CHAPITRE XV. 89ft
qtics qui étaient leur conquête, et qui se prolongeaient sur une ligne irrégulière de huit à dix lieues au delà de la Tafna. En 1842, le général Bedeau, alors commandant la subdivision de Tlemcen, avait négocié à ce sujet avec El-Guennaoui, gouverneur d'Ouchda, première ville frontière du Maroc. On n'avait pu s'entendre, et il en était résulté de part et d'autre un état d'irritation qu'Abd-el-Kader mettait tous ses soins à entretenir et à développer.
Sur ces entrefaits, l'assassinat de l'agent consulaire d'Espagne à Mazagran provoqua un échange de notes hostiles entre cette puissance et le Maroc. Une lutte armée devenait imminente. Les agents de l'émir firent aussitôt courir le bruit que c'était la France qui excitait le gouvernement espagnol à la guerre, en lui promettant son appui et ses subsides. Dans le même temps, les cours de Suède et de Danemark, décidées à s'affranchir du tribut qu'elles payaient jusqu^alors au Maroc, avaient réclamé l'intervention des gouvernements de France et d'Angleterre pour appuyer les négociations qu'elles allaient entamer avec la cour de Fez, et les deux dernières puissances s'étaient concertées à l'effet d'obtenir, par voie de conciliation, Tàbolition d'un tribut toujours odieux, désormais ridicule.
Abd-el-Kader réunit habilement toutes ces circonstances pour établir l'existence d'une coalition formée et dirigée par la France contre le Maroc. Déjà l'empereur, plein de méfiances, commençait à être ébranlé par les insinuations de l'émir, lorsque les généraux français ordonnèrent la construction d'un fort à Lalla-Maghrnia, sur la rive gauche de la Tafna. Une ville française s'élevait sur le territoire contesté. L'émir saisit avec empressement cette nouvelle occasion d'agir sur Abder-Rhaman. « Tu le vois, écrivait-il à
« Tempereur, ce que j'ai prédit se réalise. Toujours je t*ai « averti que ta complaisance enhardirait les infidèles à des « usurpations de territoires ; les voilà qui construisent une « ville sur ta frontière, afin d*étre les maîtres chez toi. »
A cette nouvelle, la cour de Fez retentit d'imprécations contre les infidèles ; les fanatiques qui environnaient Fempereur, et les partisans secrets d'Abd-el-Kader, s'écriaient qu'il fallait châtier l'insolence des Français. Âbder-Rhaman lui-même oublia sa circonspection ordinaire. Il est vrai que des agents anglais lui promettaient l'appui de leur gouvernement, sinon dans la lutte, au moins dans les négociations. Il n'iporait pas, d'ailleurs, que depuis treize ans, c'était l'Angleterre qui, par Tanger, Mogador et Tunis, fournissait à Abd-el-Kader les armes et les munitions. Aussi demeura-t-il persuadé que les Français n'oseraient lui faire la guerre.
Bientôt tout l'empire retentit de cris belliqueux encouragés maintenant par l'empereur.
Au mois d'avril, il ordonne de passer en revue toutes les troupes disponibles depuis Tanger jusqu'à Mogador, et d'armer celles qui seraient sans armes. Il recommande comme un acte de piété aux riches musulmans de fournir des armes à leurs voisins pauvres. Dans ces réunions, les chefs ne dissimulaient pas les intentions hostiles du sultan envers la France. A la revue de Mogador, le gouverneur parlait ainsi à ses troupes :
« Les infidèles viennent; vou» devez vous préparer à les « combattre; vous ne devez pas les craindre, parce que a vous êtes meilleurs qu'eux, et que Dieu est au-dessus de « tout. »
Aussi, pendant que les levées étaient campées autour de