‹ Révolution française. Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 26 sur 44 · SI · texte numérisé non relu

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devaient au parti , qu'ils se devaient à eux-mêmes de déshonorer, à force de constance, la persécution dont ils étaient victimes. La gloire du combat leur étant dérobée, ils embrassaient avidement celle du martyre. D'ailleurs, ils ne pouvaient se persuader que la police eiit ignoré jusqu'à la fin les préparatifs de l'évasion, et ils ne voyaient dans cette négligence, suivant eux, calculée, qu'un moyen d'alléger à la pairie le fardeau de sa tâche judiciaire.

Mais la Cour des pairs ne tarda pas à montrer que, pour s'épargner les embarras, elle n'avait nul besoin du secours de la police. Se fondant sur la résistance opiniâtre des accusés lyonnais, M. Martin (du Nord) avait conclu à ce qu'on les jugeât sur pièces , s'il le fallait : la Cour des pairs n'hésita pas cette fois à faire droit à ces conclusions, dans un arrêt qui ne doit pas être perdu pour la postérité *.

La procédure une fois simplifiée par une violation aussi extraordinaire des formes les plus inviolables de la justice, le procès fut rapidement terminé. MM. Martin (du Nord), Chégaray, de la Tournelle, ayant tour-à-tour développé, avec beaucoup de véhémence et non sans talent , la thèse présentée dans l'acte d'accusation, les avocats adverses prirent successivement la parole, chacun pour son client. Mais nul ne le fit avec plus d'élévation et plus d'éloquence que M. Jules Favre. Après avoir défini en termes saisissants le véritable caractère de l'insurrection lyonnaise et renversé l'échafaudage du complot, il résumait ainsi les débats :

« Vous nous accusez d^avoir attenté à la sûreté de TÉtat; et « Voir aux documents historiques, n" 16.

« moi j'accuse le pouvoir de n'avoir pas déjoué cet attentat, « d'avoir même nourri l'émeute, en attirant les insurgés sur la « place publique, alors qu'il était si facile de la comprimer.

a Vous nous accusez d'avoir construit des barricades; moi, je o vous accuse de les avoir laissé élever sous les yeux des agents de a police et de l'autorité civile, et d'avoir jeté parmi les groupes a inoffensifs des excitateurs soldés.

« Vous nous accusez d'avoir usé de la force contre les défenseurs « de l'ordre; moi, je vous accuse d'avoir déchiré la loi qui protège « la vie des citoyens; d'avoir donné une consigne qui à elle seule « suffisait pour allumer l'insurrection; d'avoir compromis la vie « des femmes, des enfants, des vieillards; d'avoir prolongé lalutte « sans nécessité; d'avoir enseveli sous les ruines de nos maisons « des familles qui ne vous attaquaient pas ; d'avoir été sourds aux « demandes de trêve et de conciliation qui vous étaient faites de « toutes parts, et de n'avoir pas épargné la vie des vaincus.

« Vous avez fait votre réquisitoire, voilà le mien. Ils resteront « tous deux affichés à la porte de ce palais, et nous verrons lequel « durera davantage, lequel la France lira avec le plus d'indigna- « tion. »

Ce fut le 45 cioût (1855) que la Cour des pairs rendit, en l'absence des prévenus, Tarrêt général de condamnation relatif aux accusés de Lyon ^

L'arrêt^ qui frappa les huit sous-officiers de Luné-

1 conoAinnÊs de iyow. {Arrêt du 13 août 1835.)

Baune, Antide Martin, Albert, Hiigon, Marc Reverchon, Lafond, Desvoys, à la déportation; Lagrange, Tourrès, à vingt ans de détention ; MoUard-Lefcvre, Huguet, Drigeard-Desparniers, à quinze ans de détention; Caussldiere, Laporte, Lange, Villiard, Marigné, Rockzinski, Thion, Despinas, Benoît-Catin, à dix ans de détention; Pradel, Chery, Cachot, Dibier, à sept ans de détention; Carrier, Arnaud, Morel, Bille, Boyet, Chatagnier, Julien, Mercier, Gayet, Genest, Didier, Ralignié, Channy, Charles, Mazoyer, Blanc, Jobely, Raggio, Chagny, à cinq ans de détention; et tous sous la surveillance de la haute police toute leur vie. = Roux, Berard, Guichard, à trois ans d'emprisonnement et cinq ans de surveillance ; Bulet, Adam, à un an d'emprisonnement et cinq ans de surveillance; Girard, à un an d'emprisonnement et deux ans de surveillance.

