SÉNART ET SES MÉMOIRES
Le manuscrit de Senart> déjà connu de quelques personnes , et cite' même comme une autorité, passait néanmoins depuis long-temps pour être perdu, parce que l'on ne s'était point senti jusqu'à présent le courage de le publier» Mais , de quelques forfaits que nous) entretienne son livre , il ne s'ensuit pas pour cela qu'on le dût anéantir : la vérité est toujours bonne , toujours utile a dire aux nations , et particu-r lièrement en un temps où l'on ne sait pluss'indigner de rien- J'estime peu cfô sybarites politiques qui, de crainte de troubler leur repos, ne veulent pas même qu'on leur fasse éprouver pour le crime une trop vive horreur. Il faut connaître les grandes crises sociale^ , les grandejs
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scènes de désordre y afin d'apprécier mieux le bon ordre et la paix public{ue; afin surtout de prévenir de nouvelles cruautés qui ne paraissent jamais si odieuses qu'après que le sang des victinaes est refroidi. La publication inattendue de ces Mémoires a d'ailleurs ce grand but moral, qu'elle eflfraiera peut-être et pourra retenir encore ceux qui, se flattant de dérober à la postérké leurs noirs attentats, s'eahardissentà toutes les violences dans l'ejcercice dja pouvoir. Les faits passent dans des ^lénïoires ; les Mémoires, à leur tour, deviennent d^ Phistoîre , et les noms se lient au?L cri^e^ pour ne s^effacer pkis.
Il se rencontrera jtoujours ^eique grand complice qui , moins audacieux peut-*etre , ou plus accessible aux renaords , vo»dM se fsiire , ^ar la suite, tm mérite de ses probes névéklions, et divulguera à la face de la ce^^re lesj grands mystères d'iniquité. Ces hoûofiçes voe, sont pas rares dans le$ révolutions, 'surtout i ceux qui font là con^ssion des autres pour!
obtenir du vainqueur bonne composition. Tel
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ne fitt gas^ saùs doMç, h motif qui detera&iu^ Sénart , il y a près de trente ms , h eerir^ ses Mémoires ; mais on y recopnaîj pljitot Tindis* pensable nécessité d'accuser d^ grande co}}pftbles qui depuis long-temps ck^^cçbaient g le pppdre liii-B^me : pt, comme tons^cenX qoi^urr vécixrcpt ai^ parti de la montagne > il cr^t j^ poujr se yi^pËàr, devoir emprunter leUog9g€ des girondins^ et rattacher ses principo^ aux le[Hr$. De deux parti^ vaincus il valait miçux adopter oeli^i.qui était tombé ayec gloire. Ce n'estdonc pas §veçle zèle auaeT 4'wn favori de l'ancienne cam- qp'il représenté les indignes ma^oeuvr^es et Jes attentats des ppétendus apptreç; de la Sibérie, m«iis c'eat ^v«c tpsyte l'énergie d'unç ame républicaine , laçse çjajfin dç tant de 4^cf^tiohs. ,
Senart émt secrétaîre-rédacteup çlu cppÂié de sùrêté générale. H 4 ouvert tôv!§ Içs çgrtqns et tpun d*»s §es lïjjiinB î^s pièces originales, ^ a assisté m^ délibérations , jl a connu le nœ^d des intrigues^ il a recnjçilli des parpleç mystérieuses échappées de la bouche même des ppn-
IV WOTICK
învés, et partout il sème ses récits de portraits frappans de vëritë, d'anecdotes curieuses^ souvent tragiques et épouvantables. C'est une suite non interrompue de forfaits^ c'est le spectacle terrible d'une irruption d'assassins au pouvoir. Toutefois on ne peut se défendre d'un juste étonnement en voyant , si près de l'aurore de la liberté , l'horizon se chaîner d^ crimes. Notre révolution est environnée de ténèbres , et les secrets mêmes que révèle Senart nous font pressentir qu'il en est de plus grands encore qui demeurent inconnus. Quels étaient donc ces agens subalternes qui se baignaient dans le sang le plus pur de la république, qui , dans les condamnations à mort, surprenaient la signature des plus impitoyables , et étonnaient le comité même de salut public ? Le parti qui poussait aux extrémités la révolution et l'empêchait de fonder, était dirigé par une main cachée que le temps, jusqu'ici , n'a pu faire connaître. Les massacres de Versailles, les massacres du 2 septembre à Paris , ainsi que les premiers soulèvemeiis
