ACTE If, SCÈNE II
DALI DON
Le déjeuner de famille! la galette du dimanche...
EUR YALE, riaut.
Usage antique et solennel...
DALIBON.
Que je tiens de mon pcre, le fermier, en signe de réjouissance et de fête... et puis la galette, quand elle ne donne pas d’indigestion, ne donne que de bonnes pensées. Chez mon père, 0:1 réservait toujours la part du bon Dieu! la part du pauvre... pour nous rappeler à tous qu’il faut, au sein du bien-être, penser à ceux qui n’en ont pas... voilà pour la morale!., et tu as eu tort, cousin, de n’étre pas venu en prendre ta part... mais . tu avais des affaires.
EUR Y ALE, souriant.
Dont je ne me suis pas trop mal tiré... je m’en vante 1
DALIBON, riant.
En vérité?..
EÜIIYAL.E, bas, à Dalibon,
La corbeille partira de Paris par le convoi de quatre heures... c’est convenu... et sera à cinq heures à la gare de Lagny, où j’irai la prendre moi-môme avant dîner et je l’apporterai ici comme bagage à moi... c’est adroit.
DALIBON, de même.
. Tais-toi donc... elle nous regarde!
EU R Y AL te retournant vers Élise.
Avez-vous pensé, cousine, à mes lettres de recommandation pour Brest?
ÉLIS E
Je les ai écrites ce matin.
EURYALE
Vous me les donnerez?
ÉLISE
Ce soir, quand vous voudrez!
DALIBON, gaiemeuf.
Tou wagon, cousin, était-il bien composé?
EURYALE
Dans le chemin de l’Est... .toujours 1 D’abord de jolies dames!.. une jeune veuve qui allait se remarier à Nancy; deux riches manufacturiers de La Ferté-sous-Jouarrc et d’Epernny, qui fabriquent, l’un des meules, et l’autre du vin de Champagne... et je savais tout cela dès la première station... parce ■ qu’en wagon ou cause, on parle de ses affaires, chacun ra 1
RÊVES D’AMOUR
conte sa biographie... et au moment où je disais que je me rendais il Lagny, chez M. Dalibon, négociant... Un jeune homme qui était dans un coin et qui n’avait pas encore prononcé une syllabe, un jeune homme, froid et grave... un officier de marine... il en porlait l’uniforme!.. La marine!., ça me convenait, c’était dans mon genre! Ce jeune homme s’écrie... c’està-dire non. . il ne s’écrie pas... mais il fait un geste que je traduirai pac ce mol : Ah! ou par celui-ci : Oh! geste de surprise... ou d’admiration, je ne le dirai pas au juste, car, sans nous donner l'explication que nous attendions naturellement, il rentra dans le silence qu’il avait gardé jusque-là! Ce n’est rien encore!.. Comme je descendais du Convoi à Lagny... je le vois descendre aussi, c’était dans les hasards possibles; mais je prends la Grande-Rue, il la prend aussi; j’arrive au n° 9, il y arrive aussi, derrière moi ; je m’arrête pour sonner, il s’arrête; et au moment où maître Jacob, ton concierge, m’ouvrait... je vois toujours le même jeune homme, debout, immobile, en contemplation devant la façade de ta maison... qui est un beau morceau d’architecture sans doute, mais qui n’a pas d’ordinaire le privilège de pétrifier les étrangers ! Voilà mon anecdote I
DALIBON.
Qui est fort jolie ! Maintenant, dis-moi?..