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DOCUMENTS HISTORIQUES
les habiter, d'autant plus qu'elles ne sont pas humides. Convenablement meublées, elles nous ont paru disposées de manière à ce que les habitants puissent être parfaitement garanti» de toutes les vicissitudes atmosphériques. Un jardin planté d'arbres fruitiers, coupé par des platesbandes en fleurs, par des allées sablées, et dont pourrait évaluer retendue au quart ou peut-être au tiers de la cour du Louvre, est immédiatement annexé à rap()artement de madame la duchesse de Berri, et lui offre une promenade commode, ayant un point de vue très étendu sur le cours de la Gironde, et dont elle peut disposer entièrement à son gré et à toute heure du jour. Indépendamment de ce jardin la princesse a à sa disposition, pour se promener, toute i'étendue de la citadelle, dans laquelle des mouvements de terrain multipliés, et des contre-allées sablées, situées en face au-dessous des remparts, lui donnent un abri contre ' les vents. Sur le pont le plus élevé du rempart de la citadelle, on achève en ce moment un pavillon destiné à servir de repos à madame, la duchesse de Berri, à la soustraire à l'influence des vents et des orages^et propre à la faire jouir d'un horizon immense, tant sur le cours du fleuve que sur la campagne environnante.
Pour juger de la nature des aliments dont la princesse fait usage, et de la manière ëont ils sont préparés , nous avons dû visiter la cuisine peu de temps avant le moment où le dîner allait être servi; nous avons pu constater qu'ils étaient de bonne qualité, apprêtés avec soin et même avec recherche.
Relativement aux soins dont madame la duchesse de Berri est l'objet, nous pouvons affirmer d'après ce que nous avons vu, et d'après ce qui nous a été dit, qu'elle est iraitée avec les plus grands égards, et qu'il nous a paru que rien n'était omis de ce qui pouvait adoucir sa position. L'exposé qui précède nous porte à conclure que dans l'état de captivité ou est madame la duchesse de Berri, aucun autre lieu susceptible de pareille destination ne pourrait lui ofl*rir des conditions plus salubres.
Nous sommes avec respect, Monsieur le ministre,
Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs
Orfila, Pibrbb Auvity.
RAPPORT SUIi IiA SANTÉ DE LA DUCHESSE DE BERRI (<).
Les soussignés, après avoir pris les renseignements relatifs aux circonstances commémoratives de la santé de madame la duchesae de Berri, et soumis à un examen attentif l'état actuel de S. A. R., résument de la manière suivante les résiUtats de leurs observations :
L'état des organes respiratoires offre des indices d'une lésion grave. La toux est fréquente, presque continuelle ; elle a augmenté depuis quelque temps; elle est suadée, sèche, accompagnée d'une douleur avec chaleur dans le centre de la poitrine et du larynx jusqu'à l'épigastre. 11 y a gène de la respiration. A l'aide de l'auscultation, on distingue à ]a partie postérieure et gauche du thorax, un raie muqueux. Le pouls est fréquent, la peau présente le soir un peu de chaleur et se couvre, pendant la nuit, d'une sueur légère. De ces phénomènes, il suit que les poumons sont le siège d'une irritation vive et profonde, ayant déjà produit probablement des tubercules à l'état de crudité, susceptibles de prendre un accroissement plus ou moins rapide «
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Les fonctions digestives sont dans un état assez satisfaisant. Cependant il y a peu d'appétit, des borborygmes, de la constipation.
La région de la rate est sensible à la pression et on remarque un léger accroissement du volume de ce viscère.
Relativement aux organes génitaux, voici ce que l'on ohuerve : une tumeur arrondie, globuleuse, existe dans rhypogastre et s'élève jusqu'à l'ombilie ; elle est molle et offre de l'élasticité. Au rapport de madame la duchesse de Berri, cette tumeur a été le siège de mouvements obscuirs depuis le mois de janvier. L'oreille appliquée sur cette partie ne distingue point de battements dépendants de l'existence d'un fœtus. Le toucher fait reconnaître que le col de l'utérus est un peu élevé, incliné en arrière, ramolli, entr'ouverts ; le doigt rencontre à la partie antérieure du sommet du vagin, une tumeur large, molle, fluctueusé, et en exerçant une pression de bas en haut, tandis que la main gauche déprime la région hypograstrique, on distingue un ballottement assez évident. La suppression des règles date du 21 septembre dernier; d'après la déclaration verbale de madame la duchesse de Berri, l'état de grossesse présumée daterait de la fin du mois d'août. Cette déclaration et les phénomènes ci-dessus énoncés donnent des probabilités de l'existence d'une gestation, mais ne peuvent constituer à cet égard une certitude. Il est en outre à remarquer que les mamelles ne sont que peu développées.
II résulte des faites précédents, que l'état des poumons mérite une sérieuse attention ; et dans la circonstance présente leur disposition morbide réclame des précautions plus grandes que dans les cas ordinaires. En supposant, en effet, Texistence d'une grossesse, il serait à craindre, comme le prouve l'expérience, qu'après l'accouchement, les symptômes de l'affection pulmonaire ne prissent un développement rapide et funeste.
