SCÈNE III
JEANNE, DALIBON.
DALIBON.
Pauvre jeune homme!... il me touche, moi, et je ne concevrais pas qu’on eût le cœur de ne pas l’accueillir. (Haut.) Eh bien, ma sœur Jeanne... qu’est-ce que nous disons... (voyant quelle garde le silence.) Tu te tais ? (a part.) C’est bon signe. (Haut.) Tu vois bien que de près... un prétendu n’est pas aussi terrible, que tu te l’imaginais! Voyons, sœur, à moi, ton meilleur ami, parle-moi franchement... »
JEANNE
Tu m’as demandé de le voir... de le recevoir...
DALIBON.
Eh bien?
JEANNE
Eh bien I il est venu ! on l’a vu 1
DALIBON, se frottant les mains en riant.
El comme César, il a vaincu...
JEANNE
Non!
DALIBON.
Comment, non!... mais toutes les dames que nous avions à dîner le trouvent charmant... et je suis de leur avis.
JEANNE
C’est possible... mais ce n’est pas le mien.
DALIBON.
Un jeune homme qui t’aime... qui t’adore... et il est parbleu bien bon, car tu n’es pas aimable tous les jours. Pendant vingt ans, je t’ai crue raisonnable, et je m’aperçois aujourd’hui que tu n’a3 pas le sens commun, que tu es capricieuse... que tu es
fantasque et obstinée... et, malgré tout, il te prend pour femme 1 Pauvre jeune homme !..
1 K A N N E , froidement.
Cela prouve, mon frère, que la sympathie, ou l’antipathie, ne s'expliquent pas... et qu’enfin... ce n’est pas ma faute si je lui plais... pas plus la sienne... s’il ne me plait pas.
DAL1BON, irrité.
Ah! voilà un raisonnement...
JEANN E.
Auquel tu n’as rien à répondre. Vous m’avez dit, toi et ta femme : Consens à le recevoir, et, après cela, s’il ne te convient pas, nous le congédierons... je le jure! vous l’avez dit... j’ai votre parole et je la réclame !
DALI BON, cherchant à modérer sa colère.
Tiens! Jeanne... ce que tu fais là... renvoyer de ma maison un ami, et le faire renvoyer par moi... c’est une trahison... c’est un abus de confiance.
JEANNE, froidement. .
J’ai votre parole.
DALI BON, hors de lui.
Eli bien! je la tiendrai, puisque tu m’y forces... mais je ne veux plus te voir ni le parler... je ne te pardonnerai jamais!... jamais! non, de manquer à l’amitié, tu n’y tiens pas... mais de me forcer, moi, à trahir la mienne! (il sort.)