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de la Vendée ^ appartiennent à des combinaisons secrètes dont Fobjet sans doute fut de ternir les plus nobles efforts qu'ait jamais fait un peuple vers la liberté. On est, hélas! parv^QU à éteindre dans des flots de sang le feu des plus belles âmes, et Pinstrument du supplice, tombant et retombant sans cesse, a^ mis dans la stupeur une nation entière. L'esprit s'égare au milieu de ce déluge de crimes, on cherche en vain une espérance , on n'aperçoit que du sang et des cadavres à toutes les avenues du pouvoir ! ce n'est plus le flambeau de l'histoire qui nous éclaire, c'est la torche des Ëuménides.
U n'y a eu , depuis le commencement de la révolution, qu'un seul plan bien suivi, celui de faire rentrer les hommes dans la servitude par la terreur jet toutes les idées de liberté se sont évanouies devant la statue sanglante qui la représentait. On se convaincra, par les Mémoires de Sénart, que le despotisme militaire de Bonaparte n'a été que l'exécution même d'un ancien complot formé d'abord pour éle*
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ver k la dictature ou Danton ou Robespierre.
Il devait y avoir uri ^êriéraUsdmêy des conèûh , nn grahd-Jii^ , des commissiohs mi-- Ktairës; k jpem-etrè au botit de tout cela rémpire; avec utié conspiration de plus. Nous ne pouvions échappera Pépcfedu Soldat : c'est toujours Paudade ei non la vertu qui recualle le irhit du sang; Cette Gironde fameuse a përi par la màiu dek montagnards; une autre faction a fait justice de Robespierre et de ses jacbbinSr pour faire place ensuite à Bonaparte , devint ^ui totit a dîspard. On apprend à con-ï nkitte àiet Sënart lés rivalités de ces factions diverses ; on pénètre pouç ainsi dire avec lui tbtiteà les intrigues, et Ton peut dès^lors pvétèir lé dënorôirieût îftirieste du long dfaiùe de là i-ëvoititiori. Sëflatt établit des preuves de libthflicitë dàtis des crîfflè^ qui jusqu'alors kvaièift ^aftî isoles, et âèè preuves certaines âè cdÊfi^ot là oiî Ton dllëgiidîl encore de souâàiûèé i-ëvolt^ dd peuplé. En général, il à vu de pi-ès, et l'humànitë ne s'en applaudira point.
SUR SENART £T SES MEMOIRES. VÎj
Unhô^ïdaië qtiî côïinai^ait si bien touteaies miàùcëîi^ieè et lés sé<*ets d^s$eiis àa parti de !â f^vbliftfeft, a dû i>tas d- tiûe fois dteiKef les Èchdpçùùg àe ses ôïaittèS ; de-tk vièat aussi fo'ii a été y pteiiftié Saris rèUàte , poursuivi plar le p'ôî^aaftl ëtlëpitisùh. Le èomitë de s?àtété gé- Biërflflg, qaî Pftiiplojrait hâbituêllettieât aux iû* téit bgs/toîréS et à fà té'daiction de Sèé rappo*tSj hè le pwddît ^ère de vttè : il occtipait daiïs Pèfac^irité déS Tùiléîirièà, tWappartéirieat voiiiû dëi cdniîtës, d^bù il ne pOtiVaît èortîr Sains ètté ÀHCômpàgné d'uct gendatîàe. AcCùsé dii vîvaàt de Robespierre, àcctiéé aptes sa œôpt i pai* Tâlliên et Lecoîntt-é, il hé put échapper ; ati Sbrt cbîûdmùn des jàcôbîfiS , sur les^téiâ lè^ parti dés feordëlietè avait détourné la tetigéâiicè pùbliqde , et fût enfermé au Plessîs comme terroriétè. Héurèiix encore dans sa disgrâce ^ue tés cordélîèrs de Danton, plus détéslâblès mille fois que Ropespierrè luîmèine , né ï'aîeni paS fait périr avec les autres montagnards, dans cette réaction dHm jour 011 Ton voulut dérober jusqu'aux moindres
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traces des crimes de la faction thermidorienne !
