MISSION DE M. ALBEUT A PARIS
diverses associations se composaient en partie des mêmes liommes^ ce qui en atténuait la divergence. ^lais si elles tendaient à un but commun, elles y marchaient à pas inégaux. Le comité des Droits de r Homme rencontrait aussi un obstacle sérieux dans le penchant des Lyonnais pour les idées de décentralisation, idées qui étaient celles du rédacteur du Précurseur, M. Pététin, et que partageait, du moins sous le rapport philosophique, un des membres les plus respectés et les plus recommandables du parti, M. Lortet. Que faire donc? en un tel chaos d'incertitudes, de quel côté diriger le gouvernail ? L'écueil était partout, partout la tempête.
Et cependant, s'arrêter était impossible. La fermentation devenait d'heure en heure plus impérieuse. Mille étincelles jaillissaient chaque jour du choc de tant de passions en contact. L'on entendait rugir déjà la foule des impatients, qu'échauffaient, qu'enflammaient les véritables traîtres... Le comité ne se sentit pas assez fort pour porter le poids d'une situation semblable. Les rênes lui échappaient: il résolut de se faire appuyer directement par la capitale, et M. Albert partit.
M. Albert avait pour mission d'exposer l'état des choses au comité parisien, de prendre en quelque sorte le mot d'ordre, et de ramener à Lyon M. Godefroi Cavaiguac ou ]\I. Guinard, que leur énergie rendait très-populaires, et que le comité lyonnais jugeait seuls capables, soit de contenir avec autorité, s'il en était besoin, ceux qui se laissaient emporter par une ardeur aveugle et sauvage, soit, si la fatalité l'emportait, de donner au mouvement une impulsion assez vigoureuse pour le pousser jusqu'au succès. On avait recommandé à M. Albert de n'aller trouver ni Ar-
mand Carrel ni Garnier-ragès : le premier^ parce qu'il ne faisait point partie de la Société des Droits de i Homme; le second;, parce qu'il paraissait trop modéré.
Ce ne fut pas sans difficulté que le comité des Droits de r Homme parvint, en attendant le retour de M. Albert^ à dominer reffervescence. Un jour^ M. Martin apprend que plusieurs chefs de section tiennent, dans la rue ïupin, un conciliabule tumultueux, que la prudence des chefs y est traitée hautement de trahison, et qu'on y parle de secouer leur autorité. Aussitôt M. Martin se réunit à M. Hugon, et ils se rendent en toute hâte au lieu désigné. Quarante sectionnaires environ sV étaient donné rendez-vous, et la fureur éclatait sur leur visage. Au milieu d'eux, un chef de section, nommé Mercet, se faisait remarquer par l'exaltation de ses discours. Les membres du comité demandent qu'on se forme en assemblée. Une salle de concert reçoit tous les assistants, on ferme les portes, et M. Martin monte sur une espèce de tribune, pour haranguer les plus fougueux d'entre les sectionnaires. Il leur représente que rien n'est prêt pour un combat sérieux; que provoquer la lutte serait précipiter la ruine du parti ; que la patience aussi est du courage; qu'il faut craindre de briser, par une ardeur brutale, les relations déjà nouées entre le comité de Lyon et ceux des villes voisines. Il leur apprend ensuite le voyage de M. Albert, et leur donne lecture de plusieurs lettres arrivées la veille, dont une signée Muximilien. Elle était admirable d'énergie et de sagesse. La prudence et la modération y était recommandées comme les vertus les plus nécessaires aux républicains, M. Martin n'eut garde d'en faire connaître l'auteur. C'était Buonarotti. Le même esprit régnait dans une chaleureuse adhésion de M. Mcnand, ancien procureur du roi à Chfilons-