‹ Rêves et penséesChapitre 51 sur 78 · PERSPECTIVE D'AMOUR · texte numérisé non relu

PERSPECTIVE D'AMOUR

L'amour s'endort dans l'habitude, Il redoute un cercle fermé Et se sent pris de lassitude Pour ce qu'il a le mieux aimé.

Il lui faut l'espace du rêve, Le prix qui n'est pas obtenu, Le renouvellement sans trêve Dans sa course vers l'inconnu.

Les Sentiments 131

Si jamais mon amour s'énerve, Si je le sens languir en moi, Je lui ménage une réserve Pleine d'inépuisable émoi.

Car mon cœur sait voir l'invisible :

Par delà les choses qui sont Pressentant la chose possible, Il aime d'un amour sans fond.

Par delà tes vertus présentes Il devine les qualités, Dont les circonstances puissantes Pourraient enrichir tes bontés.

Comme un vif foyer d'étincelles Habite au sein d'un caillou noir, Je crois qu'en ton cœur tu recèles Plus de forces qu'on n'en peut voir.

Toi qui files la blanche laine Et ne quittes pas la maison, Qui sait, victime de la haine, Combien grandirait ta raison ?

Qui sait jusqu'où le vent d'orage, Soufflant sur le feu de ton cœur, Ferait s'élancer ton courage Qu'emprisonne le sort vainqueur?

Qui sait si parmi la ruine De notre bonheur précieux, Tu ne serais pas l'héroïne Dont le geste touche les cieux?

Que la promesse s'accomplisse Ou demeure en toi sans effet, A mes yeux tu n'es pas complice Du destin toujours imparfait.

Je te vois telle que les choses Tout à coup peuvent te montrer, Je vois tes puissances décloses D'un amour nouveau m'enivrer.

J'adore déjà, simple femme, Les grands actes encor dormants Qui pourraient jaillir de ton âme Sous le choc des événements.

Les Sentiments

Il me suffit qu'ils puissent naître :

S'ils restent soumis au hasard, Ils appartiennent à ton être Pour mon prophétique regard.

N'aspire-t-on pas dans les germes Sous la neige encore hésitants, Pareils aux dons que tu renfermes, Les parfums rêvés du printemps?

Et peut-être un plus doux prestige, Un plus mystérieux désir Colore sur leur sombre tige Les fleurs qu'on ne doit pas saisir.

Ainsi l'objet pur de mon culte, Que le réel n'a pas terni, Se revêt d'une grâce occulte Dans mon espoir indéfini.

Et dans cet horizon immense Où vit mon amour idéal, Quand il se fane, il recommence Le songe heureux de floréal.

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