ACTE PREMIER
joindre mes félicitations à celles de madame de Voves, mais de flétrir, au contraire, des fantaisies déshonorantes qui ravalent au rang des histrions et des bak' dins les derniers représentants de la noblesse française
BRETIGNY
C'est très bien écrit. — Parlez-vous sérieusement?
MADAME HERBEAU.
Mais... presque !
BRETIGNY
Je me défendrai donc. Que voulez-vous que fasse à l'heure où nous sommes un homme de notre mondef La politique lui est interdite. Elle est accaparée par d'autres baladins dont les exercices sont beaucoup plus dangereux, — pour les spectateurs, — et moins amusants. L'armée? c'est, en effet, le refuge de tous ceux qui ont le cœur un peu haut. Aussi en ai-je été. Mais on s'y ennuie trop en temps de paix. J'en avais assez de compter des boutons de guêtres. La littérature? je ne saurais et j'ose dire que je ne daignerais. Le naturalisme est trop plat et le dilettantisme trop stérile. Je trouve plus beau de jouir de sa vie que de l'écrire. Vous dites que j'avilis ma race? Je la relève! Vous connaissez les phrases des rhéteurs et des journalistes sur les derniers rejetons abâtardis des vieilles aristocraties. Eh bien! nous les régénérons, les rejetons abâtardis ! Nous sommes forts, uous avons des muscles, comme les portefaix, — et comme nos ancêtres les guerriers francs, comme les compagnons de Charlemagne, qui n'étaient que des brutes superbes.
MADAME HERBEAU.
Hé! monsieur, soyez une brute tant qu'il vous plaira, mais soyez-le modestement, et ne convoquez pas les
populations au specta.-le de vos acrobaties ! Ce qui me ciioque plus encore que l'affreuse malérialité de ces occupations, c"esl leur publicité, c'e^t l'exhibition de vos torses, mon cher monsieur, et le goûL de cabotinage qui se mêle à ces i;rossiers amusements.
BRETIGXY.
Mais point, chère madame 1 nous nous amusons entre gens de notre monde, ou à peu près, et devant quelques belles personnes pleines de bonne humeur. Et encore une fois, l'exercice physique est chose noble. L'écriture et les travaux sédentaires, c'est affaire aux clercs et aux bourgeois. La vie complète et vraiment aristocratique est celle qui développe le corps autant que l'esprit. Les anciens avaient de beaux corps. Platon, madame, oui, le Platon de M. Rigault, était bâti comme un athlète. C'est une chose délicieuse que d'être un bel animal, aux mouvements souples et forts et d'en avoir conscience.
MADAME UERBEAU.
Mais l'amour, monsieur! vous l'avez oublié tjut à l'heure dans votre petite revue des occupations humaines. Et je ne m'en étonne point; car. Dieu merci! les joies du trapèze vous font, vous et; vos pareils, galants comme des valets d'écurie !
BRETIGNY
Vous savez, chère madame, que les athlètes antiques étaient chastes. La gymnastique commande une grande discrétion sur le point auquel vous venez de toucher. Des rencontres rapides et rares avec les personnes accommodantes que nous convions à nos petites fêtes suffisent au gymnaste épris de son art. Ces nobles exercices le préservent des aventures honteuses où l'on