C'est dans la prison même du Plessis qu'il a e'crit ses Mémoires^ également indigne de la servitude odieuse où Payaient retenu les chefs jacobins^ et de l'espèce de victoire que remportaient en ce moment les dantonistés. U ne faut que jeter, avec Sënart, mi coup-d'œil rapide sur toutes les infamies d'un Tallien et d'un Vadier, d'Amar, de Vouland, de Louis du Bas-Rhin , qui opérèrent ensemble la révolution du 9 thermidor, pour s'assurer que Robespierre était déjà plus que remplacé.
Ainsi finit la lutte cruelle et sanglante qui s'était d'abord engagée pour des principes, par le déplorable triomphe de la horde révolutionnaire des assassins et des voleurs, auxquels devaient naturellement succéder les gens d'armes et les ravisseurs de couronnes.
On a fait disparaître de cet ouvrage quelques incorrections choquantes,^ des expressions basses et quelquefois obscènes; on a aussi éclairci le sens de l'auteur dans plusieurs endroits où la prjécipiiation de son travail le
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rendait presque inintelligible* Mais aucun de ces changemens^ qui ne portent en gênerai que sur des mots^ n'a fait perdre aux Mémoires de Sënart leur couleur originale : c'est toujours Sénart; et, s'il vivait encore, peutêtre ne s'apercevrait- il pas lui-même des taches que l'on a enlevées. On s'est bien garde surtout d'altérer son style , ce style révolutionnaire qui ne fait pas moins époque dans nos mœurs que dans notre littérature. En eflfet, les com- ^ positions de ces temps funestes respirent toutes une fièvre d'opinions et un mélange de furjeur et d'eflBroi^ dont nous sonmies encore saisis. 11 est aisé de voir qu'on écrivait alors sous l'inspiration d'une pensée ardente, en présence de toutes les passions soulevées, à la vue des échafauds, et , pour ainsi dire, les pieds dans le sang. Les anciens termes de notre langue ne sujBSisent plus à de si grands attentats ; il faut qu'on invente ces noms terribles de massacreurs et A^égorgeurs , tandis que les mots Uberticide eipopulicide viennent se placer d'eux-mêmes dans la bouche des fougueux ora-
X NOTICE SUR SëNART KT SES MÉMOIRES.
teufs de' la tonventiôitt. Enfin tiù idionfiie nonveâti âe fôrfne dans les Comités fëvoiàtionnaires^ <jui Séal âttèsteraiit la férocité' des juges. S*âgît-il d'ètÈvoy W fles victimes à Féchafaùd ? Brryyons du tâiigèj dît cekri-cî; aiii, reprend tin autre , célebrùm la rhe^se rtmge : qu^on le Mèrie àu -Daêistas , sMcïrie un iroûsième^ en faisant âîUaâioti au fatal cdllier de la guillotine. Il «'est pâîs jûsqtï'à la prison mènïef, et jusqu'à séà tortiires, qui rï'éièîtent d'odieuses plaisanteries ! Tout supplice alors était marotte Hti cachet d'un affreux bon mot. Mais c'est dans le livre même de Sénart qu'il faut cherfchsr ces joies cruelles et les effrayantes pèiùtuf es d'iïfle îVf«^se de sang.