‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 3)Chapitre 34 sur 93 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Élargissement des prisonniers de Hom. — AttenUt. — Débats sar TEspogne. — Proeès de Strasbourg. — Lotte sourde entre M. Mole et M. Guizol. — Projet d'ostracisme. — Loi de disjonction rejelée. — Tableau des souffrances publiques. — Présentation de la loi d'apanage. — Pamphlet de M. de Cormenin. — Continuation de la lutte secrète engagée au sein du conseil. — Origine, physionomie et influence du tiers parti. — Dislocation du cabinet du 6 septembre. — Efforts pour constituer un ministère de tiers parti ; comment ils échouent. — M. Guizot vaincu ; cabinet du 15 avril.

Un acte qui semblait préluder à la politique de l'amnistie avait signalé l'avènement du ministère Mole : le château de Ham ne renfermait plus de prisonniers.

D^à trois médecins célèbres, les docteurs Rostan, Ferrus et Andral, avaient été chargés par le gouvernement de visiter les prisonniers de Ham , dont on disait la santé compromise.

r I j La conduite du général de Rigny ayont été depuis cxamiaée par un conseil de guerre , il fut acquitté. Il avait

Parmi les ex -ministres, deux seulement, I MM. de Peyronnet et de Chautelauze, consen- I tirent alors à recevoir la visite des médecins , ; qui, après un examen consciencieux, ne cru- I rent pas devoir conclure, dans leur rapport, à I la nécessité de l'élargissement des captifs. Plus

tard, néanmoins, le 17 octobre 1836, MM. de ' Peyronnet et de Chantelauze, dont les souf-

I d^uilleurs déployé sous les murs de Gonstantine un brillnut courage.

RÉVOLUTION FRAINÇAISE.

frances s'étaient accrues, furent autorises à résider, sur parole, le premier à Monferraud, dans le départeoient de la Girpnde, et le s^ coud dans le déparleoient de la Loire. Quant à MM. de Polignac et de Guernon-Ranville, ils s'étaient refusés à faire auprès du gouvei^ nement de Louis-Philippe une démarche qui ne leur paraissait pas compatible atec leur serment. Mais la mort de Charles X étant venue les délier, ils demandèrent à être trans^ férés dans une maison de santé, et, le 33 no* vembre 1836, une ordonnance parut qui commuait en vingt années de bannissement hors du royaume la peine prononcée contre M. de Polignac, et autorisait M. de Guernon-Ranville à résider, sur parole, dans le départenaent du Calvados.

Ainsi, M. Mole semblait dès son début se séparer de la politique de ses prédécesseurs. Du reste, le roi avait failli devenir victime d'une nouvelle tentative d'assassinat, le jour même de l'ouverture de la session ; et cette persistante contagion du régicide prouvait assez combien la rigueur était impuissante à garantir le trône.

L'année 1837 s'annonça par de vib débats parlementaires. MM. de Dreux -Bre2é et de Noailles avaient fait entendre à la chambre des pairs des plaintes éloquentes : la chambre des députés les répéta et les agrandit. M. Thiers avait une défaite à venger, le pouvoir à ressaisir, et, entouré de quelques amis frémissants, il attendait M. Mole au palais Bourbon, espérant le convaincre d'impuissance et l'accabler.

L'Espagne noyée dans son sang attirait alors tous les regards : c'était pour avoir voulu la sauver de la guerre civile que M. Thiers avait succombé. Ce fut donc au sujet de l'Espagne que la lutte s'engagea.

Le rôle de M. Mole dans cette querelle n'avait ni éclat ni grandeur : c'est ce que M. Thiers fit ressortir avec beaucoup d'impétuosité. Il prouva que, considéré dans son esprit et non dans ses termes, le traité de la quadruple alliance liait à la conservation de la royauté d'Isabelle les destins de la monarchie constitutionnelle née, en France, de la tempête de juillet ; que l'intervention en Espagne nous

