CHAPITRE y. Idd
cipales; mais elles se taisaient sur le cas de résistance de la part des citoyens sujets au recensement, C'est sur cette dernière difficulté que le préfet deipandait des instructiops. Provisoirement , il avait fait suspendre les opérations. La réponse du gouvernement s^ fit attendre douze jours : elle annonçait à M. Floret sa révocation. M. Mahul était appelé à le remplacer.
Le 3 juillet, le nouveau préfet arrivait à Toulouse; le jour même Tadministration municipale remettait sa démission entre les mains de M. Floret, qui tenta vainement de la faire revenir sur sa détermination. De son côté, la population de Toulouse voulut s'associer, par une manifestation publique, à la protestation du maire et de ses adjoints : le 4 au soir, une brillante sérénade fut donnée à M. Floret dans la grande cour de la préfecture. M. Mahul, qui déjà s'était empressé d'occuper l'hôtel préfectoral, put assister à l'ovation de celui qu'il remplaçait : au milieu des acclamations en l'honneur de M. Floret, on entendait distinctement crier : à bas Mahul I à bas les ministres de l'étranger! à bas Humann!
Le lendemain 5, le conseil municipal, réuni au complet, approuva à l'unanimité les motifs de la démission de l'administration municipale, et installa la nouvelle administration provisoire, composée, d'après la loi, des six premiers con^ seillers municipaux inscrits sur le tableau. Ceux-ci décla-^ rèrent qu'en acceptant des fonctions transitoires, ils s'engageaient à marcher sur les traces des magistrats honorables qui se retiraient.
Aussitôt, comme pour mieux les encourager dans leur résolution, le conseil vota un crédit de 2,000 fr. pour les frais de recensement, sous la condition expresse que cette
iiO HISTOIRE DE HUIT ANS.
opération s'effectuerait sans le concours des agents des contributions directes.
M. Mahul répondit à la délibération du corps municipal, en ordonnant le jour même la reprise des opérations de recensement. Les mesures de part et d'autres ressemblaient à des provocations : la population voulut intervenir en faveur des autorités locales ; le 6 au soir, trois ou quatre mille hommes , pourvus d'instruments de toute espèce , commencèrent sur la place Saint-Etienne, devant la préfecture, le plus assourdissant charivari qu'ait inventé la bouffonnerie méridionale. Autour des exécuteurs se pressait une foule épaisse qui chantait la MarseiHaisCy interrompue à chaque couplet par les cris de à bas Mahul! à bas Humann !
De son côté, le préfet avait dès le matin pris ses dispositions. Toute la garnison était sur pied ; des ordres sévères avaient été donnés , et ils furent exécutés avec un zèle malheureux. Au "plus fort des fanfares charivariques, la gendarmerie sortit à l'improviste de la préfecture, et s'élança au milieu des groupes les plus épais ; en même temps les artilleurs à cheval, le sabre en main, débouchaient au grand trot des rues adjacentes sur la place Saint-Étienne, renversant les spectateurs et les poursuivant dans toutes les directions. Un tumulte effroyable s'éleva ; la population exaspérée brisa les réverbères, et en tendit les cordes et les chaînes à travers les rues pour entraver la marche des che- • vaux ; la foule en se dispersant criait aux armes ; le sang coulait sur plusieurs points.
Pendant ce temps , environ cinquante personnes, se détachant du corps des trois ou quatre mille exécutants, se portaient vers la demeure du procureur général, M. Plou-