AUX POÈTES CONTEMPORAINS
Poètes, la pensée est comme un bloc de prose Où, visible à nous seuls, se cache l'idéal : Il faut l'en dégager! moi je tremble, je n'ose, J'ai peur en frappant fort de lui faire du mal.
Pour la montrer à tous, la fîére apothéose, Il faut briser la gangue et le marbre natal Jusqu'au linéament où sa beauté repose, Sans la blesser jamais d'un ciseau trop brutal.
Nous la blessons toujours; chaque fois une larme Pleure en nos yeux déçus le doux et premier charme, Ame absente à présent du corps défiguré.
Puisque toujours, pour rendre aux hommes l'heure brève, Il nous en coûte à nous la pureté d'un rêve, Pouvons-nous d'eux au moins attendre un peu de gré ?
Les Pensées 153