‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 43 sur 147 · SYSTÈME A SUIVRE APRÈS · texte numérisé non relu

SYSTÈME A SUIVRE APRÈS

l*our bien faire comprendre jusqu'à quel point fut inepte et insensée la politique du gouvernement français à regard de TOrient^ il est absolument nécessaire de bien poser la question et d'examiner, avant d'entrer dans le récit de ce qui a été fait, ce que la France aurait pu faire.

« Maintien de l'intégrité de l'empire ottoman » étaient des mots en usage depuis longtemps dans la grammaire des chancelleries de l'Europe.

Toutes les puissances, en effet, et notamment la France, l'Angleterre et l'Autriche, avaient intérêt à protéger l'inviolabilité de Constantinople, à lui conserver, vis-à-vis des Russes, son surnom de Stamboul la bien gardée.

La possession du détroit des Dardanelles par la Russie, à moins de compensations énormes stipulées en notre faveur, eut à jamais mis obstacle aux vues de la France sur la Méditerranée, champ de bataille oii doit tôt ou tard se vider la grande querelle de notre suprématie intellectuelle et morale.

La position géographique de l'Autriche lui commandait de ne point se laisser trop complètement envelopper par la Russie. C'était déjà un grave danger pour le Cabinet autrichien que l'établissement russe fondé aux embouchures du Danube, en vertu du traité d'Andrinople, puisque cet établissement compromettait, et la navigation intérieure de l'Autriche, et ses communications avec la Mer- Noire. Les Russes une fois en possession des principautés situées au sud du territoire autrichien, combien n'eût pas été dangereux pour la Cour de Vienne leur contact avec les colons militaires de llllyrie, gardiens de la frontière hongroise ! Les Russes une fois en possession de Constantinople

I2lt HISTOIRE DK niX ANS. 1

et des Dardanelles, combien le voisinage de leurs vaisseaux n'eût-il pas été embarrassant pour la marine marchande de r Autriche, qui exploite le commerce de l'Adriatique.!

Quant à l'Angleterre, nous l'avons dit au commencement du second volume, elle eût perdu, à Toccupation de j Constantinople par les Russes une partie de son influence ' dans la ^léditerranée, ses moyens de communication avec ' rinde par la Turquie, une partie de l'importance de ses | possessions du Levant, et un débouché ouvert à l'exporta- ji tion annuelle de trente millions de produits anglais. D'où !' ces paroles de lord Chatam, déjà citées par nous : « Avec « un homme qui ne voit pas les intérêts de l'Angleterre « dans la conservation de l'empire ottoman, je n'ai pas à « discuter. »

L'Europe occidentale avait donc pour mot d'ordre, en 1830,1e « maintien de l'intégrité de l'empire ottoman. » .ALais cette intégrité pouvait-elle être maintenue? Et, s'il était bon qu'elle le fût, pourquoi la France et l'Angleterre avaient-elles si longtemps souffert l'ambition militante de la Russie? Pourquoi avaient-elles poussé Taveuglement jusqu'à la favoriser? Pourquoi les avait-on vues se réunir :i la Russie pour anéantir, dans le guet-apens de Navarin, la marine turque, et accélérer par l'émancipation de la Grèce le démembrement définitif de l'empire ottoman ? Pourquoi enfin avaient-elles si vivement applaudi aux victoires qui avaient poussé les Moscovites au pied des Balkans et dicté ce traité d'Andrinople, testament imposé à la race turque? Chose étrange! C'était après avoir toléré, secondé la marche triomphante des Russes vers Constantinople, que l'Europe occidentale s'apercevait de lauécessité de conserver entre les niains du sultan hi double clef de la Méditerranée

Page 1