CHAPITRE VI
Divisions du parti légitimiste : Paris, Massa, Holy-Rood. — Secrètes conférences de Lucques. — Lettre de M. de Kergorlay à Charles X.— Dispositions des petites Cours d'Italie à l'égard de la duchesse de Berri. — Mésintelligence entre Massa et Holy Rood. — M. de Blacas éloigné. — Détails de la conspiration royaliste. — Politique de l'Autriche : le prince de Metternich opposé aux projets de la duchesse de Berri. — Instructions adressées au représentant de la duchesse de Berri en Espagne. — Relations diplomatiques de cette princesse avec le Cabinet de la Haye, avec celui de Saint-Pétersbourg. — Situation de la Vendée. — Constitution et ordonnances préparées à Massa. — La duchesse de Berri s'embarque secrètement. — Sa traversée sur le Carlo-Alberto. — Tentative d'insurrection à Marseille. — Voyage delà duchesse de Berri à travers la France. — Prise du Carlo-Alberto. — Mlle Lebeschu. — La duchesse de Berri en Vendée; divisions intestines. — La prise d'armes ordonnée ; contre-ordre; engagements partiels; visite à la Chaslière. — Combat du Chêne; siège delà Pénissière. — L'insurrection étouffée. — La duchesse de Berri à Nantes.
Nous avons laissé la duchesse de Berri méditant à Massa le hardi projet de relever le trône de son fils ; mais les forces du parti légitimiste ne répondaient pas a l'audace d'un tel dessein.
Le parti légitimiste, en effet, était alors en proie à de graves dissentiments, et il se partageait en trois fractions bien distinctes :
La première ne voulait marcher au rétablissement de Henri Y que par les voies légales et parlementaires. Son centre était Paris, son organe la Gazette de France,' et elle avait pour principaux représentants le duc de Pellune, le vicomte de Chateaubriand.
La seconde n'attendait rien que de l'intervention armée des Puissances. Elle dominait à Holy-Rood, et recevait son impulsion du duc de Plaças.
La troisième repoussait comme impopulaire et funeste l'intervention de l'étranger; mais elle rejetait en même temps tout système d'opposition légale, et comptant sur les ressources des royalistes à l'intérieur, elle n'aspirait qu'à soulever les provinces. Les yeux fixés sur Massa, elle applaudissait aux sentiments aventureux de Marie-Caroline, et avait pour chefs le maréchal Bourmont, le comte de Kergorlay, le duc d'Escars, le vicomte de Saint-Priest.
Cette division du parti rendait le rôle de Marie-Caroline très-difficile et très-périlleux, car elle avait de la sorte à lutter, non-seulement contre la prudence timide des notabilités légitimistes de la capitale, mais encore contre le mauvais vouloir des grandes Cours, qu'irritait le désir affiché par la princesse de se rendre indépendante de leur appui.
Dès son arrivée à Massa, Marie-Caroline avait pu entrevoir les difficultés de son entreprise. Nous avons dit que le duc de Plaças lui avait été donné comme mentor politique. L'attachement qu'elle témoignait à M. de Mesnard, son premier écuyer, et à M. de Prissac, son chevalier d'honneur, fit ombrage au favori de Charles X, et ces messieurs ne tardèrent pas à apprendre qu'on cherchait à les eloignei'. M. de Prissac, dans sa droiture, n'en voulut