M. CHARLES DE BASCHER FUSILLÉ
garde nationale d'Aigrefeuille. Les chouans furent dispersés, et M. Charles de Bascher, fait prisonnier, allait être fusillé par les soldats, lorsque M. Roch, accourant, parvint à le dérober à leur vengeance. On reprit le chemin d'Aigrefeuille. Des groupes nombreux couronnaient les coteaux qui bordent la route. A un endroit où elle se resserre jusqu'à ne pas permettre à deux hommes de marcher de front, le capitaine se porta en avant avec les gardes nationaux pour éclairer la route et veiller à la sûreté de la colonne. Il avait rendu responsables du prisonnier un caporal et les soldats. Mais à peine avait-il pris la tête du détachement, qu'une décharge se fait entendre sur les derrières. M. Roch s'élance de ce côté, et il apprend qu'en violation de ses ordres, les soldats venaient de fusiller Charles de Bascher, parce qu'il refusait de marcher. Il avait demandé l'heure à plusieurs reprises ; et cette question, souvent répétée, avait fait craindre qu'il n'attendît du secours.
Quant à la duchesse de Berri, elle avait quitté sa retraite des Mesliers, et elle fuyait d'asile en asile, tantôt s'égarant dans les bois pendant la nuit, tantôt traversant des marais sur les épaules de son guide, ou bien passant plusieurs heures de mortelle attente dans un fossé couvert de broussailles, pendant que les soldats lancés à sa poursuite erraient furieux dans les environs. Eviter longtemps les dangers de cette vie errante était évidemment impossible* Chaque jour d'importantes arrestations venaient consterner les légitimistes; les têtes les plus hautes du parti n'étaient pas à l'abri des coups du gouvernement, qui avait tout l'orgueil de la force. Après avoir déclaré en état de siège les arrondissements de Laval, Château-
Gontier et Vitré, ce gouvernement, par une mesure aussi arbitraire que violente, venait de mettre en état de siège quatre départements : ceux de Maine-et-Loire, de la Vendée, de la Loire -Inférieure, des Deux-Sèvres. Et en môme temps, comme pour montrer aux légitimistes que la dynastie qu'ils attaquaient ne manquerait pas d'appui au dehors, le Moniteur annonçait l'entrevue du roi des Français et du roi des Belges à Compiègne, et le mariage prochain de la princesse Louise d'Orléans avec Léopold. Le moment était donc venu pour la duchesse de Berri de ne plus songer qu'à sauver ses jours ou sa liberté. Nantes était hostile à sa cause : il était peu probable que le gouvernement pensât à diriger de ce côté sa surveillance. Ce fut ce motif qui poussa la princesse à choisir la ville de Nantes pour refuge. Elle y entra vêtue en paysanne, et accompagnée de Mlle Eulalie de Kersabiec , que protégeait un déguisement semblable. Plus tard, nous la retrouverons dans l'asile où un misérable devait la livrer à ses ennemis.
Ainsi fut étouffé le soulèvement de l'Ouest. Coïncidant avec une insurrection républicaine, nul doute qu'il n'eût mis la dynastie d'Orléans à deux doigts de sa perte, s'il y avait eu accord entre les chefs. Mais, dans ce cas, que serait-il arrivé? Le parti légitimiste aurait-il profité de la victoire? Pour faire revivre l'aristocratie, une aristocratie ayant son symbole dans la royauté et ses bases dans une constitution nouvelle de la propriété territoriale ; pour substituer le système de l'élection indirecte à celui de l'élection directe, et les Etats généraux aux modernes assemblées; pour détruire, au profit des grandes influences locales, la centralisation politique fondée par la Convention