ACtE III, SCÈNE XVI
JEANNE
Des absences?
MELFORT
Tenez, au moment de partir, je lui avais écrit, avec le consentement et sous les yeux de son mari... une lettre.
JEANNE
Quoi, Monsieur, cette lettre de tout à l'heure... remise par Gervaise...
MELFORT
Vous l'avez lue?.. Vous avez pu juger si elle était convenable... En tous cas... c’était une lettre intime... personnelle... un secret.de famille confié à elle seule... Eh bien! cette lettre qu’elle aurait du serrer... Savez-vous où je l’ai retrouvée?
J EANN E, à part.
Ah! mon Dieu !..
MELFORT
Au chemin de fer, dans une brochure posée par son mari sur le canapé du salon d’attente.
JEANNE
O ciel !
MELFORT
Je l’ai reprise... sans que monsieur Dalibon s’en aperçût... car lui, qui est un homme d’ordre... se serait fâché...
JEANNE, vivement.
Et cette lettre... vous l’avez encore?..
MELFORT
Parbleu ! elle est sur moi... et je la garde.
JEANNE, d’un air aimable.
Voulez-vous, s’il vous plaît, me la confier?.. Je tiens à la relire!
MELFORT, vivement, ta lui donnât.
Ah! tenez, Mademoiselle, tenez!
JEANNE, prenant la lettre et la regardant, à part.
Oui, c’i’St bien la même! (La lisant à haute vois en tournant le dos à Melfurt, c’est-à-dire en se tournant vers la porte à gauche.) « Je pars,
Madame, je quitte cette maison pour jamais peut-être! mais il dépend de vous que tout espoir ne me soit pas enlevé. Si l’amour le plus vrai, le plus tendre, peut vous inspirer quelque intérêt... daignez plaider ma cause auprès de votre sœur. Diteslui que depuis trois ans, je l’aime, que depuis trois ans elle a été le but constant de mes pensées, de mes efforts et de tous
mes travaux l Et cependant elle me repousse, elle me défend de l’aimer... ditcs-lui, Madame, que c’est le seul ordre d’elle auquel je ne puisse obéir... » (Jeanne s’arrête.)
MELFORT
O ciel! elle est émue!
JEANNE, continuant.
« Si, grâce à vous, ma cause peut l’emporter un jour!., si éloigne que soit ce jour! à quelque époque qu’il arrive... il me trouvera libre... toujours libre. Quand on a espéré Jeanne pour compagne. ..on ne peut plus en épouser... ni en aimer d'autre!..»
(A part, et le regardant.) Pauvre jeune hotlimcl (Haut, et d’un ton gracieux, qui cache ion émotion.) Monsieur, quand j’ai eu des torts .. je les reconnais et je les répare... autant qu’il m’est possible .. Je vous dirai donc... Silence, c’est ma sœur!
ME.LFORT, à demi voix.
El qui arrive» exprès au lion moment! Comment voulez-vous que je ne déteste pas une femme pareille!.,, (il «‘éloigne et vm'bs.
seoir près de la laide à droite.)