ACTE PREMIER
Rousseau. Elle a été très malheureuse, et elle a beaucoup d'imagination.
MADAME II E ne EAU.
Oh ! comme vous voudrez. Je ne juge personne. Mais, à propos d'académie, vous pouvez me rendre un grand service. Avez-vous un académicien à me céder pour mon salon?
MADAME DE VOVES.
Vous n'en avez pas encore assez?
MADAME UERBEAU.
Oui, oui; moquez-vous de moi, cela m'est égal. Quand on est seules comme nous (encore vous, vous avez un fils), il faut bien s'occuper. Vous, qui êtes une sainte, vous avez la dévotion, — et les bonnes œuvres. Moi, j'ai trouvé cela, d'avoir un salon d'hommes célèbres. Je vous assure qu'ils ne sont pas plus bétes que les autres. Et puis, moi, qui suis superficielle et frivole, j'aime les mérites officiels, estampillés. Je leur donne de bons petits dîners; ils m'apportent leur esprit, ceux qui en ont. Les célébrités qui viennent chez moi en amènent d'autres. Peu à peu, ce préjugé s'établit que c'est en passant par chez moi que les réputations se consacrent. J'ai fini, ma chère, par avoir de l'influence sur les élections académiques. Du mo!ns, on le dit.
MADAME DE VOVES.
Mais c'est justement pour cela que je ne comprends pa.5 que vous veniez me demander, — à moi pauvre recluse, — un académicien.
MADAME HERBEAU.
C'est qu'ils sont quarante, et, en comptant bien... Enfin, je ne les ai pas tous. Et puis, il y en a de temps
en temps qui s'en vont. Ainsi mon premier sujet vient de me quitter.
MADAME DE VOVES.
L'illustre Rigault?