‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 67 sur 147 · PROCÈS DE LA GLANEUSE · texte numérisé non relu

PROCÈS DE LA GLANEUSE

Glaneuse, journal audacieux^ dont Texistence financière pesait sur M. Albert, qui mettait à la disposition du parti ses relations et sa fortune.

Au mois d'avril 1833, deux procès intentés à la fois à la Glaneuse devinrent roccasion d'une revue solennelle des forces de la démocratie. Un avocat du barreau de Paris^ ]\I. Dupont, est appelé à Lyon pour y prêter à la feuille attaquée l'appui de sa parole puissante. M. Garnier-Pagès auquel les républicains lyonnais avaient déjà donné l'année précédente un banquet de 2;,00U couverts^ M. Garnier- Pagès va se mettre en route. M. Pliilippon^ gérant d'un . journal satirique fort célèbre; M. Saint-Pomme^ avocat renommé dans le département de Tlsère ; M. Trélat, représentant des républicains de l'Auvergne, accourent au rendez-vous. Quinze députations sont envoyées par les départements voisins. On s'occupe activement des préparatifs d'un banquet pour lequel on a compté sur ^^OOO souscripteurs : il s'en présente 6,000. Le banquet est fixé au 15 mai (1833), et l'on ne néglige rien de ce qui doit donner à cette manifestation un caractère imposant.

Le Pouvoir s'alarma. Les hommes qui, sous la Restau ration, avaient décerné à Lafayette, au nom du libéralisme persécuté, une ovation toute révolutionnaire, ces mômes hommes jurèrent que le banquet projeté n'aurait pas lieu, dût la guerre civile reprendre l'œuvre de destruction commencée en novembre ! L'interdiction se formula dans un arrêté qui ne s'appuyait sur aucun texte de loi. Les commissaires du banquet déclarèrent l'arrêté illégal et poursuivirent leurs préparatifs. Mais tout à coup une agitation d'une nature mystérieuse éclate. Des visages inconnus et sinistres paraissent sur les places, des clameurs imbéciles

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retentissent^ et la ville est inondée de fausses circulaires, les unes calomniant la faiblesse de la commission du banquet, les autres calomniant son audace. La police avaitelle excité ce mouvement? Les commissaires en restèrent convaincus ; et, bien décidés à ne pas franchir les limites de la loi, ils ajournèrent le banquet au 12 mai, après avoir fait rédiger par quatre avocats du barreau lyonnais une consultation dans laquelle l'illégalité de l'arrêté préfectoral était démontrée. On veut la signifier au préfet par huissier : pas d'officier ministériel qui ose se charger de la signification. On se pourvoit auprès du procureur du roi, M. Chégarey : il répond que tout huissier qui signera l'exploit sera destitué. Les voies légales étaient épuisées ; la police avait fait prévenir le propriétaire du jardin désigné pour le banquet que sa propriété serait militairement occupée ; des milliers de soldats allaient être mis sur pied : il ne restait donc plus aux commissaires que l'appel aux armes ! Ils reculèrent devant l'effusion du sanu;. Mais, à l'attitude des républicains, à l'énergie de leurs protestations, à leur orgueil indompté, à l'importance des ressources qu'il avait fallu employer contre eux, on pouvait déjà juger de leur empire.

Quelques jours après, le gérant de la Glaneuse était appelé devant le jury. Lyon garde encore le souvenir des plaidoiries de M. Dupont. Tout ce que la raison a de plus élevé, la logique de plus pressant, fironie de plus incisif, l'éloquence du cœur de plus passionné, M. Dupont le déploya dans cette cause célèbre. Mais ce qui était au fond du débat, c'était la guerre, toujours la guerre. Acquittée par le premier verdict, la Glaneuse avait été condamnée par le second. La peine fut terrible : quinze mois d emprisonne-

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