‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 78 sur 176 · RAPPORT DU MAIRE DE GRENU RLE · texte numérisé non relu

RAPPORT DU MAIRE DE GRENU RLE

qu'aucun cri hostile au gouvernement ou au roi, n'avait été poussé sous les fenêtres du préfet — le préfet en était lui-même convenu; — que le commandant de place n'avait pas été averti '; que M. Duval avait bien réellement donné aux commissaires de police l'ordre de cerner le rassemblement 2 ; qu'aucune sommation légale n'avait été faite 3 ;

« courant, contenant Tordre de convoquer un bataillon de la garde nationale, « n'est parvenue à la mairie qu'entre quatre heures et demie et ciDq heures « du soir. En foi de quoi j'ai signé le présent.

« Grenoble, le 15 mars 1832.

« Laborde. »

(Extrait du rapport de la municipalité de Grenoble.)

1 « C'est avec la plus vive peine que je vois que nombre de mes compa- « triotes croient que j'ai été chargé du mouvement des troupes, dans la nuit (( du 12 de ce mois ; je puis attester sur l'honneur qu'aucun avis, qu'aucun « ordre ne m'a été donné pour faire agir les troupes, et que, par conséquent, « je n'ai pu rien prévoir, ni rien prévenir. L'autorité n'a-t-elle pas eu con- « lianec en moi? Je l'ignore. Maintenant, que mes compatriotes méjugent.

« Votre dévoué compatriote,

« Le commandant de la place, .

(( Lespinasse. »

2 « M, le préfet nous ordonna de nous rendre à la caserne; de prendre, « mon collègue et moi, une compagnie chacun, de cerner 2t d'arrêter les « perturbateurs. »

(Extrait du rapport du 12 au 13 mars 1832, du commissaire de police Jourdain.)

« M. le préfet nous dit d'aller prendre la troupe de ligne. Mon collègue et « moi, nous sommes allés à la caserne de Bonne, nous avons demandé une « compagnie chacun, puis, nous nous sommes séparés ; mon collègue a passé « par le quai d'Orléans, et moi par la Grande-Rue, pour cerner l'attrou- « pement. »

(Extrait du rapport du 12 au 13 mars 1832 du commissaire de police Vidal.)

3 « Les voltigeurs, guidés par je ne sais quel sentiment, et aussi prompts « que l'éclair, croisent la baïonnette et refoulent l'attroupement, qui cherci chait sans doute à se frayer un passage, et cela, sans commandement, de

qu'un seul militaire du 35e était entré à l'hôpital, quatre jours après les événements du 12, et pour inflammation, suite d'un coup de pied1; que le lieu du rassemblement n'offrait pas de pierres qu'on pût jeter aux soldats; que, parmi les blessures faites aux citoyens, quatorze avaient été reçues par derrière2; que les événements du 13 étaient le résultat inévitable de l'exaspération des esprits, causée par une flagrante violation des lois ; que la conduite, soit de l'autorité municipale, soit de la garde nationale de Grenoble, avait été non-seulement sans reproche, mais digne de la reconnaissance des citoyens.

Far ce faux point d'honneur, commun à tous les gouvernements qui veulent faire prévaloir dans un pays le culte de la force, le ministère jura de réduire ses adversaires, ne les pouvant convaincre, et il eut recours aux mesures les plus acerbes. Alors parut tout ce qu'il y a de naturellement servile au fond de la plupart des ambitions humaines. Pour être fort, il suffit de le paraître : les hommes pusillanimes coururent à ceux qui disposaient des baïonnettes et parlaient le langage de la dictature; l'enquête commencée contre les agresseurs fut poursuivie contre la population attaquée. Comme il était impossible de mettre en cause toute la garde nationale de Grenoble, et qu'on voulait se donner la satisfaction d'un triomphe judiciaire, on choisit, pour les faire juger, les deux frères

« leur propre mouvement, sans attendre les sommations, et malgré mee « représentations et mes cris de relever leurs armes. »

(Rapport du commissaire de police Jourdan.)

