‹ Rêves et penséesChapitre 63 sur 78 · LE PORTRAIT · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT

En offrant mon portrait, je donne un étranger Qui ne m'occupe point, que je ne connais guère, Que je vois par hasard dans un reflet de verre, Et qui, sans altérer mon être, peut changer.

Si vous l'appelez moi, c'est un nom mensonger, Car avec le vrai moi souvent il est en guerre; C'est un masque d'emprunt qu'on met pour le vulgaire, Non le fonds qu'avec vous je voudrais partager.

Et je souffre de voir que vous croyez connaître, Par les traits sous lesquels le hasard m'a fait naître, Votre ami qui les prend à peine pour les siens.

S'il vous plaisait un jour, par mes aveux guidée,

De pénétrer mon âme en ses plis anciens,

Nous aurions tous les deux de moi la même idée.

Les Pensées 159

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