DERNIÈRES LUTTES AU CLOÎTRE SAINT-MÉRY
improvisation abondante, les députés remarquèrent cellesci, un peu hasardées dans la bouche d'un roi diplomate : « Chez toutes les nations de l'Europe, l'élément des revoie lutions existe, et toutes n'ont pas l'étoffe d'un duc d'Or- « léans pour les terminer. »
A l'issue de cet entretien, voici en quels termes Louis- Philippe s'exprima sur les trois commissaires, devant quelques-uns de ses familiers qui l'attendaient clans une pièce voisine : « M. Odilon Barrot a été sententieux et doux, M. Laffite solennel, M. Arago extrêmement vif. »
Cependant, autour de Saint-Méry, les attaques succédaient aux attaques. Pressés avec acharnement, cernés, réduits presque de moitié, et n'ayant plus qu'une centaine de cartouches, les insurgés déployaient une intrépidité devenue l'objet d"un étonnement universel. Un vieillard au front chauve, à la barbe grise, tomba mort dans l'intérieur des barricades, au moment où il élevait un drapeau tricolore en conviant ses compagnons à un effort désespéré. Près de lui, un jeune homme, qui battait la charge, eut la main gauche fracassée par une balle; on voulut le transporter à l'ambulance : « Quand ils seront partis, dit-il, » et il continua de la main droite. Un des combattants de la rue se plaignant de la faim et demandant qu'on fît apporter des vivres : « Des vivres ! répondit Jeanne; il est trois heures, « et, à quatre heures, nous serons morts ! » Il fallut recourir à l'artillerie ; il fallut former le siège de ces quelques monceaux de pierres défendus par une poignée d'hommes. Deux pièces de canon, placées en avant de Saint-Nicolas-des- Champs, furent pointées contre la petite barricade du nord, dont les boulets, dans leur volée, emportaient des pans entiers. On ht avancer en môme temps une pièce de canon
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3 Ut) HISTOIRE DE DIX ANS.
par la rue Aubry-le-Boucher , de manière à réduire la maison n° 30. Les insurgés n'en firent pas moins bonne contenance. Seulement, ils clouèrent des matelas devant les glaces, émus qu'ils étaient par le désespoir des deux femmes dont ils avaient envahi la demeure. Enfin, vers quatre heures, les barricades furent attaquées de tous les côtés à la fois : par des gardes nationaux et des soldats venant du haut de la rue Saint-Martin ; par un bataillon du r&e de ligne débouchant de la rue de la Verrerie ; par une colonne du 1er de ligne, lancée, sous les ordres du général Laidet, dans le prolongement de la rue des Arcis. Les républicains espéraient qu'en forçant encore une fois les assaillants à la retraite, ils auraient des morts à dépouiller de leurs cartouches ; mais, les soldats arrivant de toutes parts avec beaucoup d'impétuosité et de résolution, toute résistance devenait impossible. Alors, de ceux qui combattaient dans la rue, les uns, sur les pas de Jeanne, percèrent audacieusement à la baïonnette une première ligne de soldats, et firent retraite, après avoir perdu seulement trois hommes, parla rue Maubuée; les autres se précipitèrent, pour s'y défendre, dans la maison n° 30, dont la porte, refermée sur eux, était intérieurement soutenue par plusieurs piles de pavés. Or, tel était l'acharnement de quelques-uns des insurgés, qu'un des panneaux inférieurs de cette porte ayant été enfoncé, un jeune homme, qui était tombé mourant dans la cour, se mit à ramper jusqu'à l'ouverture pour décharger sur les soldats son dernier coup de pistolet. Un instant après, la maison était envahie et ne retentissait plus que de cris furieux ou de gémissements. Poursuivis de chambre en chambre, dix-sept insurgés périrent, tués à coups de baïonnette. Un de ceux qui s'étaient