‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 96 sur 190 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Renseïgnemens sur des vols considérables faits par la municipalité de Paris, — Poursuites de ces vols , lesquelles font découvrir les papiers impur tans d’ambassadeurs des puissances étrangères. — Infidélités des grands conspirateurs pour enfouir leurs secrets en trahissant la nation.

5k vous ai déjà entretenu des vols et infidélités * commis à la suite des massacres de septembre , (

mais j’ai oublié un fait essentiel qui montre évidemment le dessein prémédité de certains individus et leur complicité dans ces spoliations ; je vais rétablir cette omission.

Un des membres de la municipalité, parfaitement instruit du massacre, ennemi capital de Viguïer de Gurny , obtint qu'on l'arrêtât. On l'envoya chercher tout exprès auxarmée^, d'où il fut amené, sous l'escorte de douze hommes , et l’on fit accélérer la marche afin de le faire arriver pour les massacres. Une fois à Paris il fut incarcéré et les massacres eurent lieu. Son ennemi fut satisfait, l'infortuné Vignier de Ctmiy périt sans savoir ce qui avait donné lieu à son arrestation, 11 avait sur lui un porte-feuille contenant quatre mille livres j long- *

CHAFJTÜE XX*

temps la veuve Viguier de Guru y réclama , mais en vain , eetle somme : elle ne Ta obtenue qu’avec peine*

Viguier de Curuy avait aussi un grand portefeuille à fermoir contenant une somme de dix mille livres, lequel était dans la chambre de sa prison; la veuve Viguier de Curny en poursuivit la remise , fit reconnaître 1 existence du porte-feuille , ce qu'il contenait , et réclama sa propriété; maison nommé Carvagnac, intrigant/ cï-devant greffier de la chambre des bâtîmeus, lequel tétait introduit h la /municipalité, était commis à la surveillance des dépouilles des massacres. Qvrvagnac, chargé de cet objet, a tellement intrigué et mis des retards que la veuve Viguier de Curny n'a pu obtenir de lui le porte-feuille* Ces faits m'ont été transmis par un officier municipal delà commune, du 10 août, ainsi que les faits suivans*

On se rappelle que tous les meubles que Ton enleva du château de Chantilly furent amenés h Paris; que ces meubles étaient beaux, riches, et qu'il y en avait en quantité. La municipalité de Paris les fit mettre dans son dépôt; mais, par une inconcevable infidélité, les meubles furent cédés à des particuliers sans quil y ait eu , à cc sujet, de délibération , ni qu'il ait pu meme y en avoir.

Des recherches , ayant d’autres mol ifs, que la recherche de ces meubles, en firent reconnaître une grande quantité dans les hôtels garnis de l’Europe

MÉMOiHES DK SEflÀflT,

et de Provence a Paris , appartenant à un nommé Lefèvre .|CeS Lefèvre 11e pouvait setre procuré ces meubles que par des voies infidèles- Il existe sur ce fait une preuve non équivoque résultant des procès-verbaux du comité révolutionnaire , dont expéditions ont été remises au comité desûreté générale. Voilàdeux faits certains sur la mauvaise administration dans cette municipalité f et qui démontrent oommeut Ion y trahissait à la fois les intérêts généraux et particuliers.

Lorsque Rohan Chabot eut émigré , l'ambassadeur d'Espagne prétendit être son cessionnaire, son représentant ou même son héritier. Sur de certaines craintes, cet ambassadeur s’éloigna et f Se cacha à une distance d’environ douze à quinze lieues de Paris* Les scellés furent mis sur ses effets; ses cartons furent aussi scellés, surtout un qui contenait sa correspondance secrète. Des lettres lui arrivèrent, on les remit à un membre du comité de la section. Au lieu de les garder, ce dernier les lui faisait tenir ; première infidélité qui caractérise la conspiration.

Un patriote s^aperçut qu eu vendant les meubles ùü vendaiL les carions; il remarqua celui dont il s’agit, se récria contre cette vente , fit resserrer et clore de nouveau le carton , et informa le comité de celle inexactitude. Le comité de sûreté générale prit un arrêté qui l'autorisait h surveiller l’apport de ce carton, la conservation des papiers

ciiArmtE xx-

tant dans cet endroit que chez tous les autres exprinces et seigneurs étrangers et émigres. Certaines opérations furent convenues, et Àmar donna rendez-vous au patriote pour un jour indiqué : celuici se trouva au comité suivant l'indication; niais , 6 comble de perfidie , il y fut arreté! et sans doute les auteurs et instigateurs de son arrestation étaient complices de ces hommes coupables d'infidélité. Ce sont les réclamai ions au comité et les écrits de ce patriote qui m ont indiqué ce fait ; leur vérification m’en a convaincu, mais il n’en est pas moins, depuis dix-neuf mois, en étal d’arrestation , Cette oppression est une de celles que les anciens comités ont exercées et qui se continuent encore.

MEMOIRES DE SENAUT*

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