‹ Reves d'amour comedie en trois actes et en proseChapitre 35 sur 92 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ELISE et JEANNE, en toilettes de campagne, entrant par le fond.

JEANNE

Ah ! le beau -dimanche !... la belle matinée... cette maisonnette est si riante au soleil.

ÉLISE, d’un air ennuyé.

Oui, mais à l’intérieur, elle est si incommode et si petite...

JEANNE

'Pourvu qu’on ait de quoi loger ses amis! Et ce parfum de la campagne qui m’enivre... ce jardin étincelant de verdure et de fleurs...

ÉLISE

Un jardin de curé.. -il est affreux !

JEANNE

Bah! tous les jardins sont beaux au mois de mai I Et je te dirais bien, sous le sceau du secret, une nouvelle preuve de la tendresse de ton mari.

ELISE

Mon Dieu... je n’en doute pas...

JEANNE

Il veut vendre cette maison de campagne pour t’en donner une charmante ; mais, fùt-ce une habitation pvincière, elle te paraîtrait disgracieuse et importune... en ce moment...

ÉLISE

Quelle idée !

JEANNE

En vain les lilas fleurissent pour toi, en vain les petits ni-

ACTli II, SCÈNK 1.

seaux le saluent de leurs plus jolies chansons, tu ne vois rien, tu n’entends rien... Une seule idée te préoccupe, et le plus grand malheur de ces idées-là, c’est qu’elles désenchantent de tout, c’est que nous faisant rêver des bonheurs chimériques, elles nous rendent insensibles à tous les biens réels que nous possédons.

ÉLISE, tristement.

C’est vrai 1

JEANNE

Mais bientôt, je l’espère, les nuages sombres se dissiperont; le temps redeviendra clair, tu t’apercevras alors que tu possèdes jeunesse, beauté, fortune, un bon mari, un fils charmant!... La campagne redeviendra belle, le soleil riant, les lilas délicieux... et tu te trouveras enfin ce que tu es réellement, la plus heureuse des femmes!

ÉLISE

C’est possible... mais d’ici là... je souffre.

JEANNE

Parce que tu te complais dans ta souffrance!... parce que ton seul plaisir est d’y rêver. Ne rêve pas ! agis ! C’est par l’action, le mouvement, l'activité qu’on chasse les mauvais rêves-! Les trois quarts d’heure que tu viens de passer à soupirer je les„ai employés à inspecter la basse-cour, la laiterie, la maison du haut en bas... J’ai donné mes ordres à tout le monde et le fouet à mon petit neveu qui n’était pas sage... ça occupe ! Maintenant, viens avec moi, sortons 1 visitons l’école du village, nos jeunes orphelines... et surtout la salle d’asile fondée par ton mari... il y a là des familles qui le bénissent... eela te parlera de lui.

ÉLIS E

Oui... demain... pas aujourd’hui.

Allons, tu es une malade dont j’ai compassion et qu’il faut ménager... J'irai seule, mais demain, pas de grâce... et aujourd’hui, à la campagne, tu as du monde à dîner... cela te regarde... arrange-toi... je n’entends m’en mêler en rien... j’ai

congé... c’est dimanche ! (Elle fait quelques pas pour sortir.)

ÉLISE

Écoute-moi donc... il y a un autre tourment dont je ne t’ai pas parlé... toute la soirée d’hier, toute la matinée d’aujourd’hui, mon mari m’a paru préoccupé.

KÈVES D’AMOUR.

Il se peut que tes rêveries.», lui donnent aussi à rever... et lui fasse concevoir des idées qu’il n’aurait pas sans cela... c’cst à toi d’y prendre garde.

ÉLISE

Oui... j’y veillerai !

JEANNE

Ou plutôt... il ne songe à rien!... et toi, c’cst là un commencement de punition, tu lui supposes les soupçons qu’il devrait avoir... éloigne ces vaincs terreurs qui en feraient naître de réelles, c’est en toi qu'il faut avoir de la confiance, et celle de ton mari ne te manquera jamais... Adieu, petite sœur. (Elle sort

par le fond.)

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