‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sûreté générale, ou, Mémoires (inédits) de Sénart, agent du gouvernement révolutionnaireChapitre 111 sur 117 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ques observations faites par un des spéculateurs politiques voyageant dans la France. Je regrette que ma mémoire ne me rappelle pas le contenu de différentes notes et adresses ; mais tout cela était confus 9 diffus y vague ^ et ne présentait que des ambiguïtés qui fureot pour moi de véritables énigmes. Je vais vous transmettre ce que l'importance des faits a laissé gravé dans mon souvenir , et que je ne dois pas omettre.

La première pièce était sans date; l'écriture était, difficile à lire; mais, d'après le contenu , il me parait qu'elle avait pour époque les premiers jours qui ont suivi la mort de Capet; elle contenait ces lignes :

« Monsieur,

» Votre prédécesseur a laissé échapper des occasions favorables pour la conservation du roi de France et l'exécution des articles convenus. Son indiscrétion a failli bouleverser ou faire connaître nos projets : il ne savait pas distribuer à propos l'argent aux émissaires dans Finlérieur; quelquefois il en versait indiscrètement, il ne savait pas se ployer et se roidir, suivant les circonstances : ne tombez pas dans les mêmes fautes. Le roi de France est mort, peu nous imporle; nous n'avons dessein que de rétrécir la France sur des cercles convenus, la détruire, la bouleverser de manière à ce qu'elle ne soit pas un ba-

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lancier imposant dans 1 équilibre politique ^ et la réduire dans l'intérieur à cet état de détresse qui la fasfe dépendre des puissances voisines. Que la France soit comme une place assiégée ^ pnyëe de tout secours quelconque; que le numéraire soit accaparé 9 exporté > sans y rentrer; que les divisions intérieures la réduisent » et que les forces combinées s'en emparent ,' lorsqu'elles Seront ap* pelées de l'intérieur de la Francce; de quelque manièrq qu'elle soit désolée , nous vous approuverons : tout est bon y l'intrigue, l'agioiage y l'émission des faux assignats, les décbiremeiis, le discrédit , les excès et horreurs, tout ce qui pourra dégoûter de la révolution et la faire détester : il faut élever différens partis, les diriger tous, et connaître surtout l'intention de ceux qui ne seraient pas du parti, faire préférer le gouvernement monarchique, organiser l'anarchie , stimuler les passions des diflerens acteurs, laisser exister des, partis d opposition , en susciter s'il n'y en a pas, choquer les opinions religieuses et les faire soutenir, allumer des discordes, les alimenter, s'associer peu d'agens principaux, afin qu'ils ne se connaissent pas entre eux , profiter de tovs les enthousiasmes pour creuser des abi- ,mes, réduire et traiter la France comme une -prison assiégée et dans laquelle les honunes affamés se portent à tous les excès; où les gens au désespoir se livrent à la rage; où les uns soient

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