SI
nécessaire. M. de Sainte-Aulaire court chez le minislre autrichien , lui fait part de ce qui se passe, lui montre la lettre de M. Thiers. M. de Metteroich, tout en se montrant touché des considérations qu*on faisait valoir auprès de lui» répondit que c'était à la famille qu'il appartenait de décider la question, ce qui ressemblait à un commencement de refus. Et, en effet, les objections ne pouvaient manquer.
Était-il di|^e de Tillustre maison d'Autriche d'accorder le bénéfice de son intimité à un souverain de date si récente et qui avait égaré dans les barricades ses titres de noblesse? Que penserait d'une telle mésalliance l'aristocratie autrichieiuie, la plus fière, la plus susceptible des aristocraties de l'Europe? On assure que, de la part de l'archiduchesse Sophie surtout, l'opposition fut vive. Enfin, la négociation échoua. < Est-il possible d'exposer une prin- > cesse au danger de monter dans une voiture » à travers laquelle passent des coups de pis- » tolet?» Voilà de quel prétexte se colora l'outrage fiât à la maison d'Orléans.
Surpris, huoiilié, impatient de couvrir la blessure de son orgueil , le fils atné de Louis- Philippe se mit en route pour les cours d'Italie, dont il attendait mieux. Et le hasard voulut
que Marie- Louise se rendit à Vienne par le même chemin qui en éloignait le duc d'Orléans. Ils se rencontrèrent donc; et ce que dut être une semblable entrevue, on le devine. Dans un prince tout brillant de jeunesse, dans un prince venu des rives de la Seine, il était naturel que, malgré ses torts d'épouse et de veuve, la mère du duc de Reichstadt retrouvât, à travers les nuages du souvenir, une image absente et chère. Or, tandis que l'un se fatiguait, sur les routes de l'Europe, à chercher des héritiers pour un trône que Napoléon, en tombant, avait rendu vide à jamais, l'autre dormait de l'éternel sommeil dans le caveau sombre où l'empire. était avec lui descendu. A peine Marie-Louise eut-elle aperçu le duc d'Orléans, qu'elle fut saisie d'un attendrissement invincible. Elle voulut parler, mais en vain; et, succombant à son cœur, elle fondU en larmes. Rapprochement fatidique! Six ans après cette scène, une escorte gémissante et funèbre couvrait la route de Paris à Dreux, petite ville où les d'Orléans ont leurs tombeaux de famille. Un jeune prince venait de se briser le crâne contre le pavé d'un chemin, laissant une douteuse couronne suspendue sur la tète d'un enfant!