1 Hôpital général de Grenoble. (Salle militaire.) Rapport do MM. Fourmer et C. Silvy.

2 Rapport do MM. Romain Bally ot Jo.soph Breton, docteurs en médecine.

RENTRÉE DU 35e DE LIGNE A GRENOBLE. 19]

Vasseur, MM. Bastide, Gauthier, Dubost et Iluchet. Un d'eux, M. Bastide, était étranger à la ville ; un autre, M. Huchet, était une des victimes de la funeste journée du 12. De leur côté, tremblant de déplaire aux dépositaires de la force, aux dispensateurs de la fortune, des fonctionnaires publics, qui avaient d'abord pris parti pour la ville de Grenoble, se prononcèrent contre elle, à l'aspect des étendards flottants et au bruit des bataillons en marche.

Dans son ordre du jour à l'armée, le maréchal Soult avait dit : « Sa Majesté n'a point approuvé que le 35e fût retiré « de Grenoble. » Le lieutenant général Delort, chargé du commandement supérieur de la 7e division, se fit précéder à Grenoble par une proclamation menaçante; et clans cette ville de 25,000 âmes, qu'occupaient 8,000 hommes de toutes armes, le 35e rentra, tambours battant, musique en tête, canons au centre et mèche allumée.

Pleins d'une douleur contenue, mais exempte de crainte, les habitants assistaient à cette entrée sinistre et triomphale. Quelques-uns souriaient de pitié à la vue de cet appareil militaire. Un citoyen s'approcha d'un des canonniers qui portait la mèche allumée, et lui dit en tendant son cigare : « Un « peu de feu, camarade, s'il vous plait. »

Quelques jours après, un événement qui empruntait des circonstances une imposante solennité, tenait la ville de Grenoble attentive. Il avait été convenu qu'un combat singulier aurait lieu entre un jeune homme de la ville, nommé Gauthier, et un officier du 3ôe. A l'heure du duel, toute la population se porta sur le lieu de la rencontre. Un détachement de dragons avait été commandé pour tenir la multitude à distance. D'autres cavaliers et des trompettes furent

192 HISTOIRE DE DIX AiNS.

échelonnés de façon à protéger le champ clos où allait se prononcer, comme au moyen âge, le jugement de Dieu. Les deux adversaires entrèrent en lice. Rien ne saurait peindre l'émotion, l'anxiété des spectateurs. Car ce n'était pas une querelle particulière qui allait se vider, et l'altération des visages disait assez que, dans l'issue de ce duel, était engagée la cause d'une ville entière. Le combat avait lieu au sabre. Quoique inhabile à manier cette arme, Gauthier fondit résolument sur son adversaire, évita le sabre levé sur sa tête, et d'un coup de pointe étendit le militaire à ses pieds.

Pendant deux mois, des duels presque quotidiens mirent aux prises les militaires du 35e et les habitants. Et, toujours, ce fut aux habitants que demeura l'avantage du combat : circonstance à laquelle les croyances populaires se plurent à attacher une signification toute providentielle ! Le 9 mai, à la suite d'un nouveau duel et à l'occasion d'un drapeau blanc arboré par un officier du 35e et arraché à celui-ci par un habitant, la querelle devint générale à l'esplanade de la porte de France. Malgré l'intervention conciliante des dragons et de quelques officiers, des soldats et des citoyens furent blessés. L'irritation était aussi grande que dans les journées des 11 et-12 mars : le général Delort fut obligé de consigner, comme l'avait fait le général Saint- Clair, le 35e dans ses casernes, dont des soldats des autres régiments durent garder les avenues. La municipalité écrivait sur-le champ au ministère une lettre énergique, déclarant que, si le 35° n'était pas immédiatement éloigné, elle était déterminée à donner sa démission. Il fallait un terme à cette cruelle situation. Le :?<) mai, le 35e quitta Grenoble pour la seconde et dernière fois.

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