2 coNDAMi\fcs DE LUNÈviiLE. {Arrêt du 7 décembre 1835.)

Thomas, à ladéporlation; Bernard, à vingt ans de détention ; Stiller, Xricolel, à dix ans de détention ; Régnier, Caillié, Mathieu (d'£piual),

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ville ne fut prononce que vers le commencement du mois de décembre. Leur attitude avait été admirable et passionna toutes les âmes.

Vinrent ensuite les catégories de Lyon, de Saint- Étienne, d'Arbois, de Marseille, de Grenoble, de Châlons \ de Paris*, qui ne fournirent que douze acquittements sur un nombre considérable de condamnations.

Dans la dernière phase du procès, les accusés s'étaient montrés en général fort calmes. Cependant MM. Caussidière, Kersausie et Beaumont firent revivre, parleur indomptable énergie, des scènes dont le souvenir était resté palpitant^.

à cinq ans de détention, et tous sous la surveillance toute leur vie; Lapotaire, Bechet, à trois ans d'emprisonnement et cinq ans de surveillance.

1 CONDAMNÉS DE St-ÊTIEPiNE, GRENOBLE, MARSEILLE, ARBOIS

ET BEZANçois. [Arrêt du 28 décembre 1835.) Marc Caussidière, à vingt ans de détention; Pierre Reverclion, à dix ans de détention ; Gilbert dit Miran, et Riban, à cinq ans de détention, et tous sous la surveillance toute leur vie ; Rossary, Offioy, trois ans d'emprisonnement ; Tiphaine et Froidevaux, un an d'emprisonnement^ et tous quatre à cinq ans de surveillance.

2 CONDAMNÉS DE PARIS. {Arrêt du 2'^ janvier 1836.) Beaumont, Kersausie, à la déportation; Crevât, Pruvot, à dix ans de détention et à la surveillance toute leur vie; Sauriac, à cinq ans d'emprisonnement ; Baslicn, Roger, Varé, Cahuzac, à trois ans d'emprisonnement ; Bellon, Delayen, Delacquis, Buzelin, à un an d'emprisonnement, et tous à cinq ans de surveillance.

CONTUMACES. (Arrêt du même Jour.) Cavaiçnac, Berryer-Fontaine, Vignerle, Lebon, Guinard, Dolente, Deludrc, A. Marrast, à la déportation; Fouet, Grariçer, Villain et Bourra, à quinze ans de détention; Maillé, Lenormand, Landolpbe, Yvon, Aubert Pichonnicr, Gueroult, Souillard dit Cliiret, à dix ans de détention; Ilerl)ert, Chilman, Pornin, Roziiîres, Poirolte, Tassin, Fournier, à c<«^ ans de détention, et tous sous la surveillance toute leur vie.

s Les débals du procès d'avril ayant élé coupés, comme on l'a vu, j;)lus leurs révélalious importantes qui devaient y trouver place sont

Le procès d'avril fut , pour le parti républicain que la révolution de juillet avait engendré, une défaite éclatante, mais non pas décisive. Quelquesuns exagérant le bien, la plupart se plaisanta outrer le mal , ce parti a été jugé d'une manière aussi fausse que diverse. S'il n'eut pas assez de loisir et de maturité pour pénétrer par l'étude dans les profondeurs de l'ordre social, de manièx'e à en tirer la solution des grands problèmes, il contribua du moins puissamment à les soulever. Il sema l'agitation autour de lui , mais non sans entretenir dans la nation de généreuses ardeurs. Il sut ennoblir le désordre par le dévoûment , il ne s'épuisa qu'à force de se prodiguer, et il lutta si bien contre l'abaissement systématique de la France, qu'il fut au moment de la forcer à se tenir debout. Par lui fut ajourné dans ce pays le règne des spéculations sordides, de la bassesse mercantile, le règne du génie carthaginois; et il eut cette gloire, qu'il fit horreur à tous les vieux ennemis du nom français. Dans l'affaire du procès d'avril , ses adversaires se montrèrent si petits, et ils employèrent pour le combattre des armes tellement déloyales et fragiles,

restées dans l'ombre. Voici, par exemple , un fait sur lequel l'illustre M. Arago se proposait d'appeler l'attention publique.

