‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 89 sur 182 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Alexandrie^ sans souci d'un nouveau traité. La note même du 8 octobre était comptée pour rien, et M. Guizot perdait tout d'abord la position qu'il avait prise et qu'il avait crue inattaquable.

Heureusement, toutefois, la convention du il novembre, en laissant au pacha la possession héréditaire de TËgypte, sauvait l'honneur, et* quoique le gouvernement français n'y fût pour rien, il put se féliciter qu'on ne mit pas sa longanimité à une plus rude épreuve. Ce n'est pas cependant que les mauvaises volontés fissent défaut. L'amiral Stropford ne consentait pas à reconnaître la convention d'Alexandrie ; la Porte, gouvernée par lord Ponsonby, le confident des vues secrètes de lordPalmerston, refusait également sa ratification. Reschid-Pacha, ministre dirigeant, était voué aux in* téréts anglais, et tout se faisait à Constantinople par l'influence de lord Ponsonby. Remplaçant en conséquence la convention d'Alexandrie par un hatti-schériff en date du 13 février 1841, le sultan conQrmait, il est vrai, Méhémet-Ali dans le gouvernement de l'Egypte, et lui accordait l'hérédité, mais à des conditions qui réduisaient sa position au-des* sous même de celle des pachas ordinaires. Ainsi, pour l'hérédité, le sultan se réservait de l'accorder à celui des enfants môles qu'il choisirait. C'était organiser d'avance la guerre civile à toute vacance du pachalick. Et encore la prérogative de l'hérédité ne devait donner au gouverneur de TÉgypte aucun rang ou titre supérieur à celui des autres vizirs, ni au* cun droit de préséance. Quant au service militaire, l'effectif des troupes égyptiennes ne devait pas dépasser 18,000 hommes en temps de paix, et la nomination de tous les officiers supérieurs de terre et de mer appartenait au sultan, le gouverneur de TÉgypte ne devant nommer que jusqu'au

grade de lieutenant inclusivement. Enfin, le gouverneur de la province d*Égypte ne pouvait construire des bâtiments de guerre sans Fexpresse permission du sultan. On reconnaissait dans cette clause ainsi que partout ailleurs l'effet des influences britanniques.

Mais en allant aussi loin, lord Palmerston avait dépassé le but, et les puissances qui l'avaient secondé commençaient à se repentir de leurs trop faciles complaisances. La Prusse et rAutriche s'alarmaient de voir tomber la balance que l'Egypte tenait suspendue entre les deux prétendants à la succession des Osmanlis : la Russie s'inquiétait du soudain raf^ fermissement de cet empire ottoman dont elle épiait la chute. Les uns et les autres tendirent à se rapprocher de la France.

Déjà au commencement de décembre, M. de Metternicfa, écrivant à M. de Saint-Aulaire pour lui annoncer la convention d'Alexandrie, lui disait :

« Que devient maintenant Fisolement de la France If Le sultan aura fini ses affaires, Méhémet-Ali sera pacha héréditaire en Egypte. L'affaire va être arrangée entre eux dans la forme d'une question intérieure. La France voudrait-elle s'isoler de ces résultats? Où est la quadruple coalition? contre qui et contre quoi armerait-on? Ne sera-ce pas contre la paix elle-même. »

Des ouvertures analogues furent faites à Londres à M. de Bourqueney par les ambassadeurs de Prusse et d'Autriche ; M. de Metternich envoyait en même temps à lord Palmerston un projet de convention générale qui devait être soumis à la signature de la France ; et cette convention ayant été communiquée à Saint-Pétersbourg, M. de Nesselrode écrivait à Londres au baron de Brunow :

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