Afin de prévenir, en attendant cette époque, un accroissement fâcheux de la maladie, on usera des moyens suivants : ^
1* Un excitoire sera établi à l'un des bras.
2o On continuera l'emploi du lait de chèvre.
30 Une décoction légère de lichen d'Islande sera donnée par tasses et édulcorée avec le sirop de mou de veau.
4<» Un régime adoucissant et léger sera toujours suivi.
5* Il importera de procurer à madame la duchesse de Berri la faculté de se rapprocher le plus tôt possible de son pays natal, dont la température parait devoir être plus favorable au rétablissement de sa santé ; et si cette décision salutaire était prise, il serait à dénrer qu'elle fût exécutée avant le terme de la grossesse présumée, dans la crainte qu'après l'accouchement, les symptômes de l'affection pulmonaire ne fissent des progrès trop rapides pour permettre un voyage quelconque. Ce conseil doit avoir d'autant plus de poids que l'état moral de madame la duchesse de Berri ne peut aujourd'hui que recevoir des impressions de plus en plus funestes par l'effet d'une détention prolongée.
A la citadelle de Blaye, le 1» mars 1833.
P« BfxNiÂiiB, J. PouRGu, Orathloup, E. Gintrag, Gaichrac.
PROGES-VERBAIj de L'ACCOUCHEMENT DE IiA DUCHESSE DE BERRI.
L'an mil huit cent trente*trois, le dix mai, à trois heures et demie du matin,
HISTOIRE DE DIX ANS
Nous soussignés, Thomas-Robert Bageaud, membre de la chambre des députés, maréchal-de-camp, commandant supérieur de Blaye ;
Antoine Dubois, professeur à la Faculté de médecine de
Pans ; Charles-François Marchand Dubreuil, sous- préfet de
Tarrondissement de Blaye ;
Daniel-Théotime Pastoureau, président du tribunal de première instance de Blaye ;
Pierre Nadaud, procureur du roi près le même tribunal ;
Qoillaume Bellon, président du tribunal de commerce, adjoint au maire de Blaye ;
Charles Bordes, commandant de la garde nationale de
Blaye ;
Elle Descrambes, curé de B laye ;
Pierre-Camille Delord, commandant de la place de Blaye :
Claude-OUivier Defresne, commissaire civil du gouvernement, à la tïitadelle ;
Témoins appelés à la requête du général Bugeaud, à l'effet d'assister à l'accouchement de S. A. R. Marie- Caroline, princesse des Deux-Siciles, duchesse de Berri ;
(MM. Merlet, maire de Blaye, et Régnier, juge de paix, témoins également désignés, se trouvant momentanément à la campagne, n'ont pu être prévenus à temps.)
Nous nous sommes transportés dans la citadelle de Blaye, et dans la maison habitée par S. A. R., nous avons été introduits dans un salon qui précède une chambre dans laquelle la princesse se trouvait couchée.
M. le docteur Dubois, M. le général Bugeaud, et M. Delord, commandant de la place, étaient dans le salon dès les premières douleurs; ils ont déclaré aux autres témoins que madame la duchesse de Berri venait d'accoucher à trois heures vingt minutes, après de très courtes douleurs ; qu'ils l'avaient vue accouchant, et recevant les soins de MM. les docteurs Dencux et Menière ; M. Dubois étant resté dans l'appartement jusqu'après la sortie de l'enfant.
M. le général Bugeaud est entré demander à madame la dachesse si elle voulait recevoir les témoins ; elle a répondu : « Oui , aussitôt qu'on aura npttoyé et habillé Tenfant. »
Quelques instants après, madame d'Hautefort s'est présentée dans le salon en invitant, de la part de la duchesse, les témoins à entrer, et nous sommes immédiatement entrés.
Nous avons trouvé la duchesse de Berri couchée dans son lit, ayant un enfant nouveau -né à sa gauche; aux pieds de son lit était assise madame d'Hautefort, madame Ha nier, MM. Deneux et Menière étaient debout à la tête du lit.
M. le président Pastoureau s'est approché de la princesse, et lui a adressé à haute voix les questions suivantes :
« Est-ce à madame la duchesse de Berry que j'ai l'honneur de parler ?
tt Oui.
<t Vous êtes bien madame la duchesse de Berri ?
«< Oui, Monsieur.
«< L'enfant nouveau-né qui est auprès de vous est-il le vôtre ?
u Oui, Monsieur, cet enfant est de moi.
« De quel sexe est-il ?
u II est du sexe féminin. J'ai d'ailleurs chargé M. Deneux « d'en faire la déclaration. »
Et à l'instant Louis-Charles Deneux, docteur en méde* cine, ex-professeur de clinique d'accouchement de la Faculté de Paris, membre titulaire de l'Académie royale de médecine, a fait la déclaration suivante :
« Je viens d'accoucher madame la duchesse de Berri, « ici présente, épouse en légitime mariage du comte « Hector Lucchesi-Palli, des princes de Campo-Franco,