SCÈNE XI
ÉLISE, soute.
Elle croit que c’est aisé!... Dire à quelqu’un qui vous aime... et qui a tout bravé pour se rapprocher de vous, lui dire en face... avec dureté., avec cruauté : Allez-vous-en! Je ne le pourrai jamais... cl s’il est malheureux, désespéré... s’il se jette à mes genoux... s’il pleure... Ah! il ne partira pas... il n stera, et ce sera fait de moi ! Non, je ne le verrai pas; il faut qu’il parte! Le plus sûr, le plus prudent... est de lui écrire... v|e me confier à lui... C’es( un l|ormè(e homme, après tout ; uq
58 RÊVES D’AMOUR. '
galant homme! Et puis, en écrivant... on ne dit que ce que l’on veut... et pas plus... cc n’est pas comme s’il était là... (s* mellant devant la table, cl écrivant.) Ces deux mots Suffiront... JC crois! Non, ce n’est pas cela... c’est trop! (eu* froisse le billet, le met dan» sa poche, et en recommence un autre.) Celui-ci est mieux... Non... ce n’est pas assez... (Elle le met encore dans sa poche, et en recommence un troisième.) 11 faut se hâter, cependant... car, si l’on venait... si l’on me voyait écrire... si l’ot» me demandait à qui? (s'arrêtant.) Ah! j’ai cru entendre les pas de mon mari... (cachant vivement la lettre dans un buvard, puis, se levant, et regardant autour d’elle.) Non... personne! (Portant la main à son cœur.) Ail! qtlC Cela fait mal... il n'y a pas moyen de vivre ainsi... cela doit abréger
1 existence. . (Écrivant, debout, devant la table, et en regardant autour dviie.) « Partez, Monsieur! » (s’arrêtant.) Je tremble comme la feuille... et il ne pourra jamais lire, (écrivant.) « Partez, de grâce... si vous m’aimez... si, comme je le crois, vous êtes digne... de... de... (cherchant un mot.) mon estime... » C’est bien sec! et de... de la tendresse.... non... de l'affection... c’est mieux!... «de l’affection qu’on vous a conservée... » (vivement.) Ab! ce mot-là est de trop! mais, c’esl écrit... on ne peut pas faire de rature... ni recommencer... (Tombant dans un fauteuil.) Je n’en aurais pas la force ! Maintenant, comment lui faire parvenir cette lettre ? La lui donner moi-mètne, de la main à la main?.. Oh! non, non, je n’oserais pas... Si l’on me voyait.. Et puis, je suis si maladroite, que je ferais quelque gaucherie, c’esl sur! Prier Jeanne de s’en charger!... Elle est si rigide... je n’oserais même pas le lui proposer. (Apercevant Gervaise, qui apporle de* fleurs, qu’elle met dans une jardinière à droite.) Ah ! Gervaisel qui m’est si dévouée, et sur qui je puis compter. . (pliant vivement sa lettre, et la cachetant.) UllC lettre à porter, CC 11 est ricil!
(Appelant.) Gervaisc 1