Un jour, il se trouvait chez M. David (d'Anfjers) le statuaire , occupé dans ce moment à faire la statue de M"" de Staël. La conversation s'élant engagée sur les combats de la rueTransnonain, la femme qui servait de modèle raconta que, le 13 avril, regagnant avec une de ses compagnes sa demeure située près de la fontaine Maubuée, elle avait aperçu son amant, seigenl-de-ville, qui travaillait aux barricades. Elle court à lui et témoigne son étonnement. « Retirez-vous, malheureuses, s'écrie lesergent- « de-ville furieux, si vous dites un mot de ceci, vous êtes perdues. »

M. Arago se rendit au lieu désigné, demanda des renseignements et fut pleinement édifié sur l'exactitude du récit. Le nom du sergent-de-ville est CheaedeviUe .

qu'il aurait vaincu sans nul doute, si tous les membres qui le composaient avaient été plus étroitement unis par le lien des convictions et des idées. Mais le parti républicain s'était ouvert, par malheur, à certains hommes indignes d'y prendre place. De là un mélange sans exemple : le désintéressement, l'ardeur de connaître, l'ignorance, l'habitude de dénigrer, l'envie, le courage, le mépris de la mort, le désir de ])riller, la modestie du dévoûment poussée jusqu'à l'héroïsme. Un pareil amalgame d'éléments opposés pouvait-il ne pas entraîner la ruine du parti ? Par les vices des uns les vertus des autres étaient ou frappées d'impuissance, ou calomniées. Si donc le parti républicain succomba , c'est que ses ennemis remportèrent sur lui par l'habile combinaison de leurs vices et l'ensemble de leur corruption. Et voilà comment il en vint à se disperser, à se dissoudre, ne laissant après lui, pour le juger, que l'intolérance de la sottise ou de la haine. Du reste, les individus ne sont que des instruments destinés par Dieu à s'user et à se rompre au service des idées. Au moment même où l'on croyait le parli détruit en France pour jamais, il se trouva que V opinion qu'il avait personniliée se déployait avec une puissance nouvelle. Pourquoi s'en étonner? Parmi les républicains, nous l'avons dit, plusieurs étaient des hommes spirituels, brillants, d'une bravoure chevaleresque, toujours prêts à se dévouer, pleins de gaîté dans le péril , et reproduisant avec plus de fidélité, plus d'éclat que le parti légitimiste lui-même, l'ancien type national ; mais, à côté de ceux-ci, on put compter quelques absufdes tribuns, quelques gens sans aveu , des

traîtres dont la police salariait la turbulence ; et ces derniers, quoique formant la minorité, suffirent pour discréditer la cause républicaine, en rendant le parti tout entier responsable de leurs folles prédications, de leur ignorance, de leur orgueil, de leur pencliant à parodier, sans les comprendre, les passions de ^ 795. Ainsi , parce qu'il était arrivé à un nombre d'agitateurs dépourvus d'intelligence petit et incapables de modération, de se proclamer au hasard républicains, et de définir la république au gré de leurs aveugles colères, on mit en doute si la république n'était pas une chimère ou ne serait pas une calamité. Pour que les eprits sages fussent ramenés à une saine appréciation des choses, il fallait que le parti fût ou partit momentanément dissous, et qu'il se reformât plus homogène, plus studieux, plus calme, plus avancé dans la science des révolutions sociales. Or, à ce parti-là , certes, l'avenir pouvait sourire. Car, nous ne saurions trop le répéter : le principe monarchique mis face à face avec le principe électif doit tôt ou tard le dévorer ou être dévoré par lui. Et ce dénoûment, un habile emploi de la corruption peut l'ajourner , non Tempccher. « Que force reste à la loi ! » disent les gouvernements de fait, dans l'ivresse de leur fortune. Mais à cela , les hommes qui ne croient qu'à l'immortalité de la justice, les hommes droits et sincères répondent : « Qui sait si la loi d'aujourd'hui sera celle « de demain ? 11 faudra bien que force reste à la « vérité. »

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