vous présenter la vérité toute nuë; mais il faut du courage pour entendre le détail des crimes des complices de d’Orléans .
Je fus nommé président dune commission militaire et révolutionnaire à Tours : j etais alors correspondant des représenta ns du peuple a l'armée de TOuesl ; enfin je fus élu président du comité révolutionnaire départemental à Tours, et je devins commissaire correspondant du comité de sûreté générale. Quelques circonstances m’appelèrent auprès du comité a Pans, Je fus chargé de l'interrogatoire de San terre et de l’examen de ses papiers : c'est en cette quali té que je transmets le fait suivant-
Sau terre, complice de d'Orléans, désigné tel, fut convaincu par les aveux signés de sa main, ainsi que par les pièces matérielles trouvées chez lui, lors du procès-verbal dressé par moi, en exécution d'ordres du comité de sûreté générale, dans le mois de prairial an 11, a son domicile, 11 fut constaté qu'il était le distributeur des sommes données par Pilt et d'Orléans ; on iroù va des lettres anglaises avec des annonces d envoi de plusieurs millions, et des notes de divisions distributives à tant par personne. Le commerce de Santerre notait pas assez étendu pour aller jusqu’aux millions: cc qui établirait des doutes, s'il s'agissait d'un
CH4P1THE I. lt
antre, n’est pas un problème à son &ard. En réunissant les autres faits dont la comparaison détermine celte complicité, il est notoire que Santerre était Htomme de d’Orléans. Les mouvemens venaient du faubourg Saint-Antoine; et les preuves matérielles des envois de millions, et celles sur les notes et calculs de distributions, écrits et chiffrés par Santerre, ne laissent pas douter qu’il n’ait excité cl paye des soulevemens. Les pièces matérielles sont jointes au procès-verbal, cotées et paraphées de Santerre et (fs moi.
MÉMOIRES DK SENART.