était commandée par notre alliance atec les Anglais; qu'en courant combattre au ddà des Pyrénées don Caiios, l'élu de l'atedntiime, c'était la cause des gouversoneots ceastitstioinels que nous allions soutenir à la bee des peuples, et comme il convenait à des Fnuh çais, fièrement, l'épée à la main; que wm ne pouvions abandonner ainsi la Péninsile sans y perdre notre influence, sans dois amoindrir à l'excès, sans nous priver d'amee de cette bonne et fidèle arrière-garde qte l'amitié de l'Espagne aurait à nous fonniir si jamais l'Europe coalisée revenait snrnois par les routes du Nord. Répondant à ceux qui n'apercevaient aucune diflérence entre le système du 11 octobre, celui du ii fémet, et celui du 6 septembre, qu'il attaquait: c La dif* » férence, s'écriait l'orateur, la voici : le pre- » mier n'avait accordé à l'Espagne que des » secours insuffisants, le second voulait lii es » porter d'efficaces, le troisième n'en vent pis » donner du tout. » Puis, babUe k manier les craintes qu'inspiraient à la classe moyenie de France les premières clameurs de la dànocratie espagnole et ses progrès orageux, itfaisait entrevoir à la bourgeoise française le eh&timeot possible de soa apathie. Car eoia, les juntes espagnoles se formant de toutes parts en tumulte; Toreno renversé par Mendizabal, Mendizabal par Isturitz; l'Espagne constilationnelle poussée violemment dans les bras du parti démocratique; l'épée des démagogoes frappant aux portes de Saint-Ildefonse parce qu'on ne savait pas écraser les carlistes dans la Navarre; en un mot Fémeutedans les appa^ tements de Christine, et la royauté d'Isabelle sur le point de manquer de place entre les séides enrégimentés du vieux despotisme et les partisans de la constitution de 1812 souleva , furieux... tout cela n'accuaait-il pas assez haut l'égoîsme des hommes d'État app<^ ses à l'intervention, et la foHe de leur pr»denceî

C'étaient là des considératiOBs pressiotes:

M. Mole leur opposa l'élasticité manifeste des termes dans lesquete le traité de la quadraple alliance était conçu, les Inconvénients tf une politique d'aventures, l'or et le sang de la France à mettre en réserve pour des intérêts

français, la guerre à éviter là où dominait Timpré?u. Quelque autorité qu'eussent de tels arguments sur une assemblée depuis longtemps asservie à la peur , M. Mole aurait difficilement triomphé de son adversaire, s*il n*avait pu Topposer à lui-même. De fait, M. Thiers avait varié dans sa politique à regard de TEspagne. Sous le charme des flatteries dont la diplomatie autrichienne Tavait eoivré, il lui était arrivé de repousser Fintervention, dans une dépêche en date du 18 mars, dépêche fatale que M. Mole vint lire à la tribune, et dont il loua la sagesse avec une triomphante ironie.

La discussion fit aussi revivre le souvenir de r affaire Conseil, basse intrigue dans laquelle on avait laissé tomber le nom de la France. Vainement M. Odilon Barrot demandat-il des explications sur un mystère dont la boDte se perdait dans les derniers mois du cabinet que M. Thiers avait présidé : M. Thiers aflSrma qu'il n'avait pas tout m, et renvoya la responsabilité à M. de Gasparin, qui, en balbutiant, la rejeta sur M. de Montalivet. M. de Montalivet n'était pas dans la salle en ce moment. Le lendemain , il se contenta d'écrire à ses collègues, dans une missive arrogante, quMl était prêt à répondre de ses actes. Mais il ne donnait pas les explications attendues. Et la chambre se tint pour satisfaite en se voyant bravée! soit qu'on s'effrayât de rimminence du scandale, soit qu'on respectât dans M. de Montalivet son protecteur caché.

Le ministère du 6 septembre venait de sortir vainqueur d'une épreuve pleine de péril; mais son existence n'en était pas plus assurée, parce qu'il couvait dans son propre sein le germe de sa dissolution.

Un jugement droit, une élocution sans relief mais suffisante et sobre, beaucoup de tenue, de la présence d'esprit et du sang-froid, de Fhabileté dans le maniement des hommes, tout ce que donne l'habitude des grandes relations, l'expérience des affaires, une politique apprise à l'école de l'empire, et par conséquent le goût du despotisme, mais avec cela une facilité singulière k se plier au joug des circonstances, peu d'élévation dans les vues, nulle hardiesse

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