‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 23 sur 147 · ACCOUCHEMENT DE LÀ DUCHESSE DE BERRI · texte numérisé non relu

ACCOUCHEMENT DE LÀ DUCHESSE DE BERRI

M. Ménière, en parlant du personnage mystérieux qui, dans ce moment, régnait sans doute sur sa pensée : « Il sera « heureux : il désirait tant une fille ! »

Pendant ce temps, les témoins étaient arrivés. Tout étant disposé pour les recevoir, le général Bugeaud en fut prévenu. M™" d'Hautefort se trouvait en ce moment auprès (le la princesse, et à Fattitude de cette dame, à l'impatience de ses mouvements, à l'altération de son visage, on voyait assez tout ce qu'avait de douloureux pour elle cette mise en scène d'un drame odieux. Telle était son agitation que, les témoins tardant à paraître, elle s'avança vers la porte et dit d'une voix impérieuse : « Mais, Messieurs, Madame « vous attend. » Les témoins entrèrent, graves et dominés par une secrète émotion. M. le président Pastoureau fit à la princesse les questions relatées au procès-verbal*. Elle y répondit sans hésitation ; et l'on se rendit dans le salon pour dresser l'acte. Cette formalité remplie, M. Deneux fut sommé par le président de dire quelle était la personne qu'il venait d'accoucher. Il y eut un moment de silence. Etait-ce la déclaration d'un mariage légitime qu'on allait entendre? La curiosité se peignit dans tous les regards, et l'attente était solennelle. M. Deneux fit la déclaration suivante :

« Je viens d'accoucher madame la duchesse de Berri, « ici présente, épouse en légitime mariage du comte Hector

' Voir aux Documents historiques, no 4, cet étrange procès-verbal ; il fut rédigé avec plus crempressement que de soin, et il contient quelques inexactitudes On y donne à entendre, par exemple, que ce fut dans la chambre de la princesse et en sa présence que M. Deneux fit la fameuse déclaration. Or, cette déclaration fut faite, non dans la chambre à coucher, mais dans le salon; circonstance dont le parti légitimiste, s'il eut persisté dans ses dénégations, aurait pu aisément exagérer l'importance.

« Luchesi Palli^ des princes del Campo Franco, gentil- « homme de la chambre du roi des Deux-Siciles, domicilié « à Palerme. »

L'effet produit par ces paroles fut profond et divers, selon les sentiments de sympathie ou de haine dont les assistants étaient animés. Ceux qui avaient compté sur le scandale d'un aveu mêlé de réticences nécessaires, ceux-là se montrèrent troublés et interdits. Une satisfaction généreuse brilla, au contraire, sur le front de ceux qui, sans être du parti de la prisonnière, respectaient en elle les droits de la défaite, de la faiblesse et du malheur.

Le gouvernement apprit sa victoire par le télégraphe, mais il ne se contenta pas des renseignements que lui apportait la voie officielle. Aussitôt après l'accouchement, M. Deneux s'était hâté d'écrire à sa femme une lettre qu'il avait cachetée après Tavoir communiquée au général Bugeaud. Le gouvernement rompit le cachet de cette lettre, en remit une copie à ■M"^ Deneux, et garda l'original, qu'il fit circuler dans les deux Chambres! Car, une fois sur la pente de l'arbitraire, un pouvoir ne s'arrête plus.

Bien que la duchesse de Berri eût légitimé son enfant par la désignation de son époux, les partisans de la dynas- . tie nouvelle mirent une indécente ardeur à se réjouir de l'événement dont le ministère avait si bien préparé le scandale. Les républicains se contentèrent de témoigner le mépris que leur inspirait ce vil triomphe.

Quant aux légitimistes, ils étaient consternés. Quelquesuns d'entre eux, cependant, s'obstinèrent dans une incrédulité qui leur était chère, et ils ne craignirent pas de dénoncer l'acte dont leurs ennemis se prévalaient, comme le dénoûmeut d'une intrigue qui avait commencé par la

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